LA LIQUIDITE ET LA SOLVABILITE DES BANQUES
Dans les 10 années qui ont précédé le krach bancaire de 1933, plus de 7000 banques durent fermer, soit définitivement, soit temporairement pour des difficultés financiaires ou pour des raisons diverses — retraits de fonds en vue d’une thésaurisation future ou mauvaise gestion —. La cause immédiate de ces faillites a été le manque de liquidité des banques américaines : elles ne purent faire face à leurs engagements, soit parce qu’elles s’étaient liées pour une durée trop prolongée, soit encore à cause de calculs erronés quant aux demandes éventuelles de crédit ou de caisse. Telle est la raison technique fondamentale des faiblesses du système bancaire. Comment se pose le problème ? Des remèdes efficaces y ont-ils été apportés depuis lors ?
Les banques doivent avoir deux sortes de réserves : des disponibilités en caisse ou chez des correspondants permettant de faire face sur le champ à des demandes à vue. D'autre part, des disponibilités suffisantes pour le maintien de la confiance dans le crédit de la banque. Sans doute cette distinction est-elle assez théorique, et difficile à appliquer, mais la loi a établi un pourcentage plus ou moins large de réserves. La pratique de chaque banque est de prêter jusqu’à la limite permise par les exigences de réserve pendant la conjoncture favorable, mais au moment de la dépression, quand toutes les banques se trouvent dans la même situation imprudente, les ressources en disponibilité deviennent insuffisantes : la seule ressource est alors de suspendre les paiements.
Plus concrètement, la question de la responsabilité des banques se ramène à prévoir le plus approximativement possible les changements susceptibles d'intervenir dans les postes dont peut dépendre la responsabilité du banquier. Il connaît le total de son capital investi et ses engage-
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ments d’acceptations et d'emprunts, de même que ses investissements en titres obligatoires ou actionnaires, etc. Sur la base d'opérations déjà effectuées, il connaît le total des prêts payables aujourd’hui; et d’ailleurs, s’ils peuvent être remboursés par anticipation ou novés, ce poste peut changer, en même temps que les postes « caisse » et « dépôts ». Il ne peut savoir ni si les dépôts seront augmentés ou diminués, ni si les disponibilités de caisse seront augmentées ou diminuées par suite d’un prêt préalable. Mais s’il peut cependant analyser le caractère des dépôts, de façon à être en mesure de prévoir les besoins probables de caisse, il peut régler ses problèmes d’échéance d’une façon plus précise. C’est pourquoi il établira une classification des dépôts.
Ces principes essentiels ont été tout à fait méconnus par les banquiers américains; les conséquences ne s’en sont fait sentir qu’au moment où la confiance des déposants leur fut brusquement retirée, puisqu’aucune exigence légale n’établissait un rapport minimum entre l’encaisse et les engagements à vue; cette prescription aurait assuré en tout temps le remboursement sans délai des dépôts à vue de quelque manière qu’ils aient été effectués, indépendamment du mérite qu’elle aurait eu d'empêcher l'inflation de la circulation monétaire. Par contre, alors que l’on négligeait ce problème essentiel de la liquidité, un certain nombre d’exigences peu rationnelles étaient formulées, ainsi que nous l’avons vu plus haut, en particulier lobligation imposée aux banques d’avoir des élements d’actif correspondant à certaines conditions strictes pour qu’ils fussent bancables : étant donné l’état des bilans des banques américaines, cette prescription, sage d’une façon absolue, ne l'était pas en l’espèce; elle allait même à l’encontre du besoin de liquidité de ces dernières, par une curieuse contradiction, puisque les banques étaient obligées de se concurrencer sur le marché afin d’obtenir les éléments d’actif nécessaires au réescompte. On ne peut mieux établir que la liquidité ne peut s’attendre d’une liquidation générale et que, en temps de crise, seules ont une liquidité suffisante les banques ex-