‹ L'asile du Bon-Pasteur de Québec [microforme]Chapitre 54 sur 93 · RER · texte numérisé non relu

RER

évêque de Rimouski, Il avait souvent remplacé au couvent M“ Cazeau, quand celui-ci était retenu à l’archevêché par un surcroît d'ouvrage, ou appelé à remplir quelque mission hors de la ville. Les services qu’il avait rendus en ces circonstances avaient donné lieu d'apprécier sa science, son habileté et sa prudence dans la conduite des âmes.

A la mort de M“ Cazeau, il n’y eut qu'une voix pour l'appeler à la direction du Bon-Pasteur, où il jouissait déjà d’un prestige et d’u: e autorité incontestés. Un an devait cependant s’écouler avant qu’il fût libre d'accepter cette charge. Dans l'intervalle, elle fut remplie par un prêtre d'âge et d'expérience, M. l'abbé J.-B*-Wallaston Blais, actuellement curé de Saint-Laurent, dans l’île d'Orléans, Sous sa direction et sous celle de son successeur,

l’Institut du Bon-Pasteur a achevé de prendre à peu

près tout le développement qu’il a atteint aujourd’hui,

Outre la maison-mère et ses deux succursales à Québec, l’Hospice Saint-Charles et celui de la Miséricorde, l’Institut compte seize maisons d'éducation, treize au Canada : Fraserville, Lotbinière, Chicoutimi, Notre- Dame - des - Laurentides, Saint - Sylvestre, Champlain, Saint-Laurent, l’Islet, Saint-George-d’Aubert-Gallion, Charlesbourg, Matane, Saint-Isidore, Saint-Pierre-de- Montmagny, et trois aux Etats-Unis : Biddeford et Van-Buren, dans le Maine, Lawrence, dans le Massa-

chusetts,

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De tous les couvents établis depuis 1881, celui de Biddeford est le plus important par le nombre des élèves. Fondé en 1882, il a toujours vu ses classes s’agrandir ; et le nombre des enfants qui les fréquentent a dépassé cette année (1896) le chiffre de 1100,

Si les couvents établis au Canada font un bien qui ne se calcule pas, ceux des Etats-Unis en accomplissent un plus grand encore car ils vont au-devant de besoins beaucoup plus pressants ; nos compatriotes d’origine française, en faveur de qui ces couvents ont été fondés, étant, en général, loin d’être aussi bien pourvus qu’au Canada de moyens d'instruction religieuse et profane.

L’apostolat qu’exercent aux Etats-Unis nos communautés canadiennes, est doublé d’une mission patriotique toute particulière: celle de conserver la langue et les traditions nationales chez nos frères émigrés qui vivent par groupes isolés au milieu d’autres races. Les succès qu'on à obtenus réalisent les meilleures espérances.

Il y a un certain nombre d’années, les groupes canadiens-francais des Etats-Unis, même les plus importants,

semblaient destinés à une absorption inévitable ; mais

il n’en est plus de même aujourd’hui ; leur physionomie a changé sous l’action des communautés religieuses établies parmi eux et dirigées par un clergé intelligent

et zélé qui comprend le génie de notre peuple. Plusieurs de ces centres sont devenus l’image fidèle et comme la

reproduction des meilleures paroisses de notre province,

sous le rapport de la régularité, de l'instruction, de l’attachement à la langue et aux traditions.

La communauté du Bon-Pasteur de Québec, de fondation récente, n’a pas été une des preinières, mais n’est pas non plus une des dernières, dans le travail d’organisation et de cohésion nationale qui s'opère chez nos compatriotes de la république voisine, On peut juger de l'importance et de l'intérêt qu’attache notre Institut à ses trois missions des Etats-Unis, par le fait qu’il n’y entretient pas moins de cinquante - cinq religieuses destinées à l’enseignement de la jeuresse,

Une des scènes dont on a le mieux conservé la mémoire à la maison-mère, est celle où fut décidée la fondation du premier couvent du Bon- Pasteur aux Etats-Unis. La Mère Fondatrice que la communauté entourait d'autant plus de vénération qu’elle la voyait approcher de l'éternité, et dont les avis étaient d'autant mieux écoutés qu’elle y mettait plus de réserve, avait hésité et prié longtemps avant de donner son adhésion à cette tentative qui sortait du cadre ordinaire des fondations : l’Institut était si jeune, les sujets encore peu nombreux, la situation où allaient se trouver les missionnaires si différente de ce qui existait au Canada. La perspective qui s’ouvrait était si pleine d’obscurité, les

écueils si nombreux dans un pays étranger, où les mœurs et les habitudes sont si en dehors des nôtres, où l’on respire une atmosphère d'indépendance universelle, que la vénérable Mère était restée interdite à la première proposition qui lui fut faite d’une fondation. Elle demanda plusieurs jours de réflexion et de colloque

devant Dieu avant de se prononcer. On lui avait

assigné depuis quelque temps une petite cellule au troisième étage du couvent, Un matin, la supérieure et une de ses assistantes, étant montées chez elle pour la consulter, la trouvèrent en prière, la figure toute rayonnante de joie:

“ Dieu le veut! leur dit-elle, d’un air inspiré ; il nous bénira d’aller au secours de tant de familles de Biddeford qui nous supplient de nous y fixer pour instruire leurs enfants ”.

Lorsque les premières missionnaires de Biddeford vinrent lui faire leurs adieux au moment du départ, elle les bénit avec effusion et leur réitéra les mêmes promesses avec un accent d'inspiration dont elles furent

frappées et qui les remplit de consolation.

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Les années s’accumulaient sur cette chère et vénérée Mère; mais si elles s’appesantissaient sur ses épaules, elles ne pesaient pas sur son esprit qui resta jusqu’à

la fin alerte, lucide, prime-sautier, avec cette nuance d'humour qui donnait à sa conversation un charme infini; ce qui faisait dire en badinant à un spirituel causeur de ses amis qu’elle avait plus d’esprit à elle seule que toute la communauté,

Durant les dernières années de sa vie, la difficulté qu’elle avait de marcher l’obligeait de garder presque toujours sa cellule, Elle n’en sortait guère que pour se rendre à la chapelle, où elle assistait aux principaux exercices, après quoi elle continuait de prier devant le Saint-Sacrement, parfois durant des heures entières,

De retour dans sa chambre, elle entremêlait ses pieuses lectures, ses chapelets et autres exercices de piété, de travaux à l'aiguille, qu’elle remplaçait par le tricot quand sa vue était fatiguée, Elle se serait fait un scrupule de verdre une minute qu’elle eût cru dérober aux pauvres pour qui elle travaillait toujours. On conserve à la communauté des ouvrages de couture qu’elle acheva la veille même de sa mort qui fut presque subite, et ces ouvrages sont faits avec la même perfection qu'aux plus beaux jours de sa vie, quand elle n’était surpassée par personne dans le fini de l’exécution.

Qu'on lise à côté de cela le portrait que fait l'Esprit- Saint de la femme forte :

“ Elle est d'un prix qui l’emporte sur toutes les pierreries.

té attte

“ Le cœur de son époux se confie en elle, et il voit l'abondance s’accroître dans sa maison.

“ Elle travaille le lin et la laine, et le conseil préside à l'ouvrage de ses mains.

“ Elle à compris et vu que ses œuvres sont bonnes ; sa lampe ne s’est pas éteinte durant la nuit,

“ Elle a porté la main à la quenouille, et ses doigts ont tourné le fuseau,

“ Elle à ouvert sa main au pauvre, elle a tendu ses deux mains vers l’indigent.

“ Elle est revêtue de force et de beauté, et son dernier jour sera plein de joie ”.

Ne trouve-t-on pas chacun de ces traits de la femme forte fidèlement reproduits dans la vie de la fondatrice du Bon-Pasteur,

Le temps n’était pas éloigné où elle allait recevoir la récompense de sa longue vie de mérites. On put le pressentir au cours de l’année 1884, à l’altération de ses traits, à une débilité générale et à l’aggravation

d’une affection d'asthme dont elle souffrait depuis long-

temps. Dans cet état d’affaissement, la moindre maladie pouvait l'enlever, Elle atteignit toutefois sans accident jusqu'aux premiers jours de mars 1885; mais, le 9 de ce mois, l’annaliste du couvent écrit :

“ Aujourd’hui, lundi, à sa première visite, notre médecin, M, le D Vallée, a déclaré que notre chère Mère Fondatrice, malade depuis quelques jours, est

menacée de congestion de poumons. Jusqu'à ce moment, l'état de notre vénérée Mère ne nous avait inspiré aucune inquiétude, habituées que nous étions à la voir faible et oppressée par suite de l’asthme, Le médecin avait été le premier à nous rassurer, Grande fut notre surprise en l’entendant parler de l’administration des sacrements pour ce soir même, Notre anxiété est d'autant plus vive que notre révérende Mère supérieure générale (Saint-Vincent de Paul) est absente depuis trois jours, en visite annuelle chez nos sœurs de Saint- George-de-la-Beauce, Notre première pensée fut de lui annoncer la triste nouvelle par voie télégraphique; malheureusement les communications de ce genre ne se font pas dans cette partie de la Beauce,

“ Mère Fondatrice elle-même dit cu’elle va mourir, et sa joie est grande, ce qui est un terrible contraste avec l'émotion générale, Ayant demandé quel jour notre Mère supérieure doit revenir, —Mercredi, dit-on, — Oh! peut-être trop tard, répond la chère malade,

“ A 7 heures du soir, seconde visite du médecin qui constate un danger de plus en plus imminent, Après son départ, notre bien-aimée malade réclame la visite de M. le chapelain, “Je dois être administrée, je crois ”, disait-elle, et son calme est imperturbable,

“ A 8 heures, la cloched es observances, au lieu de nous annoncer la prière du soir, nous convie à la chapelle pour accompagner le Dieu de l’Euchanstie

allant se donner en viatique à notre malade, Cet acte solennel avait cette fois un caractère plus imposant, Toutes les âmes étaient confondues dans un même sentiment, tous les cœurs soupiraient une même prière ardente. Il était facile de constater qu’un même amour réunissait les enfants au chevet de leur première Mère,

“ La chambre étant trop étroite, quelques-unes de nous seulement avaient pu y pénétrer; les autres se rangèrent, partie dans le corridor, partie dans l’infirmerie avoisinante, Il était beau de voir cette multitnde de cierges allumés semblables à autant d'étoiles . ntillantes, et tout naturellement on se reportait à la couronne brillante qui attend notre Mère. Le grand nombre d’âmes qu’elle a gagnées au divin Maitre, devra être autant d’astres qui illumineront son trône dans la céleste patrie,

“ A sa famille du Bon-Pasteur, notre chère malade voyait réunies quatre religieuses de l’'Hospice de la Charité de Québec. D'abord, l’une de ses filles, sœur Saint-Pierre, supérieure de l’'Hospice Saint-Joseph-de-

la-Délivrance, à Lévis; nous l’avions envoyé chercher

après la première visite du médecin ; puis la révérende Mère Marie du Sacré-Cœur, assistante générale des dites Sœurs de la Charité ; aussi les sœurs Saint-Jean l'Evangéliste, dépositaire générale, et Saint-Vital, de l'Hospice de Lévis.

“ 9,45 heures du soir, Nous voyons arriver avec un

grand plaisir l’autre fille de notre bien-aimée Mère Fondatrice, sœur Marie de Bon-Secours, supérieure des Religieuses de la Charité à Saint-Nicolas. Un télégramme lui avait été expédié à 5 heures.

“10, mardi, La nuit a été souffrante pour notre vénérée malade, mais sans rien d’extraordinaire toutefois. Nous avions quelque espoir même, quand, à sa première visite ce matin, le médecin nous l’a enlevé en nous disant que s’il y avait changement, c’était pour le plus mal …

“ Le KR. P. Saché ne tarda pas à venir visiter notre digne malade qui avait commencé sous sa sage et pieuse direction l’œuvre du Bon-Pasteur, Notre vénérée

Mère avec une joie indicible lui annonça qu’elle s’en

allait au ciel où elle n’oublierait pas d’exalter son cha-

ritable dévouement et de solliciter un des plus beaux trônes pour lui,

‘“ Le saint religieux fut visiblement affecté et dit à notre première Mère: “Je vous connais pour une fidèle commissionnaire ; vous m'obtiendrez de mériter ce trône ”, — ‘“ Ah! il est gagné depuis longtemps ” répliqua-t-elle,

“11, mercredi, Même prostration inquiétante,

“ L'honorable M. Chauveau, shérif de Montréal, parent de Mère Fondatrice, est accouru auprès d’elle à la nouvelle de sa prompte et dangereuse maladie. Comme il se tenait à l'écart, notre révérende chère

Mère dont les paupières sont constamment appesanties, a demandé si le digne monsieur était là. Vite il s’est rapproché, disant : “ Vous êtes entourée de tant d’anges que je m'éloigne ”. La vive repartie a été: “ Mais vous aussi vous êtes un bon ange ”.

Tout faisait présager que la vénérée Mère n'avait plus que peu de temps à vivre. Dieu, cependant, se laissa toucher, sans doute par les prières ferventes et continuelles qui lui furent adressées, et il prolongea ses jours pendant quelques mois encore. Après une assez longue convalescence, elle put se lever, se rendre ensuite de temps en temps à la chapelle, faire quelques travaux de couture entre ses exercices de piété, en un

mot, reprendre le cours de sa vie ordinaire.

Les Annales du couvent nous révèlent quelles furent les dispositions d’âme de cette chère Mère durant ces derniers jours de son existence :

“ Ses désirs, tant pour la vie que pour la mort, n’ont d'autre règle que la soumission à la volonté divine ; toutefois, il lui tarde d’aller jouir de la vue de Dieu, Il

faudrait avoir un cœur comme le sien pour être capable

de rendre ses paroles enflammées quand elle parle du ciel ”,

Au commencement de juin, elle fit une retraite de huit jours pour se préparer à sa fête patronale, celle du Sacré-Cœur qui tombait cette année-là le 14 juin. Le 21 suivant, elle eut la force d'assister au conseil de la communauté.

“ Après avoir délibéré au sujet des novices, les mères vocales allaient se retirer quand la Mère Fondatrice a demandé la permission de parler, et s’est exprimée à peu près dans les termes suivants : “ Mes chères sœurs, mes jours sont comptés, et si je ne suis par partie pour l'éternité lors de ma grande maladie, ce départ n’est différé que de quelques semaines, de quelques mois au plus. Toujours est-il que je désire mourir comme une sainte pénitente, et j'ai bien souvent scandalisé la com-

munauté par mes jugements téméraires, mes critiques

des supérieures, Ah! oui, mes sœurs, je vous ai donné de bien mauvais exemples que je vous supplie de me pardonner et de ne jamais suivre. C’est un si grand péché que le jugement téméraire ; je l'ai compris pendant la retraite que je viens de faire, plutôt que pendant ma maladie où je n'avais guère la force de rentrer en moi-même, Je vous conjure donc de me pardonner, de prier pour que ma mort soit aussi édifiante que celle de plusieurs de nos bonnes pénitentes, de prier aussi pour que mon purgatoire soit un peu abrégé. Oh! oui, il sera rigoureux; mais j'ai toujours aimé le bon Dieu de.

tout mon cœur, aussi, ai-je plutôt péché par la tête que par le cœur ”.

“ La voix de la vénérée Mère était émue ; toutes, nous étions aussi édifiées qu’attendries, et en réponse à cette expression d’humilité, notre Mère supérieure alla l’embrasser, ce que chacune des sœurs vocales fit à son tour. Puisse un si bel exemple n’être pas stérile ” !

A l'ouverture de la grande retraite annuelle de la communauté qui se fit au mois d'août, la Mère Fondatrice entreprit de la suivre, et elle eut assez de courage pour assister à la plupart des instructions du prédicateur; mais de telles fatigues étaient au-dessus de ses forces. Les chaleurs de l'été achevèrent de l’accabler, elle sentit un invincible besoin de dormir: c'était le sommeil de la mort,

Elle s’alita, tomba dans une espèce de léthargie durant laquelle on lui donna l’extrême-onction, les dernières indulgences, et elle s’endormit réellement dans le Seigneur du sommeil des prédestinés le 1° septembre 1885, à une heure et demie de l'après-midi, à l’âge de 79 ans et 11 mois.

Toutes les classes de la société, particulièrement le

clergé et les congrégations religieuses, s’associèrent au

deuil inconsolable de la communauté, Les témoignages

de sympathie et de condoléances, accompagnés des plus grands éloges pour la vénérée défunte, vinrent de toutes parts en si grand nombre qu’il faut renoncer à les citer,

Ils sont admirablement résumés d’ailleurs dans l’oraison funèbre prononcée par M“ l'archevêque, aujourd’hui cardinal Taschereau, le jour des funérailles qui eurent lieu le 5 septembre, au milieu d’un concours si nombreux de tous les rangs de la société que l’église put à peine le contenir.

Après le service, que le prélat avait voulu chanter lui-même pour honorer la défunte, il s’avanca vers la balustrade, suivi de son cortège, et, mitre en tête, avec ce grand air qui lui était naturel et qui le rendait si imposant, il s’exprima ainsi au milieu d’un silence avide de recueillir ses moindres paroles :

“ Le prophète Zacharie inspiré par le Saint-Esprit nous dit qu'il y aurait une fontaine qui servirait à purifier les pécheurs. Notre-Seigneur a établi cette fontaine d’abord dans son Cœur, dans le Cœur Immaculé de Marie, dans le baptême, dans la pénitence et l’eucharistie, Cette fontaine n’a pas eu besoin de la main de l’homme pour sa formation, mais le Seigneur s’est servi de la main de l’homme pour en faire découler tous les bienfaits. Il a voulu que par la main des hommes, les eaux de cette fontaine fussent distribuées, Il régit son Eglise par le Souverain Pontife ; il offre le saint sacrifice et distribue ses sacrements par la main de ses prêtres ; il a voulu que le bon gasteur allât chercher la brebis

perdue pour la ramener au bercail: c'est ainsi qu'est

née cette maison du Bon-Pasteur, Sa miséricorde a voulu que ses brebis soient en sûreté dans le bercail, et celle dont nous faisons les funérailles aujourd’hui, fut l'instrument de Dieu dans cette œuvre de miséricorde et de réparation.

“ La plupart de ceux qui mirent la main à cette œuvre, sont aujourd'hui dans la tombe, M“ Turgeon et M" Baillargeon, le vénérable M. Muir et la pieuse

M'° Métivier dont on a fait les obsèques il y a quelques

jours, ont été les instruments de cette œuvre; mais on peut dire que celle dont nous allons confier les restes à la terre, occupe le premier rang. C’est par elle que l’Institut du Bon-Pasteur a commencé, qu’il s’est propagé et qu’il se continuera dans les siècles.

“Je l'ai vue, il y a quelque temps, sur son lit de douleurs; elle m’a parlé longtemps de son bonheur, des grâces nombreuses que le Seigneur lui avait faites, de ses joies en voyant que son œuvre s'était affermie, s'était soutenue au milieu de mille épreuves, qu’elle avait enfin reçu du Souverain Pontife la confirmation solennelle et définitive de ses constiti tions. Elle disait : “ Il ne me reste plus qu’à mourir”. Puis, levant les yeux au ciel, comme si elle eût eu déjà un avant-goût des jouissances éternelles, elle disait: ‘“ Que c’est beau le ciel! Oh! que le ciel est beau ” !

“ Voilà le cri de son cœur, En effet, Mes Frères, au

ciel on voit Dieu face à face, sans jamais craindre de le perdre. Là, les larmes de la pénitence rendront les yeux d'autant plus clairvoyants que ces larmes auront été plus amères et plus sincères dans l’amour de Dieu, Que c’est beau le ciel, pour les âmes qui se dévouent à la recherche des brebis perdues !

“ Pour vous, mes sœurs, ce ciel sera d'autant plus | beau que vous aurez travaillé à imiter votre Mère dans Ô son humilité profonde, sa charité inépuisable pour le

salut des âmes. Il sera d'autant plus beau que vous aurez conquis plus d’âmes à Dieu ; il sera d'autant plus beau, ce ciel, que vous aurez pratiqué cette charité en

h | vous sanctifiant vous-mêmes, puisque vous représentez

le bon Pasteur qui court après ses brebis et les ramène au bercail.

“ On rapporte de saint Ignace que lorsque le ciel était bien étoilé, que les astres jetaient leur vif éclat, il disait : “ Oh! que la terre me paraît vile, quand je considère le ciel”!

“ C’est aussi la parole de la fondatrice du Bon-Pasteur, ou plutôt c’est la parole de Dieu.

“ Sans doute, Mes Frères, il ne nous appartient pas de dire que cette âme si sainte, si pure, si charitable, est déjà entrée dans le ciel. Nous devons l’espérer, mais

ne pas manquer d'exercer la charité à son égard; nous

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devons prier pour elle, car les jugements de Dieu

sont bien autrement justes et rigoureux que ceux des hommes. C’est par la prière, par les larmes, que vous allez demander à Dieu son entrée dans la gloire céleste, Requiem œternam dona ei Domine, Seigneur, donnezlui le repos éternel ”,

Au moment de l’inhumation, quand le cercueil fut déposé au bord de la fosse, ce fut un spectacle vraiment touchant de voir les deux filles de la fondatrice, agenouillées près de la bière, la baiser avec des sanglots, pour dire un suprême adieu à celle qui leur avait donné le jour, en attendant d’aller la revoir dans l'éternité.

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