‹ L'asile du Bon-Pasteur de Québec [microforme]Chapitre 39 sur 93 · Ÿ LÉ · texte numérisé non relu

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des divers objets, habillements, vivres, etc, qui leur étaient confiés par le comité de secours. Malheureusement, ces charités dues à la libéralité des citoyens et des habitants des campagnes étaient loin de répondre à la grandeur des besoins ; et bien souvent, les pauvres sœurs n'avaient à donner que l’aumône de leurs condoléances; mais celles-ci étaient inépuisables et répandaient du moins dans les âmes un baume consolateur qui relevait les courages et aidaient à supporter les souffrances et la misère. Avant la fin de novembre, toutes les familles réfugiées au manège avaient pu trouver, soit chez des parents, soit chez des personnes charitables, soit ailleurs, des logements pour l’hiver,

Deux autres sœurs avaient été chargées de distribuer aux familles incendiées qui avaient été recueillies dans le quartier Montcalm, les effets dus à la charité publique ; mais là comme ailleurs, il était navrant de voir combien l'assistance était au-dessous de la misère.

“Tantôt, dit la chronique du couvent, ce sont de pauvres mères éplorées qui nous représentent les souffrances de leur jeune famille ; tantôt des infirmes qui auraient besoin de quelque assistance particulière, et nous ne pouvons disposer abondamment que de l’aumône de la sympathie; le reste est compté et peu abondant ”,

An milieu de la pauvreté qui continua longtemps à régner à la suite de ce désastre, le Bon-Pasteur fut la

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Providence d’une foule de malheureux qui venaient frapper à la porte du couvent, où les Sœurs avaient toujours la main ouverte, se privant elles-mêmes afin de pouvoir donner avec plus de générosité.

Nous avons tardé jusqu'ici à parler d’une œuvre de charité mise en pratique parles religieuses de l’Asile

depuis l’origine de la fondation : je veux dire la visite

des prisons. De temps en temps, au cours de chaque mois, deux sœurs se rendaient à tour de rôle à la prison de la ville, située alors dans l’intérieur des murs, L'entrée leur en était toujours ouverte sans la moindre difficulté, bien que les gardiens fussent tous protestants. Elles s’entretenaient avec chacune des prisonnières, leur faisaient le catéchisme, récitaient avec elles des prières, les ex hortaient à se convertir et à venir se ranger parmi les pénitentes de l’Asile, au sortir de prison. Ces visites réitérées faisaient une impression si salutaire sur les détenu es, opéraient parmi elles de si remarquables conversions, qu’en 1867, le conseil de la communauté décida que deux religieuses iraient régulièrement visiter chaque dimanche la prison et y enseigner le catéchisme, Cette coutume a été suivie invariablement jusqu’à ce jour.

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Il suffit d'examiner la statistique de l’écrou pour toucher en quelque sorte du doigt l’action moralisatrice du Bon-Pasteur. A l’époque de sa fondation, .il y avait à la prison autant et souvent, plus de femmes que d'hommes ; aujourd’hui, grâce à la prédication continue de nos sœurs et aussi à l’école de réforme tenue par les mêmes religieuses, dont nous parlerons plus loin, il y a à peine un tiers de femmes à la prison sur le chiffre total des détenus.

Ce bien évident ajouté à tant d’autres explique la popularité dont était entouré de plus en plus le Bon- Pasteur de Québec. On en eut des preuves éclatantes, lors de la construction de l’église conventuelle qui fut terminée en 1868. Les dons affluèrent de toutes parts et de tous les rangs de la société avec une abondance accompagnée de procédés délicats qui touchaient la communauté jusqu'aux larmes, Les noms de cette multitude de bienfaiteurs sont inscrits au livre d’or de la maison et rappelés chaque jour au pied des saints tabernacles, Il est impossible de les énumérer ici ; mais nous ne pouvons taire le don princier d’une dame canadienne, la marquise de Bassano, née D Symes, qui remit un jour à la mère supérieure la magnifique somme de huit mille dollars, Il n’est que juste de dire que madame la marquise avait un double motif en faisant cette offrande, d’abord celui de témoigner sa grande admiration pour l’œuvre du Bon-Pasteur, ensuite sa

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haute estime pour son vénérable ami, M“ Cazeau, chapelain et directeur de l’Institut,

L'inauguration de l’église dont le joli clocher domine depuis lors le quartier et semble protéger de sa croix les édifices du couvent, marque une époque dans l’histoire de l’Institut, celle où il est parvenu à sa maturité, Il ressemble par sa rapide poussée à ces plantes vigoureuses qui, sous nos rudes climats, sortent de terre comme par enchantement à la disparition des neiges, croissent avec une promptitude merveilleuse et portent presque en même temps des feuilles, des fleurs et des fruits. A peine l’avons-nous vu naître que déjà il a grandi : les feuilles et les fleurs du printemps font maintenant place aux fruits mûrs de l'été, Mais écoutons l’annaliste nous dire les allégresses de ce jour mémorable :

“ Le 28 mai 1868 a lieu la bénédiction solennelle de notre chapelle dédiée à Marie Immaculée, M Baillargeon, archevêque de Québec, préside la cérémonie, Notre digne chapelain, M. le grand vicaire Cazeau, oflicie, assisté de l’abbé Girard comme diacre, et de l’abbé Gagnon comme sous-diacre, La partie musicale est guidée par M. J.-B' Lapointe, organiste de Saint-Roch, Les personnes du dehors occupent la nef et les arcades, celles de la maison, les chœurs, M. l'abbé Antoine Racine, desservant de l’église Saint-Jean-Baptiste, donne le sermon, et avec cette chaleureuse éloquence qu’on lui

connaît, fait ressortir le mérite qui s’acquiert en se dévouant à la conversion des pauvres filles pénitentes. Il encourage les personnes charitables à continuer de soutenir de leurs aumônes l’Asile du Bon-Pasteur que Dieu a béni d’une manière extraordinaire ”.

Nous ne pouvons résister au plaisir de citer quelques passages de ce touchant discours. Après avoir invité l'assistance à rendre grâces à Dieu de l’heureux événement qu’on célébrait, il continue en ces termes :

“Il y a dix-huit ans, quelques personnes pieuses, mues par un sentiment de charité chrétienne, prenaient, au lieu où nous sommes aujourd’hui assemblés, possession d’une petite maison que leur donnait généreusement la Société de Saint-Vincent de Paul. Que voulaientelles faire? Ramener au bien les pauvres victimes des séductisns du monde, leur offrir un refuge pour y pleurer leurs égarements et se mettre à l'abri de nouvelles chutes. Prosternées dans un modeste oratoire, elles suppliaient le souverain Pasteur des âmes de bénir cette œuvre de miséricorde,

“ Vous le voyez, Dieu a béni cette maison d’une manière toute particulière, A l'invitation de M" Pierre- Flavien Turgeon, d’illustre mémoire, le clergé et les

fidèles du diocèse de Québec s’associèrent par leurs

prières et par leurs aumônes à cette œuvre si sainte, si conforme à la mission du divin Sauveur, Dans l’espace de quelques années, les humbles ‘ Servantes du Cœur

Immaculé de Marie, Refuge des pécheurs ”, ont pu, au pri e sacrifices que Dieu seul connaît, agrandir l’Asile du Bon-Pasteur. Aujourd’hui nous avons la joie et le bonheur d’assister à la bénédiction solennelle de cette belle église qui témoigne hautement de la piété des fidèles à répondre à l'appel de la religion et de la charité, Disons avec le prophète : Seigneur, j'ai aimé la beauté. de votre maison, de ce majestueux édifice qui inspire le respect et qui fait comprendre aux âmes q:’il va servir de demeure au Dieu du ciel.

“ Goûtez, Monseigneur, cette pure et sainte joie, vous qui, au milieu d: ‘ant d’autres œuvres, fruits bénis de votre épiscopat, n'avez cessé, depuis dix-huit ans, d'aider, d'encourager, de favoriser l’Asile du Bon-Pasteur ; vous avez aujourd’hui la consolation et la gloire de bénir son

église, de prier Dieu de répandre ses bénédictions sur

ce sanctuaire, de le purifier de toute souillure par l’impression de sa grâce, d’exaucer les vœux qui lui seront adressés dans cette maison de la prière, de l’expiation et de l'espérance.

“ La bénédiction de cette église, M. le grand vicaire, est aussi pour vous le sujet d’une grande joie, et vous pouvez dire avec le saint roi David : Lœtatus sum in his quæ dicta sunt mihi ; in domum Domini ibimus : Je me suis réjoui, en entendant les paroles qu'on m'a dites : nous irons dans la maison du Seigneur, Sans

autre ressource que votre charité, que votre zèle pour la gloire de Dieu, vous avez entrepris avec courage et mené à bonne fin cette belle construction digne de l'admiration et de la reconnaissance publiques.

“ Réjouissez-vous, sœurs du Bon-Pasteur, Dieu a exaucé vos prières : vous possédez une église dont la beauté charme les yeux et touche le cœur. Chaque jour, adressant dans ce sanctuaire de ferventes prières pour la sanctification de vos âmes et la conversion des filles pécheresses, Celui qui a pardonné à Madeleine repentante, qui a exaucé la prière de Marthe et de Marie, vous donnera la prudence, les lumières et le zèle pour remplir votre mission de miséricorde,

“ Offrez donc toutes ensemble au Seigneur un cantique de reconnaissance, et acquittez-vous des vœux que vous avez faits au Très-Haut. ÆRedde Altissimo vota tua 1”,

‘“ La solennité de l’inauguration se termine par le

salut solennel du Saint-Sacrement,

1— L'abbé Antoine Racine qui fut, pendant plusieurs années desservant de l’église Saint-Jean-Baptiste, a toujours été un des amis les plus dévoués du Bon-Pasteur de Québec. Lors de la création du diocèse de Sherbrooke en 1874, il en fut nommé le premier évêque. Après une des carrières les plus fructueuses comme prêtre et comme évêque, Mgr Antoine Racine est mort en 1893. Il était le frère aîné de Mgr Dominique Racine, évêque de Chicoutimi.

“ Cette journée si chère à toute sœur du Bon-Pasteur a laissé de doux et ineffacables souvenirs dans nos âmes. Que d'actions de grâces n’avons-nous pas à rendre à Dieu pour tant de bienfaits qu’il a accordés‘à notre institution depuis sa naissance ” !

Une des joies intimes de cette solennité fut d’y voir présent celui à qui était due la première idée de la fondation, M. George-Manly Muir, revenu depuis peu de Toronto à Québec. Tout en lui rayonnait de bonheur ce jour-là; et bien qu'avec son flegme anglais, il parlât peu, sa bonne et franche figure au teint rosé trahissait de profondes émotions. Plus d’une fois durant la bénédiction, on vit glisser des larmes furtives le long de ses joues. Il fut invité et consentit avec empressement à faire la quête dans l’église, accomragné d’un de ses collègues des Conférences, le docteur Landry, professeur à l’université Laval,

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Durant les divers séjours que M. Muir avait faits à Québec, il avait pris l’huwmcude d'aller passer la belle saison à la campagne, presque toujours à Charlesbourg, dans un joli vallon retiré, situé au pied des Laurentides,

à une lieue en arrière de l’église paroissiale, Il s’y trou-

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