Nous avons raconté ces faits, avec plus détails
Sue nous no pouvons en donner ici, dans Jeanne 'Albret et la guerre civile^ 1. 1. p. 3G7.
Les forces de Tannée protestante s'élevaient à dix ou douze mille hommes, dont un tiers de bonne cavalerie française. L'armée royale était plus nombreuse, mais moins « riche » en noblesse. Le 19 décembre, au lever du jour, les deux partis étaient en présence. Le prince de Gondé et Tamiral Goligny, chacun à la tête d'une forte colonne, incertains de Tattaque, entamèrent un mouvement do retraite vers Ghateauneuf en Thimerais. Le connétable avait pris position sur un coteau élevé au-dessus d'une plaine étendue que les réformés devaient traverser.
Au moment où l'avant-garde ennemie parut devant son front de bataille, il commit la faute de quitter la colline boisée, où la cavalerie huguenote ne pouvait le forcer, et descendit dans la plaine pour lui barrer le passage. Le duc de Guise et le maréchal de Saint -André gardèrent les hauteurs de Nuisement.
Aussitôt que l'avant-garde protestante arrive à portée, le connétable dirige sur elle un feu nourri de 14 pièces d'artillerie et la met en désordre. Il fait alors avancer les 3.000 Suisses et les dispose en carré. Le prince de Condé entre en ligne et lance- successivement contre eux les colonnes de sa cavalerie. Trois attaques, vigoureusement
conduites par les meilleurs capitaines de Tarmée protestante, enfoncent le carré. Trois fois les Suisses se rallient et resserrent leurs rangs. Enfin le prince ramasse tous ses cavaliers épars, allemands et français, et fond sur cette infanterie invincible. Les Suisses, rompus sans être mis en fuite, se forment en pelotons et se replient en bon ordre auprès du duc de Guise.
L'amiral charge à Tarme blanche les compagnies du connétable. Montmorency riposte vigoureusement. Son cheval est tué; il en monte un autre. Les réformés faiblissent.
Montmorency prend Toffensive et se précipite sur les Allemands. Son fils, Gabriel de Montmorency Montberon, est tué ^ Il est luimême blessé d'un coup de pistolet au visage et tombe au milieuMes ennemis. Ses troupes, démoralisées par la prise de leur chef, se débandent et s'enfuient. Plusieurs chevaulégers piquèrent jusqu'à Paris et apportèrent au roi la nouvelle de la défaite. La victoire de Coligny était complète à l'aile gauche.
Quelques lansquenets du régiment de Mouy s'avancèrent jusqu'à la maison que le duc de Guise avait occupée la veille et se parta-
1. — Le moment de la mort de Montberon est différemment précisé. Nous suivons le récit de Castelnau {Mémoires, liv. IV, chap. 5.)
gèrent ses bagages et son argenterie. Déjà les capitaines huguenots félicitaient Tamiral (le son triomphe. Coligny leur désigna le corps d'armée du duc de Guise, qui n'était pas encore descendu sur le champ do balaillo. « Nous nous trompons, dit-il, car a bientôt nous verrons cette grosse nuée ce fondre sur nous *. »
L'aile droite de Tarmée royale était commandée nominalement par le maréchal Saint-André. Le duc de Guise, qui s'était modestement effacé dans la distribution des grands rôles pour ne pas paraître faire la guerre en son nom, et qui savait laisser à d'autres l'honneur du premier rang, sauf à les diriger secrètement, avait gardé ses positions sur le- coteau; il avait abrité sa cavalerie dans le village de Blainville, caché son infanterie dans un bois et poussé la précaution jusqu'à faire agenouiller ses gens de pied derrière un pli de terrain. Du haut de son observatoire, il avait assisté au désastre du connétable. Plusieurs, capitaines blâmaient cet excès de prudence « et l'accusaient jà de « timidité 2. » Le duc attendait son heure.