LE RETOUR A LA CHAVONNIÈRE 1H
avait l'ordre d'en « faire connaître, sur-le-champ, le contenu au Garde des Sceaux ». Sous les scellés ne fut découvert aucun document « ayant un rapport même éloigné aux affaires politiques » ; on y trouva simplement « la correspondance de la famille de Courier » et ses derniers travaux littéraires.
L'instruction, commençant à négliger les Dubois, se mettait — sous l'impulsion de Mme Courier, — à suivre les traces de Frémont dans la journée du 10 avril.
Et, ce jour-là 22 avril, Mme Courier indiqua au juge d'instruction, M. Aquilas Hainique, qu'à ses soupçons contre Frémont un fait donnait corps : le matin du 10 avril, un rendez-vous avait été fixé par son mari à Frémont, dans la foret de Larçay.
Mme Courier précisait même l'heure du rendezvous :
— M. Courier, disait-elle, devait trouver Louis Frémont à cinq heures et demie du soir.
Et cette heure concordait avec l' heure supposée de l'assassinat...
C'était là, assurément, contre Frémont une charge énorme.
Toutefois, d'une telle charge Mme Courier n'avait rien dit au général Haxo.
D'autre part, à ce propos, Mme Courier allait, le jour même, être prise en flagrant délit de mensonge.
Du rendez-vous en question, la justice ne devait
— surtout en ce qui concerne l'heure pour laquelle il avait été donné, — acquérir la preuve que longtemps après; or, comment, dès ce jour-là, Mme Courier en avait-elle connaissance avec une pareille précision ?
Elle avait appris tout cela, expliquait-elle, par René Saget, alors que, l'avant- veille, — au cours de l'enquête personnelle qu'elle avait commencée dès son arrivée à la ferme, — elle était allée dans l'écurie questionner René Saget.
A cette assertion le garçon charretier répliqua par un démenti formel :
— Je n'ai pas parlé de cela à Madame, disait-il, parce que je n'en avais aucune connaissance.
Alors Mme Courier — tout « en protestant de la pureté de sa conscience », — soutint qu'elle tenait le renseignement d'une autre personne. Elle ne nommait pas cette autre personne. Après avoir longuement hésité à prononcer son nom, elle céda aux instances du juge d'instruction : elle prétendit (jue c'était M. Herpin qui, l'avant-veille, dans leur rencontre à Larcay, lui avait parlé du rendezvous.
Mais lorsque l'officier de santé fut interpellé sur ce point, il déclara n'en avoir aucun souvenir.
Quelques jours après, Mme Courier devait se rattacher à une troisième version : c'est un propriétaire de Véretz, M. Crépeau-Dutillet, — l'acquéreur du domaine de Beauregard, en 1824, — qui lui avait dit le rendez-vous, comme l'ayant su, le lendemain du crime, par Frémont lui-même.