‹ L'asile du Bon-Pasteur de Québec [microforme]Chapitre 61 sur 93 · RE STE · texte numérisé non relu

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déchirée, et cependant pas un soupir, pas une plainte né s’échappait de ses lèvres.

A la fin, se sentant faiblir, elle se crut obligée d’avertir sa maîtresse, tout en ajoutant qu’elle était prête à garder l’instrument de pénitence si on le lui conseillait. Inutile de dire que la Directrice fut profondément affligée de son oubli et qu’elle se hâta de mettre un terme à cette austérité, L'exemple donné en cette occasion par la petite Madeleine est bien propre à confondre la lâcheté de certaines âmes qui s'effrayent des moindres souffrances et reculent devant les plus légères pratiques d’austérité.

Notre jeune pénitente était d'un naturel fort gai, et elle avait le talent d’égayer tout le monde les jours de congé ; mais après sa conversion, son attrait la portant plus à prier qu'à s'amuser, elle eût préféré passer la plus zrande partie des temps libres à la chapelle. Elle prit là-dessus l’avis de son confesseur qui l’engagea à sacrifier ses dévotions à la charité. Alors elle n’hésita pas à se livrer au jeu, bien que ses soupirs allassent tous vers le tabernacle.

La petite Madeleine ne fut pas moins édifiante en maladie qu'en santé ; sa douceur et son aimable gaieté ne se démentirent jamais. Elle continua même à pratiquer certaines mortifications dont ses soutfrances auraient dû la dispenser. Souvent la nuit, quand elle croyait que ses voisines étaient endormies, elle quittait son lit pour se coucher sur le plancher; d’autres fois, elle écartait la paille de son lit pour s'étendre sur la dure.

Au milieu de ses souffrances souvent aiguës, elle ne fit jamais entendre la moindre parole d’impatience ou de plainte, et paraissait toujours très reconnaissante des plus petits

services qu’on lui rendait.

La maladie de langueur dont elle souffrait fit des progrès journaliers et on ne fut pas longtemps sans constater que la mort n'était pas loin. Madeleine était soumise et résignée à tout ce que Dieu pouvait exiger d'elle; néanmoins, elle ne

cessait de demander une grande grâce avant de quitter la.

terre : c'était de prolonger sa vie pour qu'elle pût assister à la profession des sept premières religieuses de l’Institut. Ce désir était trop pieux pour que le ciel ne daignât pas Île réaliser. Le matin de cette solennité, quoiqu’elle fût excessivement faible, elle se fit transporter par ses compagnes dans un coin de la chapelle, d’où, sans être remarquée, elle pouvait voir l’autel et la cérémonie. Sa joie fut inexprimable quand elle vit les sœurs sous leur costume religieux, et ses sanglots éclatèrent à force d'émotions au moment où elle les entendit prononcer leurs vœux.

De ce jour elle n'’attendit plus rien sur la terre et n'eut d’aspirations que pour le ciel. Tne joie suprême lui fut cependant réservée: Mgr Baillargeon, qui avait été averti par les sœurs de la haute vertu de la jeune mourante, voulut lui-même lui apporter le viatique et recevoir sa consécration à Dieu. En présence de Jésus-Hostie, elle fit le vœu des sœurs consacrées, c'est-à-dire de vivre et de mourir dans cet asile de la pénitence, y ajoutant les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. L'assistance fut vivement émue en lui entendant prononcer son serment de fidélité au Seigneur d'une voix mourante, mais que la ferveur de l'amour divin rendait claire et sonorr. L'expression douce et calme de son front faisait penser aux saintes du ciel. Sa respiration haletante, sa gorge desséchée l’empêchaient presque de parler. L'infirmière lui suggérait de pieuses pensées, des oraisons

jaculatoires, auxquelles elle acquiesçait par des regards ou

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par des signes. Un moment elle réunit ses forces et balbutia ces mots: ‘“ Oh! si je le tenais ” |

— ‘“ Quoi, lui demanda l'infirmière ?

—“ Ah! repartit la mourante d'une voix entrecoupée, c'est le temps que je veux dire, que ne se hâte-t-il de finir pou: moi ”.

Puis, un instant après, crai: nant d’avoir mal édifié, ell2 ajouta :

“Je ne m'impatiente pas, Dieu merci, oh! non, mais j'ai hâte d’aller au ciel”. Alors, pour l’éprouver et la prémunir contre les surprises d’une vaine présomption, la supérieure lui dit: “ Ma pauvre enfant, vous paraissez bien certaine d'aller en paradis, avez-vous donc oublié que vos péchés vous en ont mille fois rendue indigne " ?

—‘ Non, ma Mère, répliqua-t-elle, je ne l’ai pas oublié;

mais je sais aussi que le pardon a été promis à l'amour, et le

bon Dieu sait bien que je l'aime”! Pendant qu'elle parlait

ainsi, son âme semblait passer dans ses paroles. ’

Ce fut dans ces admirables dispositions qu’elle rendit le

dernier soupir, laissant après elle un parfum de vertus qui

embaume encore aujourd’hui l’Asile du Bon-Pasteur.

La petite Madeleine y avait passé cinq ans. Elle est avec

Madeleine-Céline, dont nous raconterons plus loin la con- j!

version, le plus beau modèle qui puisse être proposé aux |

pénitentes.

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On se rappelle le bel et touchant éloge que faisait le P. Saché de la pénitente consacrée, Madeleine Saint-Patrice,

en apprenant les détails de sa sainte mort. Cet apôtre, si

consommé en toutes vertus, si éclairé des lumières d'en haut,

dont la parole a toujours été regardée avec raison au Bon.

Pasteur comme un oracle, voyait dans la mort de cette pénitente tous les signes de la prédestination. Le jugement de cet homme de Dieu est trop remarquable, trop consolant, trop propre à en encourager d’autres, pour que nous ne le rappor-

tions pas de nouveau ici :

‘ En lisant, disait-il, les circonstances si édifiantes de la mort de votre bonne pénitente, Madeleine Saint-Patrice, ces paroles de l’Ecriture : ‘ Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur ”, me sont venues naturellement à l'esprit. Oui, heureux ceux qui meurent dans le Seigneur, et par conséquent, heureuses celles qui meurent au Bon-Pasteur ; car peut-on mourir au Bon-Pasteur et ne pas mourir dans le Seigneur !

4 J'ai remarqué avec plaisir qu’elle était décédée un mercredi, jour consacré à Saint-Joseph, patron de la bonne mort, la veille de la fête de tous les saints. N'a-t-elle pas eu l'avantage de la célébrer dans le ciel ” ?

C’est ainsi que s'exprimait le P. Saché en parlant de la mort de celle qu’il appelait “la bonne Margaret ”. Comment, après le jugement d’un si grand serviteur de Dieu, ne pas voir en elle une amie de Dieu, une prédestinée, Voici ce que disent d'elle les Annales du Bon-Pasteur :

Margaret H... était native d'Irlande. Elle avait émigré toute jeune au Canada avec plusieurs de ses compatriotes et s'était mise au service d’une dame de la ville, laquelle était étrangère à tout sentiment de pitié et de commisération. Margaret souffrit pendant quelque temps, mais sa maîtresse ayant un jour ajouté les coups aux reproches et aux paroles outrageantes, la pauvre servante sortit de la maison, sans savoir où elle dirigeait ses pas.

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Le tentateur trouva l’occasion favorable pour faire une nouvelle conquête, et il mit sur son chemin une femme de mauvaise vie. Cette femme voyant une belle jeune fille errer à l’aventure avec tous les signes d’une agitation extrême, s’arrêtant de fois à autre pour interroger l’espace, en laissant échapper de profonds soupirs et en essuyant ses larmes, marcha droit au-devant d'elle et lui demanda, avec un air de compassion, où elle allait et quelle était la cause de ses chagrins. Margaret, tout heureuse de rencontrer une personne qui lui parlât avec bonté et lui témoignât de la sympathie, n’hésita pas à la mettre au fait de sa triste situation. L'étrangère lui offrit alors de la prendre à son service et la conduisit dans sa maison. L’infortunée jeune fille ne fut pas longtemps sans s’apercevoir qu’elle avait été victime d’un honteux guet-apens et qu'elle était dans un lieu de perdition. Son désespoir fut extrême ; mais que faire, où aller? Elle ne connaissait personne ; elle était sans aucune expérience et n'avait pas le moindre moyen de subsistance. Quelle affreuse position! Combien d’autres, à sa place, seraient tombées, et tombées sans avoir le courage de. se relever! Ah! le poète qui s'appelait l'enfant du siècle, a bien eu raison de s’écrier:

‘ Pauvreté! Pauvreté! c’est toi la courtisane, C’est toi qui dans ce bouge as conduit cette enfant, Hélas ! qui peut savoir pour quelle destinée,

En lui donnant du pain, peut-être elle était née ? D'un être sans pudeur, ce n’est pas 1à le front, Rien d’impur ne germait sous cette fraîche aurore,

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