‹ L'asile du Bon-Pasteur de Québec [microforme]Chapitre 42 sur 93 · CES · texte numérisé non relu

CES

Le couvent des Laurentides continue toujours son œuvre de moralisation, d'enseignement et d’édification. Une génération nouvelle a succédé à l’ancienne depuis son établissement, et il s’est élevé autour de lui comme une couronne de familles sincèrement catholiques, dont les chefs sont prêts à tous les sacrifices pour procurer à leurs enfants les mêmes avantages qu’ils ont eus dans leur jeunesse, Une centaine d'élèves des deux sexes fréquentent régulièrement les classes dirigées par quatre religieuses, Notre-Dame-des-Laurentides est devenue semblable à une petite paroisse, où il y a confession, communion et messe tous les jeudis, avec salut du

Saint-Sacrement le dimanche.

Nous avons déjà vu comment les sæurs du Bon- Pasteur mettaient en pratique la parole de leur divin Maître: ‘“ J'étais en prison et vous m'avez visité”? ; nous avons dit l’action moralisatrice qu’elles exerçaient auprès des détenues, L'année 1870 offrit un nouveau théâtre à cette activité évangélique.

La réforme des prisons depuis lnngtemps réclamée par la voix publique avait enfin été prise en considération par nos législateurs et mise en voie d'exécution. Parmi les réformes qui restaient à faire était la sélection

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des jeunes délinquants pour les soustraire au contact des vieux criminels et les remettre dans la voie du bien en faisant leur éducation morale, Jusque-là les prisonniers avaient été entassés pêle-mêle, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, sans égard à l’âge. On voyait des enfants de six, huit, dix et douze ans à côté d'hommes ou de femmes perdus qui, en peu de temps, en faisaient de petits monstres familiers avec le vice. En 1869, un ecclésiastique influent et zélé, l'abbé Ramsay, entreprit d'apporter remède à cette coupable négligence de l'Etat. Il fit adopter en Parlement une loi qui pourvoyait à l’établissement d'écoles de réforme, En vertu de cette loi, les jeunes gens convaincus d’une première faute étaient soustraits à la société des repris de justice qui auraient pu les perdre, et placés dans des muisons de correction, Ce fut le commencement de la classification des prisonniers que le pays réclamait depuis longtemps. On ne tarda pas à constater les excellents résultats de cette législation, Les jeunes délinquants, punis pour une première faute commise souvent par étourderie et sans avoir beaucoup conscience de leur culpabilité, n'ayant pas à subir l’atmosphère pestilentielle des prisons, purent être ramenés dans la voie droite et transformés en bons citoyens, Cette première réforme en amena une seconde, I existe en effet une autre classe de malheureux aban-

donnés qui, sans être coupables, sont exposés à le

devenir: c’est la classe des enfants appartenant à des parents dépravés. Ces pauvres petits êtres sans protection et sans guide sont vite entraînés dans le sentier du vice, Un père ivrogne, une mère sans vertu, ont bientôt gâté un enfant innocent.

Après avoir créé les écoles de réforme, le gouvernement voulut étendre sa protection à ces pauvres délaissés et il institua des écoies d'industrie, Dans ces établissements, l'enfant abandonné ou l’orphelin peut être instruit de ses devoirs envers Dieu et envers les hommes, et devenir capable de gagner honorablement sa vie.

Ce genre d'institution est inappréciable ; car il est plus facile d'empêcher des enfants de se gâter que de les réformer.

Le gouvernement jeta naturellement les yeux sur les congrégations religieuses pour l'établissement des écoles de réforme et d'industrie, comme étant plus économiques et offrant plus de garanties. En 1870, la communauté du Bon-Pasteur de Québec fut chargée par le gouvernement d'établir une école de réforme, et reçut un octroi annuel pour l'entretien de vingt enfants, Ce chiffre fut porté ensuite à quarante, et en 1884, une école d'industrie fut autorisée comme annexe à l’école de réforme, Le maximum d'enfants que le gouvernement s’engageait à entretenir fut de cent cinquante pour l’une et l’autre école,

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L'Etat accordait une demi-pension pour chaque enfant jusqu’à l’âge de seize ans; aujourd’hui la limite d'âge est fixée à quatorze ans,

Il n'entre point dans notre cadre de parler des écoles de réforme et d’industrie confiées à des congrégations religieuses en différentes parties de la province de Québec. Disons seulement qu’elles n’ont pas donné moins de satisfaction que celle dont nous avons à nous occuper ici.

Cette école qui ne recoit que des filles, fut d’abord installée dans une maison voisine du couvent et située sur la rue Saint-Amable. Ce logement, acheté aux frais de la communauté, étant devenu trop étroit, fut remplacé en 1876 par un vaste édifice à triple étage, également bâti aux frais de l’Institut. Enfin, en 1892, fut acquise du gouvernement fédéral la propriété de l’ancien Hôpital de Marine, où fut transférée l’école de réforme et d'industrie, désignée aujourd’hui sous le nom d'Hospice Saint-Charles, en inémoire de M“ Cazeau, La moyenne des enfants recueillies et entretenues annuel. lement par les sœurs depuis 1870 est de 90 à 100; le chiffre total depuis cette date jusqu’en 1896 est d’environ 300, La moyenne donnée plus haut peut paraître au premier abord disproportionnée avec le chiffre total ; mais il faut remarquer que les mêmes enfants apparaissent plusieurs années de suite, selon le temps qu’elles

sont demeurées à l’'Hospice,

Cette année (1896), le nombre des jeunes filles présentes à l’école est de 154, sur lesquelles 107 sont internées par le gouvernement, Les 47 autres sont recueillies et formées par les religieuses, parce que ces enfants manquent de protection, étant orphelines, ou appartenant à des parents vicieux qui pourraient les perdre. Vingt-sept de ces enfants sont reçues absolument gratis; pour les vingt autres, la maison reçoit quelques minimes rétributions plus ou moins régulières, de la part de parents, d'amis ou de bienfaiteurs,

Le système de l’école est un enseignement essentiellement pratique, Outre les cours élémentaires qu’on enseigne régulièrement dans les classes, on prépare les enfants aux travaux manuels. On les accoutume à toutes les occupations du ménage, couture, raccommodage, tricot, blanchissage, repassage, travaux de cuisine, depuis la préparation des mets jusqu’à la tenue irréprochable des ustensiles, en un mot tout ce qui peut rendre une femme utile dans une maison, Les élèves apprennent de plus le jardinage, la comptabilité, la manière de faire les achats pour la maison ; par exemple, on envoie les enfants à tour de rôle faire le marché, accompagnées d’une personne d'expérience qui les dirige. Lorsque les jeunes filles ont atteint 1 de quatorze ans, elles sont placées dans des familles recommandables si elles sont suffisamment formées ; sinon

l'école continue à en preudre soin jusqu’à l’âge de seize,

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