‹ L'assainissement bancaire aux États-Unis depuis 1933Chapitre 51 sur 55 · MORE · texte numérisé non relu

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trêmement solides qui peuvent « liquéfier » des éléments d’actif sains.

La liquidité est une qualité qui n’est pas tellement inhérente au caractère et à l'échéance de certains titres, mais qui dépend dans une large mesure des conditions économiques du moment. De plus, pendant la crise, certaines catégories de papier bancable s'avèrent moins liquides et moins sûres que certains autres types de papier qui ne devraient pas être escomptés, ainsi des titres d'emprunts. Durant les 23 années de mise en vigueur du système de réserve, des changements radicaux dans le but des opérations des banques affiliées ont réduit la proportion des emprunts et des invertissements à court terme. Ainsi qu’il résulte de déclarations du Gouverneur Eccles le volume de ce papier en possession des banques affiliées s'élevait en 1929 seulement à environ 4 milliards de dollars, soit 12 % du total de leurs ressources, et actuellement à environ 2 milliards de dollars, soit 8 %. Les emprunts commerciaux et industriels auprès des banques ont subi un déclin très prononcé par suite du changement de la politique des affaires mais aussi à cause des conditions intrinsèques du marché de la monnaie. Pendant le Boom, les affaires se finançaient elles-mêmes largement au moyen des émissions d’actions. Au surplus, l’augmentation du volume des dépôts des banques affiliées de 1 milliard de dollars en 1914 à 10 milliards actuellement constitue une autre importante considération. Puisqu’il est à la fois dans les intérêts des banques et du pays que ces dépôts soient placés dans des investissements à long terme, la situation est complètement différente d'il y a 20 ans. Cet énorme volume d’investissements ou de prêts à long terme des banques a une certaine valeur quand l’industrie est dans la phase de haute conjoncture, mais il en a une bien moindre quand l’industrie est oisive. D'ailleurs, plus la dépression se révèle accentuée et longue, plus il y a d’éléments d’actif à liquider. Plus cette liquidation s'impose rapidement, plus grande s'avère la dépréciation : c’est précisément dans cette grave situation que s'était trouvé le système bancaire en 1933.

D'autre part, il existe une faiblesse intrinsèque de ce système bancaire : il y a toujours eu aux Etats-Unis insuffisamment de disponibilités pour satisfaire le capital nécessaire au fonctionnement des entreprises, qui comprend les demandes ne pouvant être satisfaites ni par le crédit commercial ni par l’émission de titres, ainsi que le fait remarquer avec une insistance particulière le rapport du Secrétaire du Trésor d’août 1935. C’est précisément pourquoi cette insuffisance d’offre nécessite l'emploi du crédit commercial à des fins qui ne sont pas les siennes propres. Cette pression d’une demande insatisfaite sur la structure du crédit à court terme a toujours constitué une menace latente de la stabilité financière de l’organisation du crédit. Sur ce point, aucune des lois bancaires de 1933 et de 1935 ne prévoit d'amélioration, en précisant par exemple que ce type de demande de crédit serait satisfait par les comptes de dépôts à terme.

Le principal élément de réforme en cette matière, a été cette diversification des opérations bancaires, leur séparation en opérations commerciales, opérations à court terme, opérations de crédit hypothécaire.

Des précisions insuffisantes ont été apportées à la création et à l’utilisation des dépôts à vue pour le financement des exigences monétaires du commerce, à la condition de posséder seulement du bon papier de commerce ainsi que des réserves en quantité suffisante pour faire face aux brusques détériorations d’actif. Il aurait fallu étudier la question de la proportion de papier réescomptable que les banques affiliées devraient posséder par rapport aux autres titres de papier, en particulier le papier d’investissement et le papier hypothécaire. De même, il eût été bon d'exiger l’augmentation de la couverture collatérale requise pour les prêts, quand le niveau des prix augmente.

En ce qui concerne la couverture des billets fédéraux de réserve, les dispositions du Glass-Steagall Act de 1932 qui autorisaient l’emploi temporaire de fonds gouvernementaux comme garantie collatérale des billets des banques fédérales de réserve, ont été petit à petit prolongées jusqu’en mars 1937. Après cette date, la garantie ne pourra

plus consister qu’en or et en papier bancable. Sur ce point, la solvabilité des banques se trouve donc mieux assurée. En résumé, les lois bancaires de 1933 et 1935 constituent une amélioration très insuffisante des conditions de: liquidité des banques américaines. DR

LA STRUCTURE BANCAIRE S’ORIENTE-T-ELLE VERS UN SYSTEME DE BANQUES CENTRALES ?

Les défenseurs du Federal Reserve Act primitif croyaient que la principale mission d’une banque centrale était de détenir les réserves bancaires du pays et de procurer des affaires avec une circulation monétaire élastique, déterminant son taux de réescompte en fonction de la situation des réserves qui gagent la monnaie. Mais il y a actuellement une tendance de la part des Reserve Banks à exercer un contrôle sur le courant des affaires et les prix. D'autre part, Washington s’est séparé des conceptions qui ont présidé à l’élaboration du Federal Reserve Act.

Le Banking Act de 1935 a été présenté comme un compromis entre les vues monétaires du Gouverneur Eccles et du Sénateur Glass, bien plus comme un compromis entre les théories économiques de ceux qui cherchent à restaurer le vieux régime de liberté, de souplesse et d’automatisme économique, et de ceux qui considèrent ces efforts comme sans espoir, sentant bien que le contrôle économique a déjà été poussé trop loin pour être réduit considérablement, et qu’il faut s’habituer à l'existence actuelle : dans la poursuite d’une plus grande stabilité, il faut instituer un contrôle supérieur, en dehors des fonctions de contrôle habituelles; on régulariserait ainsi le montant total du crédit à un moment donné. En opposition avec d’autres opinions sur le crédit, le système, qui invoque la nécessité d’un contrôle supérieur, fonctionnerait d'autant mieux qu’il serait livré au jeu sans contrainte des forces économiques naturelles. Quand les affaires sont nombreuses, la demande de crédit bancaire s'accroît; ceci conduit à un recours au réescompte plus grand des banques centrales, qui peut se produire à un moment où elle perdent de l’or, à cause de la hausse des prix et d’une balance des comptes défavorable. Elles aug-

mentent alors le taux d'intérêt et de réescompte, ce qui agit comme un correctif naturel aux tendances inflationnistes, amène les emprunteurs à liquider, et ramène du capital de l'extérieur. Les capitaux se multipliant, les taux d'intérêt baissent automatiquement, la déflation est arrêtée et les affaire encouragées derechef.

De plus, les banques centrales réalisent un grand nombre de fonctions,:en particulier influent par divers moyens sur le volume monétaire dans le sens le plus large; cette fonction d’ailleurs se confond partiellement avec le problème de la réglementation du marché financier par le Gouvernement; or, ce problème a été rendu encore plus complexe à cause de l’activité du Gouverenement dans l’économie.

C’est pourquoi la théorie d’après laquelle les banques centrales, en rendant l’argent bon marché ou cher prendraient l'initiative du contrôle des affaires et des prix a acquis bien des adhérents. L'idée s’est répandue petit à petit d’instituer un système de banques centrales connaissant et servant les besoins monétaires et de crédit du pays, un système cependant indépendant des influences politiques. Pourquoi même ne s’instituerait-il pas un comité directeur composé de représentants du commerce, de l’industrie et de l’agriculture ?

Mais il est essentiel d’assurer l'indépendance des autorités de contrôle, quelles qu’elles soient. Il est souvent nécessaire de la part des banques centrales de prendre des mesures impopulaires afin de maintenir de saines conditions de crédit, et de freiner les facilités de crédit quand les affaires commencent à montrer des signes d'expansion inquiétante. Avec des banques centrales, liées et identifiées à un parti politique, quelle chance y aurait-il d’agir ainsi ? Les Gouvernements sont plus intéressés à rester au pouvoir qu’à maintenir de saines conditions de crédit. De plus, l’indépendance des banques centrales et de l'Etat est importante à un moment où le Gouvernement apparaît comme l’emprunteur le plus important sur le marché. S'il dominait les banques centrales, il serait dans une position telle qu’il organiserait le marché pour ses propres titres, relàächant toute restriction d'emprunt continuel, hormis

celles qu’il voudrait bien se fixer à lui-même. L'histoire a montré bien souvent les dangers d’un rapprochement trop intime entre les banques centrales et le Trésor. Dans ce sens, la loi bancaire de 1935 constitue par rapport à la précédente un avantage considérable, puisque, en conférant au Board of Governors quelques unes des fonctions des banques centrales, elle le libère de toute influence politique, puisque les deux membres officiels en sont désormais exclus : le danger qui subsistait, après la loi de 1953, qui tendait à faire de ce board une émanation politique du Gouvernement semble désormais écarté.

Dans quelle mesure les prescriptions de la nouvelle loi permettront-elles d’établir ce contrôle du crédit indépendant ? Sans doute, l'élévation des traitements des membres du Board à la somme de 15.000 dollars tend à en faire une fonction susceptible d’attirer des hommes capables. Mais si le président peut plier le Gouverneur à sa propre volonté, que reste-t-il d’une administration indépendante ?

La nécessité d’un contrôle du crédit coordonné 5s’impose dans ce pays, et c’est dans cet esprit qu’une récente résolution du Comité Bancaire et Monétaire de la Chambre de Commerce de l'Etat de New-York intervenait ainsi :

« Eu égard à la vaste complexité du problème ban- « caire et monétaire. il exprime le vœu que le congrès « nomme une commission qui étudierait le problème dans « tous ses aspects et établirait les bases d’une législation « nécessaire ».

A ce sujet, il convient de faire remarquer que les pouvoirs du Board of Governors et des Federal Reserve Banks sont insuffisants pour diriger le système monétaire; que les autorités des finances publiques ont peut-être des pouvoirs suffisants, mais s’en servent différemment; qu’enfin des banques centrales ne sont pas en mesure d’empêcher une dépression économique, si dans une certaine mesure, elles peuvent efficacement freiner un boom.

Cependant, il ne faudrait pas prétendre comme l'ont assuré avec exagération des économistes américains que le retour à la prospérité suivrait une large politique de crédit, orientée par un système de banques centrales : on

a tiré en effet, de la théorie générale de la valeur que, si le crédit de banque devient moins cher, toutes choses restant égales d’ailleurs, la demande s’en trouve accrue; l’activité des affaires et les prix en sont stimulés. Mais, lorsque les taux d'intérêt baissent dans une période de dépression, est-ce que les autres facteurs restent inchangés ? Précisément, c’est parce que ces facteurs ont changé que les taux d'intérêt baissent. Si les taux d’intérêt baissent, c’est à cause du resserrement des emprunts bancaires concurrement avec la baisse du volume des affaires et du niveau général des prix. Comme le volume des affaires se restreint, beaucoup de prêts sont remboursés sans que les fonds qui en proviennent soient de nouveau investis. Le volume des emprunts diminuant, le montant des réserves inutilisées s'accroît et les taux d'intérêt diminuent. Le changement dans la situation commerciale est donc précisément la cause de la baisse des taux d'intérêt.

C’est cette théorie qui a conduit certains économistes et banquiers à prétendre que les banques centrales devraient pouvoir accorder des taux d’intérêt extrêmement bas aux banques affiliées, en particulier au moyen des opérations d’Open-Market. Mais nous avons vu plus haut, d’une part, que les opérations d'Open-Market, qui n’agissent pas directement sur l'offre et la demande, sont incapables de pervenir à ce but; d'autre part, que la baisse des taux d'intérêt ne constitue qu’un des éléments favorables à une production accrue et à une reprise de l’activité économique. Par conséquent, cet argument invoqué en faveur d’un système de banques centrales n’est pas en mesure de nous satisfaire.

Cependant sans adopter ces idées mises en avant par les économistes américains, il faut marquer une évolution nette de la structure bancaire vers un tel système, qui cadrerait d’ailleurs davantage avec une unification bancaire du pays.

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