DAC GE TE NEA
vait en pleine solitude rurale, bien qu’il ne fût qu’à deux lieues de Québec.
Avec son affabilité native, il s'était créé des relations de bon voisinage avec les habitants de cette vallée, Dès les premiers temps de son séjour, il avait remarqué, avec peine, qu’il régnait parmi eux beaucoup d’ignorance de la religion et de relâchement dans les mœurs, ce qui était dû principalement à l'éloignement de l'église. La plupart d’entre eux appartenant à des familles pauvres qui ne pouvaient se procurer de voitures, se rendaient rarement aux offices des dimanches et des fêtes, Il y avait même des jeunes gens de dix-huit à vingt ans qui n'avaient pas encore fait leur première communion. Le zèle religieux de M. Muir s'émut de cette décadence morale; il ne put en être témoin sans chercher les moyens d’y apporter remède, Dès lors il fit une des principales occupations de sa vie -de se rendre utile à cette portion du troupeau de Jésus- ‘Christ.
On était en 1869; la maison du Bon-Pasteur était “en pleine voie de prospérité, Le nombre des religieuses -s’augmentait à la communauté, et celui des postulantes au noviciat. M. Muir qui suivait ce mouvement avec une attention toujours soutenue, pensa que l'heure était venue d'ouvrir un nouveau champ à l’apostolat des sœurs, et que lui-même était appelé à y contribuer par ses aumônes et ses libéralités. Il acheta une propriété
dans l'endroit qui fut connu depuis sous le nom de Notre-Dame-des-Laurentides, et engagea la communauté du Bon-Pasteur à y fonder une mission. La sœur Marie de Saint-Bernard y fut placée à la tête de quelques religieuses qui ouvrirent des classes pour les enfants des deux sexes. Chaque dimanche, elles firent le catéchisme après la récitation du chapelet et les exercices du chemin de la croix.
Le ciel bénit visiblement le zèle de M. Muir et de ses collaboratrices ; les cinq auberges mal tenues qui se trouvaient dans le voisinage, disparurent bientôt, Une plus grande régularité s'établit dans les familles, où la piété entra avec les exhortations et les bons exemples, Chaque semaine, bon nombre de personnes participaient aux sacrements de pénitence et d'Eucharistie, L’assistance aux exercices du dimanche devint de plus en plus nombreuse; le pieux fondateur aimait à jouir de ce spectable édifiant, et lui-même, par son profond recueillement dans le lieu saint, contribuait beaucoup à exciter la ferveur des paroissiens. La mission de Charlesbourg donnait donc les plus belles espérances; le bien se faisait comme par enchantement dans un endroit où les scandales avaient été fréquents et les vertus chrétiennes trop souvent oubliées.
M. Muir se prit d'enthousiasme pour le bien qu’il y avait à faire, Sans regarder aux dépenses, il contruisit
à ses propres frais un couvent dont la première pierre
fut posée le 26 mai 1871. Ce n’était que le prélude d’une création plus considérable : une fort jolie église s’éleva bientôt à côté du couvent. M. Muir consacra à sa construction une partie de sa fortune. La bénédiction en fut faite le 23 octobre 1876. M Taschereau, archevêque de Québec, successeur de M“ Baillargeon, voulut se faire l'interprète de la reconnaissance publique envers M. Muir en venant présider en personne à cette solennité.
Un charmant poète canadien connu dans tout le pays, M. Pamphile Lemay, assistait à cette cérémonie, et en a rendu compte en termes exquis :
“ La chapelle des Laurentides s'élève coquettement avec son petit clocher d’argent comme une sentinelle vigilante à l'entrée des montagnes. Formant une couronne, les Laurentides s’avancent de chaque côté onduleuses comme la mer quand il vente, et couvertes de forêts que l’automne embellit de mille teintes douces. Près de la chapelle, jaillit du sol fécond une source abondante qui promène ses ondes fraîches en chantant, Son lit, barré par une digue légère, s’élargit soudain et forme un bassin limpide sur lequel on a jeté un pont. La source à jaiili de la terre, la chapelle a jailli de la charité chrétienne. L'une sera aussi féconde que l’autre et répandra aussi longtemps la vie et la joie autour d’elle,
“ Une foule nombreuse était accourue, lundi dernier,
pour voir les cérémonies de la bénédiction de la cha-
pelle et entendre la première messe. Des étendards flottaient au clocher, une forêt de sapins avait été plantée autour du couvent. Après avoir béni la nouvelle maison de la prière, M“ l’archevêque assista, en habits pontificaux, à la messe chantée par M“ Cazeau, le vénérable chapelain de la maison de Québec.
Du temple, orné partout de festons magnifiques,
La troupe sainte en foule inondait les portiques.
“ La fanfare éclata sous la voûte étonnée; c'était le prélude,
“ La messe commenca, solennelle comme aux jours des plus grandes fêtes, au milieu d’un recueillement profond. Une idée unique occupait toutes les personnes : Dieu allait descendre sur ce modeste autel pour la première fois. Les voix puissantes et sûres des chantres de Charlesbourg faisaient retentir le pieux sanctuaire, À l’Epitre, un Ave Maria, suave comme l'Ave Maria, de l'ange Gabriel; à l’offertoire et à l'élévation, des cantiques fort beaux chantés par les religieuses et leurs élèves, ont alterné avec les notes graves et solennelles du plain-chant, comme dans un jardin :?s fleurs gracieuses se mêlent aux fleurs superbes. Le sermon prêché par M. l'abbé Lindsay, professeur au collège de Lévis !, est une belle page d’éloquence, admi-
1— L'abbé Lindsay est aujourd’hui chapelain des Ursulines de Québec.