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“ Je vous remercie du désir que vous exprimez de me voir à Québec pour la belle fête de la confirmation de trois pénitentes, ce sera assurément une cérémonie bien touchante ; mais je crains bien ne pouvoir quitter Toronto assez à temps.
“ Vos classes doivent donner considérablement de l'occupation à la sœur Mary et à celle qui enseigne le français, mais le petit revenu que vous en retirez, doit être une compensation des fatigues qu'ont les institutrices d'enseigner aux enfants.
“ Je vois par ce que vous me dites de l'ouvrage qui se confectionne dans votre ruche, que, non seulement, vous en avez eu une assez grande quantité, mais aussi, que votre travail a été bien assidu, puisque malgré les bien bas prix que l’on vous donne, vous avez pu gagner la jolie somme que vous m'indiquez.
“ Je vous remercie des marques d'estime que vous donnez à M"° Muir. Elle m'écrivait, il y a quelque temps que, dans votre trop haute appréciation de ce que j'ai fait pour votre œuvre, vous vous proposiez de me faire adresser un compliment, à mon retour à Québec. Je vous remercie bien sincèrement de l'honneur que vous me destinez. Mais les membres de Saint-Vincent de Paul ne doivent pas recevoir des louanges, c’est contraire à l'esprit de la Société, et je ne voudrais pas
m'éloigner volontairement de cet esprit. Ainsi, Madame,
je vous prie de croire que, quoique très sensible à la politesse que vous voulez me faire, il est de mon devoir de vous engager à l’omettre.
“Je ne crois pas devoir terminer cette lettre sans reconnaître ici les bons effets des charitables prières de votre communauté pour moi. Veuillez, je vous prie, les
continuer en ma faveur, et me croire, Madame,
Votre respectueux serviteur ”.
La part si importante que le clergé a prise dans la fondation de l’Asile du Bon-Pasteur, nous oblige à noter ici en passant quelques événements religieux qui ont eu lieu à cette date, et dont la connaissance est nécessaire pour l'intelligence de notre récit, M“ Turgeon, archevêque de Québec, dont le nom est déjà venu plusieurs fois sous notre plume, avait obtenu pour coadjateur M° Baillargeon, ancien curé de Notre-Dame, Ce prélat venait d'arriver à Québec, après avoir été sacré à Rome sous le titre d’évêque de Tloa in partibus. Son successeur à la paroisse de Notre-Dame, M. Proulx, l’ami éclairé que nous connaissons, n'avait pu s’habituer à ce nouveau poste et avait été transféré
l’année suivante à Sainte-Marie-de-la-Beauce, dont le
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curé, l’abbé Auclair, venait d’être nommé à sa place. L'abbé Auclair qui fut durant trente-six ans curé de Notre-Dame de Québec, ne se montra ni moins dévoué, ni moins Charitable à l'égard du nouvel Institut que ses prédécesseurs. “ Il est rempli d’égards et de bontés pour nous, disent les Annales du temps, son cœur et sa bourse sont également ouverts à notre Hospice ”. L'abbé Auclair eut pour digne émule à Québec l'abbé Martineau, desservant de l’église Saint-Jean-Baptiste, qui prit d'autant plus d'intérêt au Bon-Pasteur que ce couvent faisait partie de sa desserte, devenue aujourd’hui la grande paroisse de Saint-Jean-Baptiste,
Nous aurions à faire une nomenclature bien trop longue, s’il fallait mentionner ici les noms de tous les bienfaiteurs que l’Institut a comptés depuis sa fondation, Heureusement qu’à l'exemple du vénérable M. Muir dont nous venons de lire les intentions, ils ont mieux aimé rester inconnus, et n'être nommés qu’au pied des saints autels par la piété reconnaissante,
Le mois d'octobre 1851 est resté mémorable dans les fastes de la communauté par une faveur qui fut d'autant plus appréciée qu’elle était inattendue, La pieuse anna liste fait éclater sa joie en l’inscrivant :
“ME l'archevêque nous donne la sainte messe, et sans en prévenir personne, laisse le Saint-Sacrement dans le tabernacle, C’est un bonheur auquel nous
étions loin de prétendre : nous étions déjà si heureuses
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que le saint sacrifice fut offert sous notre toit deux fois par semaine, que nous n’en attendions pas davantage, Après la messe, Sa Grandeur dit à M"° Roy d'allumer un cierge dans la chapelle, puis d'envoyer quelque personne à l’archevêché pour avoir une petite provision d'huile avec la lampe que le digne prélat nous réservait, A l'annonce imprévue de cet ineffable bonheur, nous ne savons comment exprimer notre reconnaissance à Monseigneur, et chacune va répandre son cœur en actions de grâces auprès de Jésus-Hostic. nstinctivement on garde un silence plus parfait, on oublie le monde, on se croit presque dans le ciel, possédant Celui qui en fait les délices ?.
A la fin de cette année 1851, l’annaliste note encore :
“ On nous donne de grandes espérances que notre communauté deviendra bientôt une société religieuse. Ces espérances sont des fleurs semées cà et là sur notre route pour nous faire oublier les épines, les privations et les chagrins qui déchirent nos cœurs; mais ces espoirs consolants, tout comme des fleurs, naissent pour mourir un instant après; d’autres les remplacent qui ramènent la joie et soutiennent le courage ”.
Le temps n’était pas éloigné où les vœux des sœurs dont on trouve ici l’écho allaient être exaucés. En attendant, la renommée du bien qui se faisait à l’Asile, étendait chaque jour sa popularité dans les campagnes aussi
bien qu’à la ville, On pouvait le constater par les dons
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spontanés qui arrivaient de divers côtés, du pauvre comme du riche, depuis l’obole de la veuve jusqu'aux pièces d’or du banquier. Grâce à ces aumônes et au travail assidu des sœurs et des pénitentes, on put, après quelque temps, se procurer le nécessaire et ensuite diminuer la dette considérable contractée pour l'achat
de la maison.
L'ouverture des classes anglaise et française avait attiré un nouveau genre de protecteurs qui se recrutaient parmi les amis de l'éducation. Il en est un parmi eux qui s’est distingué entre tous, et qui a éternisé sa mémoire dans l’Institut : c’est M. Jacques Crémazie, l’un des avocats les plus éminents de Québec, professeur à l’université Laval et recorder de la cité. C'était un homme de la trempe de M. Muir pour la foi, la piété et les bonnes œuvres. Il était le frère atné de notre célèbre et infortuné poète, Octave Crémazie. Beaucoup plus âgé que lui, il avait été son protecteur, et l'affection réciproque qui les unissait, ressemblait plutôt à celle d’un père et d’un fils qu'à celle de deux frères, Le malheur dont le pauvre poète s'était fait lui-même l'architecte et qui l'avait contraint à s'expa-
trier pour toujours, avait fait à son frère une blessure
dont il ne guérit jamais.
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Le reste de sa vie ne fut plus qu’une coupe d’amertume. Il ne chercha de consolations qu’en Dieu et de distractions que dans les œuvres de charité. Nous ne voulons ‘as faire ici son panégyrique ; tout ce que nous pourrions dire ne le ferait pas aussi bien connaître que ce qu'en a dit Octave Crémazie, dans une lettre qu’il
écrivait à sa mère en apprenant la mort de ce frère :
‘ Paris, 6 août 1872.
Ma bonne mère,
Oui, elle est triste, ineffablement triste, la nouvelle que vous m'apprenez, Notre cher Jacques avait déjà rendu son âme à Dieu quand vous m'écriviez qu’il était très dangereusement malade, En me cachant sa mort, vous m'avez permis de croire, pendant une semaine encore, que je n'avais pas perdu celui qui fut mon bienfaiteur pendant tous les jours de ma vie. Aujourd’hui, j'ai à pleurer et à pleurer toujours ce noble caractère, cette belle âme qui fut la gloire et la Providence de notre famille, Il est mort comme un prédestiné et l’admiration de ses concitoyens veille sur sa tombe. C’est pour nous, dans le malheur irréparable qui nous accable, une grande consolation de voir sa mémoire vénérée par tous ses compatriotes, et d’avoir le droit de croire qu’il est maintenant au ciel où Dieu lui a donné ia récompense d’une vie d'épreuves et de sacrifices.
Le bonheur a rarement souri aux membres de notre famille, et notre cher Jacques a compté peu de jours
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heureux, Comme tous les grands cœurs, ne pouvant trouver le bonheur pour lui, il a voulu le donner aux autres, et les journaux ont parfaitement résumé sa vie en deux mots : Transiit benefaciendo. Comme il était bon pour moi! Pendant les dernières années que j'ai passées dans le commerce, avec quel abandon, avec quelle inépuisable générosité, il mettait toutes ses ressources à notre disposition ! Je garderai toujours présent à ma mémoire le souvenir de la soirée que j'ai passée avec lui, le 10 novembre 1862, la dernière, hélas! que j'aie passée au pays. Il m’annonça qu’il fallait absolument partir, Il n’eut que des paroles de bonté paternelle : pas un reproche, pas un mot amer, Avec quelle tristesse il me disait : J’avais espéré que tu me fermerais les yeux. Il prévoyait bien, lui, le savant jurisconsulte, que les portes de la patrie allaient se refermer sur moi pour toujours.
Le lendemain, le 11, cette date fatale est aussi celle de sa mort, puisque nous l’avons perdu le 11 juillet, il me donna son macfarlane (pardessus) que j'ai encore, et que je garderai comme une relique ; et je partis pour l'exil, le cœur brisé, brisé pour toujours, n'ayant plus aucune espérance. Je n’eus pas le courage de vous dire la vérité, ma bonne mère, Pour vous, j'allais seulement à Montréal. Mon pauvre Jacques me dit adieu dans l'entrée de la maison de la côte de Léry. Il referma la porte sur moi. Le bruit de cette porte, je l’entends
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encore: il me semble que c'était la barrière éternelle qui devait me séparer de ma famille qui se refermait sur moi, comme les portes de la prison sur le condamné. Tous ces souvenirs chers et douloureux où je trouve Jacques à chaque pas, se pressent dans mon âme et me rendent inconsolable, Depuis que j'ai reçu votre lettre qui m'annonçait que Jacques était dangereusement malade, je n’ai pas cessé d’avoir le cœur serré et l’âme pleine d’angoisses.
“ C’est aujourd’hui que je comprends toute l'horreur de l'exil. Que j'aurais voulu être à son lit de mort, et, avant de recevoir son dernier soupir, lui demander pardon de toutes les douleurs que je lui ai causées! Dieu ne m'a pas trouvé digne de cette consolation suprême! Que sa volonté soit faite 1” !
Octave Crémazie, en écrivant cette lettre trempée de ses larmes, était loin de croire qu’un jour elle serait livrée à la publicité, Sans y penser, sans le vouloir, il a fait l'éloge le plus véridique de son vertueux frère.
Jacques Crémazie était devenu un des citoyens les plus influents de Québec et les plus dévoués à la chose publique, Il prenait un intérêt tout particulier à l'instruction élémentaire, Nommé d’abord secrétaire du conseil de l'instruction publique, il en fut élu président à la mort de sir E.-P, Taché,.
1 — Cette lettre ne se trouve pas dans les Œuvres complètes d'Octave Crémazie.
“ Avant sa nomination à la charge de recorder, il visitait chaque semaine les écoles de la ville qui étaient sous le contrôle des commissaires catholiques. Il était le secrétaire et l’âme de la commission. Ses collègues, connaissant son zèle et son habileté, lui laissaient presque entièrement le soin d'accomplir les devoirs qui leur étaient communs. Il éclairait de ses conseils les maîtres d’école, encourageait les élèves, faisait lui-même subir les examens, corrigeait ce qu’il pouvait y avoir de défectueux dans le mode d’enseignement ; il entrait dans tous les détails, On peut dire qu’il était à Québec le soutien de ces précieuses écoles où l'enfant du peuple va chercher l'instruction et avec elle la moralité 1 ”,
Ce fut surtout pour l’école du Bon-Pasteur que M. Crémazie se montra incomparable de sollicitude et de charité, Il vint régulièrement donner des lecons aux sœurs institutrices qui manquaient d’un bon nombre de connaissances essentielles et surtout d'expérience, Il leur enseigna la comptabilité, et leur fit un cours abrégé de pédagogie.
Des institutrices, il passa aux élèves, et s’astreignit à leur faire la classe pendant des heures entières, IL porta même la condescendance jusqu’à donner des leçons de musique *t de chant.
1 — Annuaire de l'université Laval de Québec, 1873. Eloge de M. Jacques Crémazie, par M. Lucien Turcotte, p. 53.
Ses connaissances juridiques étaient toujours gratuitement à la disposition des sœurs. Lorsque le temps fut venu d’ériger la communauté en corporation légale, elles n’eurent qu’à se reposer sur lui pour préparer le projet de loi qui fut présenté au Parlement et adopté en 1855. Jusqu'à la fin de sa vie, il montra toujours le même zèle désintéressé, Aussi, M. Jacques Crémazie est-il placé au premier rang des bienfaiteurs de l’institution.
Le 22 juillet 1853, une grande tristesse pesait sur le cœur de la Mère Fondatrice et de ses sœurs, bien que ce fût la fête de sainte Marie-Madeleine, patronne des pénitentes, toujours chômée avec solennité, Elles perdaient ce jour-là même leur saint et vénéré directeur, le P. Saché, qui venait d’être nommé maître des novices à la résidence du Saut-au-Récollet, près Montréal, A la suite de la messe, il fit d’une ‘oix émue et pleine d'onction le panégyrique de sainte Madeleine, et la proposa comme modèle des amantes du Sauveur, purifiées par cet amour et par les larmes du saint repentir,
“ Les pénitentes, disent les Annales, passent la journée dans une douce gaieté, ne soupconnant pas qu’elles vont perdre leur père spirituel, Nous n'avons pas
138 L'ASILE DU BON-PASTEUR DE QUÉBEC voulu troubler leur joie en leur apprenant cette triste nouvelle,
“ Cette séparation nous aflige profondément. Notre Mère surtout ne se sent pas la force de porter un fardeau que les sages avis du saint directeur lui ont rendu moins lourd. Elle avait en lui une confiance illimitée : c'était l’ange que Dieu lui avait envoyé pour la guider dans toutes ses démarches, et le voilà qui s'éloigne. Ce soir même il sera à bord du vapeur qui doit le.conduire à Montréal. Nous ne parlons qu’en soupirant de ce départ imprévu; car nous sentons toute la grandeur de la perte que nous allons faire, Il prenait soin du temporel comme du spirituel de notre maison, s’informant avec bienveillance de l’état de nos santés presque toutes chancelantes, n’épargnant rien de ce qui dépendait de lui pour rétablir nos forces.
C’est de ce bon Père, nous l'avons répété souvent, que nous avons reçu les premières notions de la vie religieuse, Combien de fois, il nous a réunies au pied des saints autels pour dire et nous faire goûter tout ce que la perfection a de doux et de consolant pour
quiconque l’embrasse sincèrement, Toujours nous aime-
rons à nous rappeler le bien qu’il a produit dans nos
âmes par ses touchantes exhortations. Que de fois, aux heures de tristesse et de découragement, nous avons retrouvé force et courage en l’entendant parler ! En effet, il nous semblait que Notre-Seigneur s’exprimait
par sa bouche, En un mot, le saint religieux était après Dieu notre tout sur la terre,
“ Mais enfin le ciel veut cette séparation, et il nous faut offrir ce sacrifice à Dieu. Notre consolation sera de rester unies à ce saint directeur par la prière jusqu’à ce que nous nous réunissions là-haut pour louer et glorifier le divin Maître qu’il nous a si bien appris à servir.
“ Vers le soir, nous annoncons aux pénitentes que le révérend Père a quitté Québec. A cette nouvelle, ce ne sont que larmes et sanglots parmi elles. La vénération qu’elles lui ont toujours portée se manifeste avec éclat. Dans leur langage simple et naïf, elles peignent avec énergie les regrets et la douleur qu’elles ressentent, Pour nous, faisant taire notre propre afiliction, nous tâchons de les consoler en leur rappelant que Dieu nous reste, et qu'il saura toujours donner à ses ministres le zèle et la charité dont le bon Père était le modèle achevé ”.
Le P. Saché, en homme brisé au joug de l’obéissance, n'avait rien laissé voir, à son départ, du sacrifice qu’il faisait en quittant la résidence de Québec, à laquelle il était très attaché, ni son Bon-Pasteur qui ne lui tenait pas moins au cœur; mais il avait compris la peine que cette séparation causerait à la communauté et aux pénitentes ; et peu de jours après son arrivée au Sautau-Récollet, il écrivit à la Mère supérieure pour la consoler, ainsi que ses sœurs, et lui protester “ qu’il
n’oublierait jamais la petite communauté du Bon- Pasteur”, Et il ajoutait à cela des considérations admirables sur l'esprit fondamental de l’Institut, qui doit être essentiellement un esprit d’humilité, de dévouement et de charité,
Puis s'adressant aux pénitentes, dont il savait l’afflic-
tion, il leur disait :
“ Mes bonnes filles du Cœur Immaculé de Marie,
“ Je vous ai laissées, le jour de sainte Madeleine, dans la jouissance d’une joie douce et sainte, J’espère qu'elle aura persévéré avec la grâce et la paix du Seigneur, Je n’ai pas voulu la troubler en vous faisant connaître que nous allions nous séparer, peut-être pour ne nous revoir que dans la céleste Patrie. C’est là que je vous donne rendez-vous dans la compagnie de Jésus, de Marie, de saint Joseph et de sainte Marie-Madeleine, J’ai promis à votre Mère de dire la sainte messe pour celles qui auront le bonheur de mourir dans la maison du Bon-Pasteur, Qui sera la première ? … Hélas! peut-être personne, peut-être dois-je vous précéder, donc vous prierez pour moi. En attendant, prions les uns pour les autres t demandons surtout la persé-
vérance,
“ Voulez-vous que je vous rappelle quelques petits
avis que je vous ai déjà donnés, Eh bien ! écoutez: 1° Aimez Notre-Seigneur Jésus-Christ le bon Pas-
teur: c’est lui qui vous a sauvées ; aimez-le plus que toutes choses ; aimez-le comme Marie-Madeleine à qui beaucoup de péchés ont été remis parce qu’elle a beaucoup aimé, Ne vous séparez pas de lui. A qui iriezvous si vous le laissiez ? Si vous voulez rester avec Jésus, soyez humbles et obéissantes. Pour vous il à été obéissant jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la croix, Si vous aimez Jésus, n'aimez plus le monde; oubliez-le ; n’en parlez plus.
“ 21 Aimez vos maîtresses, Il n’est pas besoin de vous le dire si vous avez un bon cœur.
“ 3° Aimez-vous les unes les autres ; patience pour supporter mutuellement vos défauts. Quelle est celle qui n’en a pas ?
‘“ 4 Patience pour vous supporter vous-mêmes,
“ D Patience dans les tentations ; elles passent comme des orages.
‘“ Enfin levez souvent les yeux au ciel et voyez-y Jésus et Marie qui vous attendent, Encore un peu de temps, et nous serons avec eux pour toujours! pour toujours ” !
On peut’se figurer quelle impression fit sur les pénitentes la lecture de cette lettre que le charitable Père avait eu la condescendance de leur adresser à ellesmêmes. Si elles en furent grandement consolées, elles n’en sentirent que plus vivement toute l'étendue de la perte qu’elles avaient faite par son départ.
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Le P. Saché fut remplacé transitoirement par le P. Schneider, et ensuite par l'abbé Ferland, l’un des prêtres de l’archevêché, Homme de lettres et historien du Canada, l'abbé Ferland est trop onu pour qu’il faille lui consacrer une longue notice. Au reste, nous n'avons à le considérer ici qu’à un point de vue particulier, celui de la direction spirituelle de la communauté naissante qui lui était confiée.
Il y avait un contraste frappant entre le caractère du P. Saché et celui de l'abbé Ferland. La bonté et la charité du P. Saché étaient inépuisables, mais voilées par un extérieur froid, placide, qu'aucun événement ne paraissait capable d'émouvoir, L’austérité était le fond de son tempérament,
L'abbé Ferland, au contraire, était d’une nature tendre, épanouie, expansive, faisant penser à Fénelon ou à saint François de Sales. A leur exemple, il faisait obéir moins par fermeté que par entraînement, moins par la force que par la suavité du commandement, L'un dirigeait les âmes à la manière de saint Paul, l'autre à la manière de saint Jean,
L'heureuse influence exercée par l'abbé Ferland, le bien solide qu’il opéra durant les trois ans qu'il dirigea la maison, firent voir qu’il était bien l’homme envoyé par la Providence pour continuer l'édifice de perfection
commencé par le P. Saché,