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dix-sept et même dix-huit ans, encore que l'Etat cesse de les entretenir après l’âge de quatorze ans.
La meilleure preuve de la bonne tenue de cette école est dans le fait que presque toutes les enfants qui en sosteru, continuent à persévérer dans le bien. S'il y a des exceptions, elles sont très rares. La raison de ce succès est que les bonnes sœurs étendent leur sollicitude sur leurs élèves, même après les avoir placées dans le monde, Elles s’informent avec soin de leur conduite, les invitent à revenir souvent à l'Hospice, leur donnent de sages conseils, les encouragent, en un mot, leur servent de mères, Si elles s’apercoivent qu’elles chancellent ou qu’elles sont exposées, elles les ramènent et les gardent jusqu’à ce qu’elles soient bien raffermies et capables de se conduire elles-mêmes,
Il n’est que juste d’insister sur les avantages inattendus que retire l'Etat de l’école qu’il maintient ici. Les religieuses ne sont obligées à garder que les enfants pour lesquelles il donne un octroi; mais elles n’en agissent pas ainsi, loin de là, car elles n’oublient pas qu’elles sont les filles du bon Pasteur, de Celui qui a une si tendre sollicitude pour ses brebis, Depuis que l'école existe, c’est-à-dire dans l’espace de vingt-six ans, les sœurs ont recu:et formé environ 200 jeunes filles absolument gratis, par pure charité, et à peu près 250 pour une pension nominale, en vue de soustraire ces
enfants aux dangers auxquels elles étaient exposées,
Ces faits en disent plus que toutes les réflexions que l'on pourrait ajouter, Remarquons seulement en terminant qu’au point de vue économique, le gouvernement ne saurait faire de meilleur placement qu’en soutenant des écoles du genre de celle-ci. Que l’on compte, en effet, si l’on peut, combien il lui en aurait coûté si ces enfants eussent eté laissées dans la voie de perdition où elles se trouvaient et étaient devenues, du moins pour un certain nombre, des criminelles traînant leur vie de prison en prison. Que de sommes énormes dépensées pour les procès au criminel, pour les prisons, pour les pénitenciers, sans parler du surcroît de mauvais sujets infectant la société,
Disons à la louange de nos législateurs qu’ils ont bien compris l'importance des écoles de réforme et d’industrie, Ils savent qu’en les favorisant, ils atteignent un double but: moraliser le peuple et économiser les deniers publics.
Encore que la fondatrice du Bon-Pasteur eût demandé en grâce d’être déchargée du fardeau de la supériorité, en considération de son âge joint à la faiblesse de sa santé, et qu’elle eût été remplacée par la sœur Saint- Vincent de Paul (1859), elle n’en suivait pas avec moins de sollicitude les progrès de la maison dont elle avait, en quelque sorte, posé la première pierre, Prudente et hardie à la fois, douée de l'esprit d'initiative, elle était des premières à encourager une œuvre et à
conseiller de l’entreprendre, du moment que cette œuvre était du ressort de l’Institut, et que la communauté disposait de sujets capables de la mener à bonne fin, Aucune de ses compagnes n'avait poussé plus énergiquement qu’elle à l'ouverture des missions, à la fondation de l’école de réforme et d'industrie, à l’établissement de missions à Champlain, à Saint-Sylvestre et à Saint- Laurent de l’île d'Orléans. La première de ces fondations fut faite en 1870, la seconde en 1872, la troisième en 1875. Toutes trois, établies sur une modeste échelle, ont donné les espérances qu’elles promettaient, et continuent de prospérer.
Les postes secondaires qu’occupait la vénérable Fondatrice depuis qu’elle s'était démise de la supériorité,avait donné occasion de remarquer en elle un avancement extraordinaire dans la vie et les vertus monastiques,. Son esprit d’humilité et d’obéissance en particulier, son entière déférence envers les supérieures qui s'étaient succédé dans la maison, faisaient l’admiration et l’édification de tous ceux qui en étaient témoins.
Le secret de cet avancement était dans la fidélité avec laquelle elle avait suivi les conseils que le P. Saché
lui avait donnés à l’époque de sa démission, Voici en
effet ce que le saint religieux lui avait écrit à sa demande le 10 février 1859 :
‘ Puisque vous voulez de moi une prescription, ne fût-ce que pour la déchirer plus tard, je vous donnerai ce qui me conviendrait à moi-même en pareil cas; voyez avec votre médecin si cela va à votre tempérament, 1° Voir en ce changement la volonté sainte de Dieu et vous persuader que c’est le mieux pour sa gloire, le bien de la communauté et votre propre avantage ; 2° Respecter et écouter la nouvelle supérieure comme tenant la place de Dieu ; 3° Soutenir son autorité par vos exemples plus encore que par vos paroles ; 4° Oublier que vous avez été supérieure et le faire oublier aux autres; 5° Ne jamais dire: Si j'étais supérieure, cela se ferait, ou telle chose n'aurait pas lieu ; ne pas même le penser si c’est possible ; 6° Profiter de votre repos pour vous adonner plus que jamais à la vie intérieure, au silence, à la modestie, à la prière,
à l’obéissance aveugle, ete. Vous trouverez cela trop
Jong et trop délayé; eh bien! mettons-le en deux
petites pilules qui se ressemblent comme deux sœurs.
‘“ Aimez à être ignorée et comptée pour rien ”, c’est
l’Imitation qui nous donne cette première, vous la trouverez amère; voici la seconde, qui produira le même effet, mais qui est toute couverte du sucre de la
charité divine, ‘“ Apprenez de moi que je suis doux
et humble de cœur ”,
Cette règle de conduite que le bon Père avait assaisonné d’un grain d’enjouement si agréable et si délicat était devenu le vade mecum de la Mère Fondatrice. Elle n'avait cessé de la méditer, de se l’approprier, de la traduire dans sa conduite. De là venait le progrès dans la perfection que la communauté remarquait en elle avec tant d’édification.
La crainte qu’inspirait à la vénérable Mère la responsabilité des premières charges lui suggéra une démarche qui fit éclater plus que jamais sa vertu. Elle supplia M® Baillargeon de lui permettre de refuser toutes charges dans la maison. L’archevêque de Québec acquiesca à sa demande et le fit connaître à la communauté dans la circulaire suivante (décembre 1864).
“ Nos très chères sœurs en Notre-Seigneur,
“ Votre vénérable Fondatrice, pénétrée de la plus
vive reconnaissance envers Dieu pour les grandes grâces qu’il lui a plu de répandre sur sa communauté, et au comble de ses vœux de la voir heureusement arrivée au degré ©: prospérité et de stabilité où il lui semble qu’elle peut désormais se passer de ses services nous a prié, à deux reprises, et avec grande instance, dans le cours de notre visite, de la dispenser de l'obligation que lui imposent les Constitutions, d'accepter les charges de la maison que ses Sœurs voudraient lui donner dans la suite, Ce n’est pas qu’elle veuille cesser de s'occuper
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du bien de la communauté: elle veut s’y employer, et avec le secours de la grâce, continuer de l’édifier et de lui rendre tous les services en son pouvoir, en remplissant selon la mesure de ses forces, tous les emplois communs auxquels l’appellera la sainte obéissance. Mais, sentant ses forces diminuer, et redoutant surtout les difficultés sans nombre et la grande responsabilité attachées aux premières charges : difficultés et responsabilités qu’une longue expérience lui a fait connaître, elle désire pour la paix de sa conscience, jouir enfin d’un repos mérité, et que plus d’un fondateur de congrégations religieuses a réclamé et obtenu avant elle.
“ Nous devons avouer ici que sa demande, toute juste qu’elle paraît, nous a contristé au premier moment, et nous lui en avons d’abord témoigné notre peine, Mais enfin, touché de ses instances, après avoir mûrement pesé les excellentes raisons qu’elle nous a exposées pour obtenir cette dispense, nous avons cru que nous devions la lui accorder. Nous déclarons donc, par les présentes que, cédant à ses instantes prières, nous l'avons dispensée, et nous la dispensons de toute obligation d'accepter les charges qui, suivant les Constitutions de cette communauté, doivent être conférées par élection ”.
Il est plus facile de concevoir que de rendre les sentiments avec lesquels la communauté entendit cette décision du premier supérieur, La vénération toujours
croissante dont était entourée la Mère Fondatrice, la faisait regarder comme un autre Moïse conversant avec Dieu su: la montagne, pendant que les phalanges d'Israël combattaient dans la plaine. Dans le Conseil dont elle continua toujours à faire partie, elle donnait ses avis avec d'autant plus de liberté qu'elle n'était attachée à aucun office particulier.
A mesure que les années s’'écoulaient, le P, Saché qui de loin suivait toujours avec la même sollicitude ce qui se passait au Bon-Pasteur, était presque effrayé de l'accroissement vraiment merveilleux de cette institution qu’il avait vue si petite, si méprisée à sa naissance, A l’occasion de la nouvelle année, 1871, il écrivait à la supérieure :
“ Merci pour votre bonne lettre du 23, je l’attendais
avec patience sans doute, — car il n’est pas bon de s’impatienter, — mais non avec indifférence. Je n’oublie pas notre Bon-Pasteur, et je tiens à n’en être pas oublié, J'ai trop besoin de prières pour consentir volontiers à être privé de celles de nos chères sœurs, de nos braves consacrées et de nos bonnes pénitentes, Vous avez raison d’être persuadée que je m'intéresse à toutes vos œuvres, Je bénis Dieu de la prospérité qu'il leur accorde, et je le prie en même temps de ne pas permettre que cette prospérité vous enfle le moins du monde; car alors vous cesseriez d’être des vierges sages et prudentes (et il y en a assez de folles sur ia
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