Dolaborde, Eléonore de Roye^ p
tifiés par le prince de la Roche-sur- Yon :
M. le prince, dit-il, a a autant pris à cueur « la mort de M, de Guise que de son propre « frère, estant mort son amy, et qu'à son a fils ils ne le pardonneroit , désirant sa « punition, où n'y espargnera sa propre vye a au chastiment de si meschant acte ^ d L'ambassadeur d'Espagne, l'ennemi né du parti réformé, porte un témoignage inattendu de la noblesse de cœur du prince. Condé, écrit-il à son mattre, a dit ce que cet acte <( était tellement criminel que, s'il savait que <( la princesse ^ y eut consenti, il ne pourrait « plus jamais la voir ^. »
En terminant son apologie, Goligny demande à la reine à être confronté avec l'accusé et jugé « par devant juges non susce pects », à l'exclusion de tous les parlements. La confrontation n'était pas un moyen d'arriver à la connaissance de la vérité. Il y avait trop d'inégalité entre un aventurier, inconscient de son forfait, et un grand dignitaire de France. Elle était d'ailleurs impos-
i. — Duc d'Aumale, Histoire des Condé, t. I^ p. 398 et 399.
2. -^ Eléonore de Roye, princesse de Condé, était alors à Orléans:
3. — Lettre de Ohantonay au roi d'Espagne, 22 et 24 février 1563. (Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1500, n« 50).
sible. Poltrot de Meré était sous les verroux et Tamiral à la tête de son armée en Normandie. Pour mettre les deux accusés face à face, il fallait donc attendre de longs jours et suspendre le cours de la justice jusqu'à la paix. La paix môme ne rendait pas la confrontation plus eflicace puisqu'elle devait entraîner, selon les mœurs des temps, une amnistie générale, et que Ton savait bien que la reine, pour éclaircir une question de complicité sans sanction possible, ne rouvrirait pas les dangereuses querelles de la veille. Ces diflicultés étaient connues de Tamiral, mais il n'en demandait pas moins la confrontation avec d'autant plus d'insistance qu'il la savait impraticable.
Catherine de Médicis ne doutait pas de la culpabilité de Coligny. Poltrot de Meré, écrit-elle à sa belle-sœur, Marguerite de France, duchesse de Savoie, ce m'a dist, san a qu'il est aysté menacé, que l'amiral luy a a donné sant ayceu (écus) pour fayre set a meschant coup » Plus loin, elle rapporte, avec plus de précision que le procèsverbal du 21 février, les complots de l'amiral contre la vie du roi et conclut en ces termes : « Velà, Madame, come set homme de bien, « qui dist qu'i ne fest ryen que pour la reli- (K gion, y nous veult despécher ; néanmoins
<ic cela, je suis après à reguarder de fayre <ic heunne pays, car je voy bien que, durant ce sesy, y me teuret à la fin mes enfans ^ d Tel est le premier mouvement de Catherine de Médicis, celui qu'elle laisse échapper dans les angoisses de la première heure. Si l'amiral Coligny avait été fait prisonnier, il aurait payé cher ses dons à Poltrot. Mais il se passa quelques jours. La paix fut signée le 12 mars, et promulguée le 19. Condé ne contenait pas sa joie de rentrer à la cour, de reprendre son rôle de premier prince du sang et peut-être de recevoir la lieutenance générale à laquelle il se croyait des droits; les simples capitaines se félicitaient de terminer une campagne aussi pénible, aussi sanglante que les guerres d'Italie. Coligny se soumettait, il est vrai, de mauvaise grâce et comme par contrainte; il gardait l'attitude d'un combattant qui attend de meilleurs jours pour reprendre la guerre ; mais la reine se flattait de le retenir par la crainte d'un procès. On voit poindre cette évolution dans une lettre autographe et sans date qu'elle écrit à Philippe II vers le -15 mars ^. Elle y déplore la mort du duc de
1. — - Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 517. Lettre de la reine à Marguerite de France, duchesse de Savoie, du 25 février 1562 (1563).