‹ L'assassinat de François de Lorraine due de Guise: 18 février, 1563Chapitre 37 sur 54 · Pièce du temps dans les Mémoires de Condé, t. V, p · texte numérisé non relu

Pièce du temps dans les Mémoires de Condé, t. V, p

La reine s'était déjà remise et avait repris le gouvernement. '

L'heure n'était pas favorable aux revendications des Guises. Catherine ne pouvait pardonner au duc d'Aumale son empressement à se rendre à Meulan. Fidèle au système qui lui avait cependant si mal réussi avant la guerre, elle s'efforçait de plaire à tout le monde et passait, suivant les circonstances, de l'un à l'autre parti. Chacun prenait à son tour le premier rang dans sa faveur.

Au mois de mars, elle soutient les Guises; au mois de septembre, elle se livre aux conseils du prince de Condé et du cardinal de Chastillon K Elle en était là quand les Guises furent convoqués à la cour.

Un ajournement qui eût coïncidé avec un retour de crédit eût convenu aux impétrants ; mais ils ne pouvaient l'attendre. L'occasion s'offrait; il fallait la saisir. Le dimanche, 26 septembre, à l'issue des vêpres, la vieille duchesse de Guise, Antoinette de Bourbon, la veuve de François de Lorraine, Anne d'Esté, accompagnées des enfants et des frères du héros catholique, en grand deuil, se jetèrent aux pieds du roi et lui demandèrent

1. — Lettre de ChantoDay à Grandvelle, 47 août i563, publiée dans les Lettres de Catherine de Médicis, t. II, p. 84, note.

Tautorisation « de faire poursuite du meurtre a commis *. » Le roi convoqua le conseil privé et un arrêt ouvrit Tinstance^ Aussitôt, le cardinal de Ch'astillon demanda au conseil la récusation du Parlement de Paris. Catherine ne se souciait pas, plus que le cardinal, de livrer une affaire politique, autour de laquelle gravitaient la paix et la guerre, à des magistrats civils, capables « de foire tel esclandre ce qu'on ne le scauroit aisément réparer. »

Elle prétexta que Tinstance était contraire à Tédit de pacification ^ ; la requête du cardinal « fut trouvée si raisonnable » que la cause « fut évoquée à la personne du roy et ren- « voyée au grand conseil ^. »

Le parti des Guises, arrêté dans son droit, protesta solennellement contre l'évocation.

Le 30 septembre, à sept heures du matin, les deux duchesses, escortées de leurs enfants, de tous les princes de la maison de Lorraine

1. — r Cette requête est imprimée dans les Mémoires de Condé, t. IV, p. 667. — La réponse des trois Goligny, datée du & octobre 1563, est imprimée dans les Lettres de Catherine de Médicis,, t. II, p. 101.

2. — Ces arguments sont reproduits dans un mémoire remis à la reine probablement par le chancelier de L'IIospital. (Mémoires de Condi, t. IV, p. 493).

3. — Les lettres d'évocation datées du 28 septembre 1563, sont reproduites dans une pièce du temps; f. fr., vol. 6610, f. 108. — Le 18 octobre, le roi raconta au s. de Saint-Suplice, son ambassadeur à Madrid, toute cette procédure pour en informer Philippe II {Lettres de Catherine de Médicis, t. II, p. 105, note).

et de 200 gentilshommes, se présentèrent inopinément au palais de justice. L'audience n'était pas ouverte. Les dames attendirent riieure à la Sainte-Chapelle et les seigneurs dans le jardin. A huit heures, ils furent appelés à la grand'chambre, et leurs avocats, Saint-Meloir et Versoris, présentèrent à la cour une demande d'information contre les assassins du duc de Guise. Coligny n'était point désigné et il n'était fait aucune allusion aux dépositions de Poltrot K C'était une requête tout autre que celle de Meulan, et qui réservait à l'instruction la découverte des coupables. A Meulan, les Guises avaient porté plainte contre Coligny; à Paris, ils imploraient seulement justice sans accuper personne. Par cet artifice de procédure, Versoris échappait aux lettres d'évocation du roi et pouvait engager l'instance. 11 plaida longuement et prononça un éloquent éloge de la victime ^. La a chiquanerie » réussit.

Le parlement, sans entendre les gens du roi, retint l'affaire et nomma deux conseillers pour rinstruire ^.

1. •— Ce moyen est exposé dans un récit de la procédure (f. fr., vol. 6610, f. 80).

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