CHAPITRE DOUZIÈME
Retour du P. Saché à Québec. — Les services qu’il rend à la communauté. — Le Bon-Pasteur à ses noces d’or. — Sa maladie. Sa mort. — In memorià æternä. — Conclusion,
Les années qui suivent la mort de la Mère Fondatrice sont trop rapprochées de notre temps pour qu'il soit possible de poursuivre l’histoire de l'institution qu'elle a fondée, sans rompre sur un trop grand nombre de points le sceau du silence que la mort seule permet de lever. Cette histoire doit donc se clore sur sa tombe,
Il ne nous reste plus qu’à déposer une couronne d'immortelles sur une autre tombe qui aurait trouvé sa place au cimetière du Bon-Pasteur, si elle n’eût été réclamée par des frères qui avaient sur elle les premiers droits, On y lit le nom du P. Saché,
NW
Pour bien saisir toutes les attaches de ce saint religieux avec le Bon-Pasteur, il faut lire tout entier sa correspondance, que l’on conserve précieusement aux archives de la maison, et dont nous n'avons pu citer qu'une partie, Elle nous fait voir qu'aucune œuvre de sa vie ne lui fut plus à cœur, qu’il ne la perdit jamais de vue, même après de longues années d'absence, même au milieu des occupations les plus absorbantes, comme celle de maître des novices dont il fut chargé au Sautau-Récollet, après son départ de Québec,
Le P. Saché était trop avancé dans la sainteté pour ne pas accepter avec empressement toutes les positions que ses supérieurs lui assignaient; maïs il avait une prédilection pour Québec: c’est là qu’il aimait à vivre, c'est là qu’il voulait mourir. Aussi s’était-il trouvé tout heureux quand son obédience de 1881 l'avait ramené à sa chère résidence de la rue Dauphine, Avec quelle sainte allégresse il reprit ses fonctions d’autrefois, soit dans la ville et dans ses environs, soit dans les communautés religieuses ; mais nulle part il ne se revit avec plus de joie, nulle part il ne prêta son ministère avec plus de satisfaction qu'au couvent dont il avait été le premier père spirituel, le Bon-Pasteur, Il était toujours prêt à répondre aux demandes des supérieures, les éclairait de ses conseils dans les affaires épineuses, remplissait souvent l'office de confesseur extraorainaire,
prêchait des retraites aux religieuses et aux pénitentes.
Ce dévouement était d’autant plus digne d’admiration que le saint vieillard, épuisé de travaux, souffrant depuis plusieurs années de la maladie atroce qui la conduit au tombeau et qui ne lui laissait de relâche ni le jour ni la nuit, avait parfois de la peine à se traîner. Il n’y paraissait guère cependant, tant il mettait d'énergie à triompher du mal, continuant toujours à travailler sans se plaindre, montrant à tous un visage gai, serein, où se lisait une habituelle pensée des choses divines, causant avec une jarfaite liberté, comme s’il n'avait pas été sur la croix,
‘ I1 passait des jours entiers au confessionnal ”, écrit une des sœurs de la Charñe, ‘“ toujours souriant, toujours doux et patient, et ne laissant jamais soupçonner ce que lui coûtait une si grande assiduité à son âge et avec ses infirmités, Souvent, toujours en riant, il se faisait un bandeau de son mouchoir et s’en serrait fortement les tempes, puis il continuait tranquillement son ouvrage, comme s’il eût joui de la meilleure santé ”.
Au cours de l'été 1887, le provincial de la Compagnie crut le temps venu d’acquiescer à ses demandes réitérées de remettre sa charge de supérieur, et il fut remplacé par le P, Désy. On put voir alors avec quelle perfection il mit en pratique les conseils qu’il avait donnés dans la même circonstance à la fondatrice du Bon-Pasteur,
Il ne chercha qu’à s’effacer, qu’à obéir, comme s’il n’avait jamais rien été dans la Compagnie.
Les infirmités qui le minaient, augmentant de jour en jour avec ses souffrances, il dut borner l’excès de son zèle qui le portait encore à entreprendre de grandes missions, et se restreindre au ministère local; mais il tint absolument à garder la direction des pénitentes du Bon-Pasteur, dont il s’était chargé depuis la fin de l’année 1887. Cet obscur ministère exercé à l'égard de ce qu’il y ait de plus humble et de plus délaissé sur la terre était sa suprême consolation; car il y découvrait des trésors de vertu cachés qui le ravissaient d'autant plus qu’ils n'étaient connus que de Dieu et de lui seul.
Le ciel lui réservait une grande joie avant de mourir : ce fut de célébrer ses noces d’or qui coïncidèrent avec celles de Léon XIII, Il eut le bonheur d’en être félicité par le pape lui-même, qui lui fit parvenir par l’intermédiaire du cardinal Mazzella, ancien Père de la Compagnie de Jésus, la dépêche suivante qu’il accompagnait d'une bénédiction spéciale : “ Swmmus Pontifex jubilans Patri Saché jubilanti benedicit ”. “ Le Souverain Pontife célébrant son jubilé bénit le Père Saché qui célèbre aussi le sien ”,
Nous ne pourrions entrer, sans sortir de notre cadre, dans les détails de cette fête qui réunit dans un même sentiment d'estime et de reconnaissance tout le clergé et les fidèles de Québec, ayant à leur tête Son Eminence le cardinal Taschereau. Nous dirons seulement la part qu'y prit le Bon-Pasteur et les accents de reconnaissance attendrie qu’il fit entendre :
“ Très vénéré Père,
‘“ Demain se lèvera le cinquantième anniversaire de votre consécration sacerdotale, En cette grande solennité de votre vie, la famille tout entière de la Congrégation des Servantes du Cœur Immaculé de Marie
rendra de vives actions de grâces an ciel qui a prolongé
votre existence jusqu’à cette époque bénie et privilégiée, Il fait bon de vivre quand chacun de ses jours est marqué du sceau de la charité et du dévouement au service du Seigneur,
“ Conduire les âmes à Dieu par les sentiers de son amour, telle fut la mission que vous recûtes en devenant fils de saint Ignace, Très bon et très vénéré Père, mieux que personne, nous savons, nous, av&æ quelle fidélité vous l’avez remplie cette mission sublime ; car bien des pages de votre vie se déroulent dans les annales de notre communauté, L'on vous compte au nombre de ces grands cœurs, qui, en 1850, par une merveilleuse
création de leur zèle pour le salut des âmes, ont fait surgir l’œuvre du Bon-Pasteur dans la ville de Québec. La Providence, dans une admirable pensée de prédilection pour nous, vous choisit en même temps pour être l'âme de notre œuvre naissante ; vous lui avez donné cette vitalité qu’elle devait avoir afin d’opérer efficacement le bien. Les règles et les constitutions
qui régissent maintenant notre congrégation, sont la
substance du docte enseignement que vous avez donné à nos Mères Fondatrices ; et ainsi vous avez posé à notre communauté la pierre fondamentale qui sert d’assise à tout institut religieux.
‘“ Bien justement vous écriviez un jour, dans une