‹ L'asile du Bon-Pasteur de Québec [microforme]Chapitre 4 sur 93 · REP · texte numérisé non relu

REP

Désespérée, elle s’est enfuie du toit paternel, d’où les siens même la repoussaient. Qui peut dire ensuite la longue chaîne de ses égarements, de ses années passées dans le vice ? Mais la foi ne s’est pas éteinte en elle, le remords la poursuit toujours. Elle voudrait renoncer au péché, retourner à Dieu, à la vertu, mais où trouver un refuge? où chercher des moyens d’existence? Ælle ne peut songer à retourner dans sa famille ; les siens qu’elle a déshonorés lui interdiraient l’entrée du foyer paternel. Ira-telle sans recommandation demander du travail, essayer d'entrer au service de quelque famille honnête ? On sait d'avance l’accueil qui l’attend : au moindre soupçon de sa honte, toutes les portes sont fermées devant elle. La voilà donc errante par les chemins, sans asile, sans avenir, en proie à toutes les ignominies, n'ayant d'autre alternative que de mourir de faim ou de retourner dans les bouges du vice. Qui peut peindre l'horreur de la situation de cette pauvre femme déchue, ainsi abandonnée, rejetée de Dieu et des hommes? IT faut plus qu’une parole humaine pour dire son désespoir, il faut

les accents d’un prophète.

‘“ Ô vous tous qui passez par le chemin, s'écrie Jérémie, regardez, et voyez sil est une douleur comme ma douleur, parce que le Seigneur m'a dévasté, selon sa parole, au jour de sa colère et de sa fureur.

“ Il a envoyé du ciel le feu dans mes os, et ce feu m'a dévoré; il a tendu un filet devant mes pieds, et il m'a fait tomber; 1l m’a désolé et durant tout le jour il m’a accablé de douleurs.

“ Le joug de mes iniquités s’est levé; le Seigneur les a roulées dans sa main, et il les a imposées sur mon cou ; ma force a été abattue, et le Seigneur m'a livré à une main que je ne pourrai fuir ”. (Jér. 1. 12-14.)

Non, elle ne peut pas elle-même fuir son désespoir, la charité chrétienne seule peut l’en délivrer ; car bien que toute autre demeure lui refuse son abri, il est une demeure préférable à toutes les autres qui lui est offerte, c'est celle du Bon-Pasteur.

“ Les fondements de cette demeure furent posés au jour et à l'heure où le Christ, sur le Calvaire, fut pour nos péchés abandonné par

son Père, pour que sa détresse suprême servit

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