A REJOINT L'ÉTERNITÉ
Bientôt, — tracé par une main mystérieuse, — apparut sur le monument cette autre incription :
« Louis Frémont est l'assassin. Il vit rongé de remords; mais les lois ne peuvent l'atteindre. »
En cette solitude ne fréquentaient guère que les bergers, dont les bêtes paissaient par les landes voisines. Parfois, — sous le ciel gris de l'automne, — quelqu'un de ces pâtres cédait, en s'approchant du monument, à une inconsciente mélancolie, et on le voyait, se penchant sur son long bâton, le dos voûté sous l'ample limousine, s'arrêter et demeurer songeur.
Dès l'année suivante, — par une fatalité vengeresse, — les quelques pierres érigées là devaient être l'occasion d'un événement, à caractère providentiel, qui aboutirait aux plus graves conséquences.
Loin de Véretz, l'opinion publique, en général,
— si elle gardait fidèlement son engoûment pour les écrits de Paul-Louis Courier, — perdait de vue, insensiblement, les circonstances de sa mort. Autour du crime impuni le silence s'était fait, et, d'année en année, s'appesantissait l'oubli, comme une nouvelle pierre tombale scellant le mort tragique de la forêt de Larçay.
En 1826, lors de l'édition à Bruxelles — et simultanément à Paris, — de la Collection complète des Pamphlets politiques et Opuscules littéraires de Paul-Louis Courier, on lisait en tête de la publication :
« Qui fut l'assassin? — Comme on ne peut former là-dessus que des conjectures, il est juste et prudent de garder le silence. »
Trois ans plus tard, paraissait à Paris une première édition des œuvres complètes de Paul-Louis Courier, précédées d'une étude qu'avait rédigée Armand Carrel. A propos de la fin de Courier, le grand publiciste se bornait à écrire :
« Le procès auquel a donné lieu cette déplorable mort, n'a point accusé les cagots; aujourd'hui même encore, on n'accuse personne. Quelques amis de Courier savent seulement que, devenu dans ses dernières années d'une humeur assez difficile, il n'était pas sans ennemis dans son voisinage. »
A l'occasion de toutes les animosités. personnelles ou politiques, qui s'étaient concentrées sur Paul- Louis, un mot cruel avait, d'ailleurs, été fait par un libéral aux méchantes malices : « On a
dû se cotiser pour acheter le fusil, avait dit le journaliste Henri de Latouche; c'est un assassinat par souscription. »
Le Parquet de Tours - tout en restant convaincu que Frémont avait bien tué son maître, — n'avait pas cessé de considérer les frères Dubois comme directement mêlés au crime, ne fût-ce que comme instigateurs, ni, à cette occasion, de suspecter très fortement la sincérité de quelques témoins du procès.
A ce double point de vue, l'attention des magistrats était constamment demeurée en éveil.
Peu après l'époque où, en termes si vagues, Armand Carrel avait manifesté son avis sur le drame, le Globe indiquait le dernier état des recherches judiciaires :
« La plus affreuse obscurité, y lisait-on, enveloppe les causes et les circonstances de l'assassinat de Paul-Louis Courier, et la justice, plusieurs fois sur les traces des coupables, n'a pu les découvrir et les frapper. Des instructions, commencées à plusieurs reprises, ont dû cesser faute de preuves, et les plus odieux soupçons n'ont pu être é clair cis. »
Cependant un éclair profond allait déchirer la nuit; l'énigme allait livrer son mot, à peu près complètement.
Le 12 décembre 1829,1a Gazette des Tribunaux in-
sérait cette note, qu'elle venait de recevoir de Tours :
« Trois individus, soupçonnés d'être les auteurs
de l'assassinat de Paul-Louis Courier, viennent d'être arrêtés et transférés dans les prisons de cette ville.
« On assure que Louis Frémont aurait été également arrêté, si le jugement qu'il a subi en 1825, ne le mettait pas à l'abri de toute recherche.
« On parle de témoins qui auraient vu le crime. On parle aussi de preuves accablantes contre les prévenus. »
La Gazette des Tribunaux — d'autant plus zélée dans ses informations que, à cette époque, elle était jeune de quatre ans à peine, — fut le premier journal parisien qui publia l'extraordinaire nouvelle.
En la reproduisant le lendemain, le Journal des Débats affirmait :
« L'on connaîtra bientôt avec certitude les causes de la lin tragique de l'infortuné Courier. »
Puis les autres feuilles répétèrent à l'envi la nouvelle, — en y ajoutant force détails, trop hâtifs et, par suite, presque tous inexacts.
Dans tout le royaume de France et à l'étranger, profondes étaient la surprise et l'émotion.
Voyons les faits qui s'étaient produits.
SYLVINE GRIVAULT
En la région de Véretz, vivait une fille Sylvine Grivault, — originaire d'Azay-le-Rideau.
Laide, sotte, avec un air niais, cette fille — d'une intelligence lourde et vague, — était considérée comme simple d'esprit.
C'était une pauvre miséreuse. Elle se disait bergère de son état; mais, d'ordinaire, elle s'employait comme journalière à tous travaux quelconques de la campagne, de droite et de gauche.
Le maigre salaire que, à tout cela, elle pouvait se faire, il est aisé de s'en rendre compte : on sait par Paul-Louis Courier lui-même — grâce à sa Gazette du Village, — que, à cette époque, en Touraine, une fille de ferme, même si elle savait « boulanger » ou traire, se louait, pour l'année, 25 écus, — 25 écus de trois francs.
De mœurs très légères, Sylvine Grivault passait pour se prostituer à l'occasion, en échange de quelques sous.
Elle était accouchée deux fois — dont l'une de deux jumeaux, — et elle avait mis ses enfants aux Enfants trouvés.
SYLVINE GRIVAULT 155
Le 10 avril 1825, — alors qu'elle avait vingtsix ans, — Sylvine était en service au village des Guets, sur la commune de Veigné, chez une veuve Genest; puis elle était partie travailler au loin, dans la commune de Joué.
En 1829, au commencement d'octobre, Sylvine se trouvait en journée sur le territoire de Véretz, chez Pierre Girault, à la ferme des Tartres.
Un matin, Maître Girault envoya Sylvine chercher au Chêne-Pendu un sac de seigle de semence.
Elle prit le cheval, l'enfourcha et partit.
Lorsque Sylvine Grivault reparut à la ferme, le maître était en train de dîner; mais, devant l'épouvante dont semblait agitée sa journalière, il interrompit son repas, — en même temps qu'accourait la servante de la ferme, Jeanne Rolland.
— Votre sacré cheval m'a manqué jeter par terre!... s'écriait Sylvine. Il a eu grand peur...
Et tout à coup, dans son émoi, elle ajoutait ceci :
— Il a eu aussi grand peur que moi quand on a tué défunt M. Courier ...
Dès ces mots, — manifestement lâchés sans réflexion, — Pierre Girault, ébahi, fort intrigué, la pressa de parler nettement.
Tout d'abord, — malgré l'impatience de son maître à avoir l'explication de l'étrange propos, — Sylvine se met à raconter, en ses plus menues circonstances, l'incident qui vient de tant la bouleverser.
Elle s'en revenait à travers la forêt de Larçay, juchée sur la poche de seigle. Elle s'était trompée de route, avait laissé le cheval se diriger par le chemin de la Fosse-à-Lalande. Soudain — sous une impression de peur, — la bête avait fait un écart, avait failli la faire tomber.
C'était tout juste devant « la tombe à M. Courier ».
Sylvine, en reconnaissant l'endroit, avait été saisie d'une sorte de terreur superstitieuse, qui la dominait encore.
— Mais tu as donc vu tuer M. Courier?... insistait Maître Girault.
— Oui, je l'ai vu, répondit Sylvine.
Elle expliqua que le 10 avril 1825, — avec un garçon qui, à cette époque, était, comme elle, en condition au village des Guets, — elle s'était trouvée dans la forêt, pendant le crime.
— Que faisiez-vous donc là?. . .
Sylvine — par un sentiment de pudeur, qui, de sa part, fut trouvé bien exagéré, — devait toujours hésiter à reconnaître franchement le motif qui l'avait entraînée avec un compagnon sous la feuillée naissante, et elle fît à Pierre Girault ce mensonge :
— Nous étions à charger une charretée de fagots que ma maîtresse d'alors, la veuve Genest, avait achetés dans la forêt de Larçay...
Enfin, arrivant à la scène de l'assassinat, elle en révéla les détails.
Quel fut son récit?
SYLVINE GRIVAULT 157
Voici comment Pierre Girault et sa servante Jeanne Rolland devaient répéter plus tard ce que Sylvine Grivault leur aurait dit :
« Pour faire le coup, ils étaient bien cinq : il y avait l'homme à la Michel (Frémont), Phorien Dubois, Arrault, Boutet et, je crois, l'aîné des Dubois, Pierre.
« Phorien et Frémont se disputaient bien fort avec M. Courier.
« Phorien l'a saisi aux jambes et l'a jeté par terre, sur le ventre. Au même moment, Frémont l'a tué d'un coup de fusil.
« Presqu'aussitôt le coup parti, les autres sont venus.
« Arrault et Boutet avaient, chacun, un sabre à la main. Le sabre de Boutet était dans le fourreau; Arrault avait le sien dégainé. »
Maître Girault fut « si estomaqué » — selon sa propre expression, — qu'il ne put achever son repas.
Tout de suite, il rejoignit dans sa grange trois hommes de Véretz, qui battaient pour lui.
— On ne sait pas, leur fit-il, qui a tué M. Courier... Je le sais, moi... La Grivault y était... Elle me l'a dit...
Ces ouvriers firent remarquer à Maître Girault qu'il valait bien mieux ne pas répéter cela, qu'il y aurait danger à parler.
Et Pierre Girault garda le silence pendant deux mois, — jusqu'au commencement de décembre.
Ayant alors rencontré l'adjoint au Maire de Véretz, M. Clément Gérier, il se décida à lui livrer le secret.
Sans retard, dans l'après-midi du dimanche 6 décembre, M. de Beaune, toujours Maire de Véretz, se transportait — assisté de son adjoint, — à la ferme de Maître Pierre Girault, et il y faisait mander Sylvine Grivault, — alors en condition chez un garde particulier du voisinage.
Quel est le dialogue qui s'échangea entre Sylvine et le Maire?
Le voici, d'après M. de Beaune, — sur les points qu'il nous paraît nécessaire de mettre dès maintenant en relief :
« Après le coup fait par Frémont et Phorien Dubois, disait Sylvine, sont arrivés (l'un après l'autre, de divers endroits de la forêt) Arrault, ayant un sabre à la main, Boutet, ayant aussi un sabre à la main, et un troisième individu, que je ne connais pas.
— Cet inconnu dont vous me parlez, n'était-il pas Pierre Dubois?
— Non, Monsieur, je n'ai pas vu que ce fût Pierre Dubois... Nous n'avons pu reconnaître ce troisième individu, attendu qu'il nous tournait le dos... Celui-là avait un bâton à la main...
— Qu'avez-vous fait, votre compagnon et vous, après avoir vu commettre le crime?
— Nous sommes retournés à notre charrette, l'avons fini de charger, et nous sommes en allés par le Chêne-Pendu.
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— Pourquoi, ayant vu commettre un aussi grand crime, ne l'avez-vous pas aussitôt révélé à la justice?... Et comment n'avez-vous rien dit à votre maîtresse de ce que vous aviez vu?
— J'ai eu peur dans le moment, et je ne suis pas allée le dire, craignant qu'il ne m'arrivàt quelque chose... Je suis fâchée de l'avoir dit à M. Girault... Si j'étais à recommencer, je ne le dirais pas...
Ainsi donc, — par ce témoin tardif et imprévu, — voilà Louis Frémont et Symphorien Dubois formellement dénoncés comme étant les deux plus grands coupables. Or, envers l'un l'action publique était éteinte, puisqu'il était mort, et envers l'autre cette action était épuisée : Louis Frémont — couvert, par suite de l'acquittement de 1825, d'une immunité légale, — ne pouvait plus être repris.
A l'égard des trois autres qu'avait nommés Sylvine Grivault, — Pierre Dubois, François Arrault, Martin Boutet, — le Procureur du roi, M. Edmond de Chancel, requérait arrestation, dès le 7 décembre; et le lendemain, — au milieu de l'émoi général de la contrée, — ils étaient aux mains de la justice.
Devant le juge d'instruction, M. Aquilas Hainique, Sylvine Grivault fut plusieurs fois interpellée sur ce qu'elle disait avoir vu le 10 avril 1825.
Par rapport à ses récits à Pierre Girault et à Jeanne Rolland, puis à M. de Beaune, des diffé-
renées frappantes apparaissaient : toute une série de variantes furent notées.
Variantes sur les points principaux : parmi les complices survenus pour prêter, en cas de besoin, main-forte à Frémont et à Symphorien, Pierre Dubois se trouvait bien, et lui, Pierre Dubois, il était muni d'un sabre nu; — Arrault et Boutet, eux, n'avaient aucune arme quelconque; — ils étaient, en tout, en comptant Frémont et Symphorien, non pas cinq coupables, mais six; — c'est le sixième qui portait un bâton, et que Sylvine n'avait pu reconnaître.
Variantes sur des points de détail : elle avait rencontré à l'assemblée de Saint-Avertin un jeune homme, et c'est au retour de l'assemblée qu'ils étaient entrés ensemble dans la forêt de Larçay, pour toute autre chose que pour charger du bois.
En la mémoire de Sylvine Grivault, un lent et progressif réveil s'opérait, semblait-il.
Peu à peu, — de rectification en rectification, de précision en précision, — Sylvine en vint à exposer nettement toutes les circonstances du crime.
Dans l'instruction, sa déposition dernière et définitive fut celle-ci :
« Le dimanche 10 avril 1825,1e jeune homme avec qui j'avais consenti à entrer dans la forêt de Larçay, et moi-même, nous étions parvenus près de la Fosse-à-Lalande, lorsque nous avons aperçu Pierre Dubois, François Arrault et Martin Boutet.
« Nous avons continué à marcher dans le bois,
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jusqu'à une cépée de chênes, dans un jeune taillis, à une vingtaine de pas du chemin d'exploitation existant entre la Fosse-à-Lalande et le Chêne- Pendu; et là, nous nous sommes couchés.
« Le bois était fort jeune; mais la bruyère était très haute, et deux personnes couchées sur la terre, — cherchant, comme nous, à ne pas être vues, — ne pouvaient être aperçues, même du chemin.
« Depuis une demi-heure, nous restions au même lieu, lorsque M. Courier a paru sur le chemin, marchant comme s'il venait de la Chavonnière et se rendait au Chêne-Pendu.
« Il était en compagnie de son garde Louis Frémont, qui avait son fusil sous le bras, et de son domestique Symphorien Dubois.
« On était alors vers le soleil couché.
« Les trois hommes se disputaient très vivement.
« Tout à coup, Symphorien a saisi M. Courier par derrière, à la jambe, et, le poussant en même temps, il l'a renversé, la face contre le sol. M. Courier s'est écrié : « Je suis un homme perdu... » Au même instant, tandis que Symphorien le retenait à terre, Frémont a dirigé son fusil sur M. Courier et l'a déchargé à bout portant, dans le côté droit.
« Symphorien a retourné le mort sur le dos; Frémont a fouillé dans ses poches.
« Dès le coup de fusil, nous avons vu accourir, de différentes directions, Pierre Dubois, armé d'un sabre nu, Boutet, Arrault et un autre individu, que je n'ai pas reconnu.
« Celui-là, il était coiffé d'un grand chapeau. — un chapeau à demi-forme, d'une forme moins élevée que celle des chapeaux des bourgeois et ronde comme les chapeaux de certains paysans.
« Tous les quatre, ils se sont réunis en groupe avec les assassins. Nous avons entendu ces mots :
« — Puisqu'il est mort, sauvons-nous mainte- « nant, chacun de notre côté ! »
« Aussitôt les six hommes se sont dispersés... »
Quel fut, par rapport à Louis Frémont, l'effet de la révélation faite par Sylvine Grivault?
Tout d'abord, le 14 décembre, devant le juge d'instruction, Louis Frémont opposait à toutes les questions des dénégations absolues, — assurant, comme en 1825, que, bien qu'il se trouvât dans les environs au moment du crime, il n'avait même pas entendu le coup de fusil.
— Je ne sais rien, repétait-il. Ce jour-là, je n'avais seulement pas vu Symphorien... Je ne puis empêcher de parler. . .
Au cours des journées suivantes, M. de Beaune et son adjoint, M. Clément Gérier, s'attachèrent à bien faire comprendre à Frémont que son acquittement l'avait, en tant que meurtrier, mis définitivement à l'abri de toute poursuite quelconque; qu'il ne pouvait plus avoir que le rôle d'un témoin, mais que si, comme témoin, il en imposait à la justice, il s'exposait, pour faux témoignage, à des peines rigoureuses.
MM. de Beaune et Clément Gérier eurent l'impression que — malgré son apparente impassibi-
lité, — Frémont était, au fond de lui-même, fort tourmenté.
Cependant la Michel — à qui des gens insinuaient que son mari « en aurait pour cent ans de galères », — s'était rendue à Tours voir l'avocat Faucheux. On sut qu'elle était allée lui demander s'il était bien vrai que, pour le crime, Frémont ne pouvait plus être repris.
Et, le 20 décembre, à une heure matinale, Louis Frémont — de lui-même, — se présente chez M. Clément Gérier, encore au lit.
Il lui fait ce récit :
« Le 10 avril 1825, le matin, au retour de ma première tournée, M. Courier m'a dit d'aller dans les parcs de Montbazon prendre la mesure des fagots, et il m'a donné rendez-vous à la Fosse-à- Lalande.
« Dès trois heures du soir, j'étais revenu dans la forêt de Larçay, et, à l'heure indiquée, je me suis trouvé à la Fosse-à-Lalande.
« M. Courier m'a montré les baliveaux qu'il voulait faire abattre; puis je l'ai quitté, sur la vente exploitée.
« Comme je m'étais éloigné de trois ou quatre cents pas, j'ai entendu tirer un coup de fusil. Le soleil était sur le point de se coucher. J'ai entendu des cris, et, immédiatement, j'ai couru dans leur direction.
« En arrivant, j'ai trouvé M. Courier mort. J'ai regardé de tous côtés, et je n'ai vu personne.
« Je me suis dit en moi-même : « Si je fais ma
déclaration, les soupçons vont tomber sur moi... »
« Alors je pris ma course et me rendis au bourg de Véretz.
« Dans la crainte de me compromettre, je n'ai rien dit à personne. »
Frémont se tait quelques instants; puis il reprend :
« Je suis fâché de n'avoir pas fait cette déclaration à M. le juge d'instruction... »
Bien étrange était la déclaration. Elle contenait, toutefois, un aveu, fort intéressant : le rendez-vous dans la forêt donné à Frémont par Courier.
Peu après, nouvelle visite de Louis Frémont à M. Clément Gérier.
Et alors, ce sont de sa part d'autres aveux, — aveux manifestement incomplets, mais, cette fois, des plus importants.
Jusque-là, chez cet homme, combien d'hésitations, et quelles anxiétés, quelles luttes intimes!... Le remords et le secret de son crime l'étouffaient; cependant, la crainte de se compromettre lui fermait la bouche. Maintenant encore, combien de réticences, de réserves, de déguisements de la vérité ! . . .
Les aveux faits à M. Clément Gérier, Frémont, le 24 décembre, les réitérait devant le juge d'instruction :
« Le matin du 10 avril 1825, disait-il au magistrat, Symphorien Dubois est arrivé dans la chambre de M. Courier, comme j'y étais. Il a pu
entendre M. Courier me donner l'ordre d'aller dans les parcs de Montbazon et de revenir l'attendre à la Fosse-à-Lalande, vers les quatre heures du soir, pour qu'il pût m'indiquer l'endroit où il voulait que les fagoteurs travaillassent le lendemain.
« A la Fosse-à-Lalande, j'ai attendu M. Courier environ une heure.
« Quand il m'eut rejoint, il me montra des baliveaux, tout en se plaignant de ses fagoteurs, qui avaient abattu de vieux bois, qu'il fallait réserver. Il me dit qu'il serait obligé de faire comme M. de Beaune, de prendre des fagoteurs étrangers.
« Alors Symphorien arriva. M. Courier lui demanda d'où il venait; il répondit qu'il venait d'avec son père et son frère.
« M. Courier continua de parcourir la vente et s'éloigna d'une vingtaine de pas. J'attendais qu'il vînt nous rejoindre, pour prendre le chemin.
« Symphorien saisit mon fusil, comme pour plaisanter, et me dit :
« — Il n'est pas chargé ton fusil?...
« — Si! il l'est d'un côté, lui répondis-je.
« — Je vais te le charger, fit-il.
« En effet, il ôta la bourre et le plomb qui se trouvaient dans l'un des canons, et il chargea les deux coups, avec des munitions qu'il prit dans sa poche, sous sa blouse.
« Je n'ai pas vu quelle espèce de munitions il avait employées, c'est-à-dire si c'était des balles ou des chevrotines; mais ce n'était pas du plomb, car il prit la charge dans sa main.
« Puis, en me remettant le fusil, il me dit :
« — C'est ce soir qu'il faut que cela finisse!... Il faut que tu tues M. Courier!...
« Je crus, d'abord, que ce n'était pas sérieux. Je lui demandai pourquoi il me disait cela; il me répondit qu'il n'y avait pas d'autre moyen, qu'il fallait que cela finisse ce soir.
« M. Courier me dit alors :
« — Je m'en vais...
« Et il prit le chemin de la Fosse-à-Lalande. Je le suivis; Symphorien fit de même, et, s'approcliant de moi, il me dit :
« — C'est fini, il faut que tu le tues ! . . .
« Un peu plus loin, près de l'endroit où le malheur a eu lieu, il ajouta :
« - Tiens! voilà mon frère Pierre qui vient... Situ ne tues pas M. Courier, quand je l'aurai jeté parterre, ta vie est au bout!...
« Il s'est avancé sur M. Courier, et je l'ai vu se baisser. Je pense que c'était pour le prendre et le faire tomber.
« M. Courier s'écria :
« — Je suis un homme mort!
« Quand il fut par terre, Symphorien me dit :
« — Tire!... Sinon ta vie est au bout!...
o Me voyant pris par tous les bouts, j'ai lâché le malheureux coup de fusil, et je me suis sauvé.
« J'étais si troublé que je n'ai pas vu d'autres personnes... Je n'assure pas pour cela qu'il ne s'en soit pas trouvé d'autres avec Pierre Dubois.
« Lorsque M. Courier est tombé, il faisait en-
core jour; mais je ne sais si le soleil était couché. « J'étais ivre... J'ai agi comme un homme perdu... J'avais peur... »
Le récit de Louis Frémont abondait en invraisemblances : par exemple, était-il possible d'admettre qu'à vingt pas seulement de Courier, Symphorien Dubois eût osé débourrer le fusil de Frémont et le recharger?
Frémont — on le sentait bien, — s'attachait avant tout à ne pas trop contredire Sylvine Grivault sur les circonstances du crime, afin de ne pas risquer retomber aux mains de la justice comme faux témoin; mais, avec le plus grand soin, il s'ingéniait à atténuer son forfait, en niant, de sa part, non seulement toute libre volonté, mais toute préméditation.
C'est ainsi qu'il persistait à soutenir — comme dans la première instruction, — que ce n'était pas lui qui avait pris du plomb sur le tuyau de pompe trouvé dans la serre, ou fondu les lingots meurtriers.
— Je n'étais pas le seul, disait-il, à aller dans la serre... Ce n'est bien certainement pas moi qui ai enlevé du plomb de dessus le tuyau...
Si calculés, si prudents que fussent les aveux de Louis Frémont, ils n'en confirmaient pas moins — sur les faits capitaux, — les déclarations de Sylvine Grivault.
Un point avait — dès le début de la nouvelle instruction, — gravement préoccupé les magistrats : Sylvine Grivault se trouverait-elle d'accord avec le jeune homme qu'elle signalait comme ayant été, lui aussi, le témoin du drame?
Déjà dans sa comparution devant le Maire de Véretz, Sylvine indiquait que le nom de ce jeune homme était Feuillaut.
Plusieurs paysans portant un nom analogue furent présentés à Sylvine. Elle ne les reconnut pas.
Enlin, on en trouva un, — bel homme de trentehuit ans, — du nom d'Honoré Veillaut, que, sans hésiter, Sylvine Grivault reconnut formellement.
Cet Honoré Veillaut était, en avril 1825, garçon d'écurie dans une auberge du village des Guets. Il avait quitté ce village depuis la fin de 1825. Il s'était marié et, en même temps, établi cordonnier à Reignac, sur l'arrondissement de Loches.
Il y avait quatre ans que Sylvine Grivault l'avait perdu de vue.
Honoré Veillaut, de sa réputation — qui était excellente, — se montrait très fier II défiait qui que ce soit de dire sur lui, selon ses expressions, « la valeur d'une épingle » .
— Oui. affirmait Sylvine, c'est bien ce grand garçon-là qui est revenu avec moi de l'assemblée de Saint-Avertin...
Par Honoré Veillaut, dès sa première confrontation, dénégations très nettes.
— J'ai connu, c'est vrai, Sylvine Grivault, expliquait-il, mais je n'ai jamais rien eu de particulier avec elle, ni dans la forêt de Larçay, ni ailleurs... Si ce qu'elle dit relativement à la mort de M. Courier est vrai, c'est avec un autre qu'elle était dans la forêt de Larçay, parce que, bien certainement, ce n'était pas avec moi.
Il assurait que le 10 avril 1825, non seulement il n'était pas entré dans la forêt de Larçay, mais qu'il n'était même pas allé à Saint-Avertin, — disant que, ce jour-là, il avait été, comme les autres jours, retenu chez son maître, à l'auberge, par ses occupations; que les enfants du maître étaient partis à l'assemblée, avec le cheval, et qu'il avait dû les attendre pour s'occuper du cheval, à leur retour.
Honoré Veillaut fut démenti, tout d'abord, par les gens de l'auberge : jamais, d'après eux, les enfants n'étaient allés à l'assemblée de Saint- Avertin.
Puis il fut prouvé que, dans son service de gar-
çon d'écurie, Veillaut s'était fait souvent remplacer par son frère Isidore.
Sylvine Grivault persistait à soutenir que, sur l'assassinat, Veillaut était en état de donner les mêmes renseignements qu'elle. A l'appui de ses affirmations, elle invoqua deux témoins — du même nom qu'elle, et, à l'en croire, ses cousins : ceux-là, pour sûr, diraient bien que, le jour en question, ils lui avaient parlé sur la route, alors que Veillaut était avec elle.
Furent donc entendus les deux Grivault désignés : deux habitants de Saint-Avertin, — l'un chantre, l'autre cordonnier.
Ils s'accordèrent à nier avoir vu à Saint-Avertin ou sur la route, soit Veillaut, soit Sylvine. Ils repoussaient, d'ailleurs, toute parenté avec celle-ci, en ajoutant même qu'ils ne connaissaient point cette malheureuse.
Dans toute la région, l'émoi était de plus en plus considérable, et l'affaire faisait l'objet de toutes les conversations.
Beaucoup s'irritaient et s'indignaient : puisque, en fin de compte, on ne pouvait plus frapper les deux principaux coupables, à quoi bon — sur la foi d'une fille de rien, — agiter à nouveau tout ce passé?...
La vieille coalition des faux témoignages reprenait corps, recrutait de nouveaux adhérents.
A Tours, dans le cabinet de M. Aquilas Hai-
nique, des confrontations très émouvantes se poursuivaient.
C'était Louis Frémont qui, confronté avec Sylvine Grivault, expliquait que, si la déclaration de cette fille était en partie exacte, il avait à la démentir sur plusieurs points.
Frémont convenait que, environ une demiheure avant le crime, il avait cru apercevoir, à quelques centaines de pas de la Fosse-à-Lalande, François Arrault, en train de charger une charrette; mais il soutenait que, sur le point de tirer sous la contrainte de Symphorien, il n'avait vu, lui, que Pierre Dubois, et n'avait même pas eu le temps de remarquer si Pierre Dubois était armé ou non.
Frémont ajoutait que, après le coup de fusil, il ne s'était nullement réuni à Pierre Dubois, à François Arrault, à Martin Boutet ou à un inconnu; qu'il n'avait pas non plus fouillé le cadavre; qu'il s'en était allé « dès qu'il avait eu fait le malheur ».
Sylvine persistait dans ses dires, — en précisant que, avant et pendant le crime, Pierre Dubois, Arrault et Boutet faisaient le guet dans la forêt, qu'elle les avait fort bien vus tous les trois, et que c'est seulement après le coup de feu que, pour la première fois, elle avait aperçu l'individu au grand chapeau, c'est-à-dire celui qu'elle n'avait pu reconnaître.
C'était Pierre Dubois mis face à face avec Frémont.
Frémont — pleinement d'accord en cela avec Sylvine Grivault, — maintenait, de façon très ferme, que, tandis que Courier était tué, Pierre Dubois se trouvait tout près du lieu du crime.
A propos des frères Dubois, le juge d'instruction pressait Frémont de questions.
Le Juge. — Puisque, suivant votre déclaration, c'est Symphorien qui vous a contraint à assassiner M. Courier, en vous assurant de la présence de son frère, que vous avez vu approcber, vous avez dû être étrangement surpris d'entendre ces deux hommes prétendre, pendant l'instruction qui se faisait contre vous seul, qu'il était impossible qu'ils se fussent trouvés sur le lieu de la scène, à l'heure à laquelle on rapportait l'événement, puisqu'ils étaient à Esvres et dans les environs, — ce qu'ils s'étaient efforcés de prouver par les dépositions de nombreux témoins.
Frémont. — Cela m'a beaucoup étonné... Je n'osais rien dire...
Le Juge. — Il est impossible que, vous étant trouvé si longtemps dans le même pays que Symphorien Dubois, il ne se soit pas expliqué avec vous sur toutes ces circonstances, depuis votre acquittement.
Frémont. — J'ai bien rencontré plusieurs fois Symphorien Dubois. Nous nous disions toujours : « Bonjour... Bonsoir... »; mais jamais d'entretien particulier...
A Pierre Dubois — outre les attestations de
Sylvine Grivault et de Louis Frémont, — on opposait à nouveau les charges groupées contre lui en 1825, notamment ses significatifs et si menaçants propos envers Courier.
Lui. — soit dans ses interrogatoires, soit dans les confrontations, — il reprenait, sans se déconcerter, le système de dénégations qu'il avait observé pendant tout le premier procès.
Le Juge. — Affirmez-vous encore n'avoir jamais reçu de lettres de Mme Courier?
Pierre Dubois. — Oui, Monsieur, je l'affirme, parce que cela est vrai... Mme Courier ne m'a jamais envoyé que des journaux et des livres, pour lire... Il est possible que Mme Courier m'ait écrit plusieurs fois, mais je n'ai reçu aucune lettre d'elle... Je ne nie point qu'elle m'ait écrit, mais je nie avoir reçu des lettres d'elle...
M. Aquilas Hainique — espérant confondre Pierre Dubois, — lui représentait une moitié de lettre saisie chez son père, qui, sous le timbre du bureau de poste de Tours, portait, en l'écriture de Mme Courier, — une écriture svelte, élégante, décidée, — simplement cette adresse :
« Monsieur Pierre Dubois, chez son père le maître Dubois, à Azay-le-Rideau. »
Mais Pierre, sans trouble aucun :
— Je ne reconnais pas ce papier pour l'avoir eu en ma possession... Je n'ai eu connaissance d'aucune lettre de Mme Courier qui aurait été adressée chez mon père... La lettre dont vous parlez ne m'est pas parvenue, je ne sais pourquoi...
Avant tout, d'ailleurs, Pierre Dubois se cantonnait — une fois encore, et très énergïquement, — dans l'alibi qui déjà lui avait valu le salut.
— Il n'est pas possible, répétait-il au juge, que j'aie pris part à l'assassinat, puisque je vous prouve l'emploi de mon temps dans d'autres endroits...
Dès le commencement de sa détention, Pierre Dubois avait fait tenir à son père de pressantes sollicitations :
« Je vous supplie, lui écrivait-il le 13 décembre, de faire de votre côté, et par vos amis, tout ce que vous jugerez convenable pour me tirer d'un lieu qui ne doit être que pour le coupable. »
Et, quelques jours après, dans une autre lettre, il lui disait :
« Chargez ma femme de voir nos témoins... Je sais bien que je n'ai rien à craindre, mais je m'ennuie à la mort dans un lieu que ma conduite n'a jamais mérité. »
A Azay-le-Rideau, en la petite chambre basse où logeaient les parents de Pierre, c'est dans une vierge de plâtre, ornant la cheminée, que les deux lettres étaient cachées...
Un autre ordre d'idées : la cause du crime, fut bientôt abordé par l'instruction, — résolue à sonder jusqu'au fond même du mystère.
Comme le juge questionnait Frémont sur ce que Symphorien Dubois avait pu lui dire lorsque, le crime accompli, ils s'étaient retrouvés ensemble à la Chavonnière, Frémont fit cette réponse :
— Dans la soirée même, dès qu'il a pu me parler en particulier, Symphorien m'a dit, en me menaçant : « Si tu parles de ce qui est arrivé, tu verras!... »
« Le lendemain, dans la cour, je lui ai demandé :
« — Pourquoi m'as-tu fait faire cela?...
« Et il m'a répondu :
« — C'est Mme Courier qui m'a dit que s'il était possible de se défaire de M. Courier, nous vivrions ensemble comme l'homme et la femme. »
Dès lors, Frémont, très expressément, dénonçait les frères Dubois non seulement comme ayant
participé à l'homicide, mais comme en ayant été les provocateurs.
Et — par contre-coup, — ses accusations contre les Dubois atteignaient Mme Courier, en plein visage.
Voici comment peut se résumer l'ensemble des dires successifs de Louis Frémont :
« Quand j'ai tiré le coup de fusil, j'ai, je l'affirme, cédé, la tète perdue, aux menaces que me faisait Symphorien, et que rendait plus redoutables encore l'apparition, dans le taillis, de son frère Pierre. Depuis des semaines, d'ailleurs, je résistais aux instances dont les deux Dubois me tourmentaient, — obéissant certainement à l'instigation de Mme Courier.
« Il me paraissait évident que Pierre et Symphorien tenaient à se débarrasser du mari, pour que la femme pût revenir de Paris vivre à la Chavonnière à sa guise, dans la plus grande indépendance pour tous.
« Plus d'un mois avant le crime, Symphorien, à plusieurs reprises, m'a répété qu'on serait bien plus heureux si M. Courier était mort; que Mme Courier reviendrait, tandis que son mari la ferait peut-être renfermer.
« Et, une fois le crime commis, parmi les propos que Symphorien m'a tenus alors, celui-ci me revient :
« — C'est Madame qui a commandé de tuer Monsieur, et, si on s'est servi de toi, c'est parce
qu'il n'y avait pas de moyen de le faire faire par d'autre, car il n'y avait que toi qui pouvais approcher M. Courier. »
« Pierre Dubois, lui aussi, — à partir du milieu de mars, dans nos divers entretiens, — m'excitait à assassiner M. Courier, en me disant qu'il le ferait bien lui-même, si, comme moi, il allait avec Monsieur dans la forêt.
« Si le lundi d'après la Mi-Carême de 1825, — le lundi 14 mars 1825, — je me suis rendu au Chêne-Pendu, au cabaret de Tricot, c'est que Pierre m'y avait donné rendez-vous. C'est là que, pour la première fois, Pierre m'a enjôlé, endoctriné, m'a parlé de lettres que Mme Courier lui écrivait de Paris, où elle lui exprimait le souhait de la mort de son mari.
« Et, depuis ce jour, Pierre m'avait dit encore, toujours à propos des lettres de Madame :
« — Mme Courier serait bien aise que son mari fût mort... »
« La dernière fois que Pierre m'avait parlé des lettres de Madame, c'est dans notre entretien de l' avant-veille du crime, et, ce jour-là, il me déclarait qu'il attendait de Mme Courier une nouvelle lettre. »
Plus directement encore, du reste, Frémont ramenait en scène Mme Courier.
Au sujet de la connaissance que celle-ci avait montrée, dès le début de l'instruction de 1825, du rendez- vous dans la forêt entre Courier et lui, Frémont faisait observer ;
— Mme Courier en imposait, en disant qu'elle savait cela... à moins qu'elle ne l'ait appris par les Dubois.
Là-dessus, survint une déposition d'une gravité toute particulière.
La veuve de Joseph Barrier révéla ce que son mari n'avait point osé faire connaître lors du premier procès, et dont elle avait reçu de lui la confidence : les paroles que, à la Chavonnière, le matin du 10 avril 1825, dans l'écurie, Joseph Barrier avait surprises dans la conversation à voix basse entre Louis Frémont et Symphorien Dubois.
Tout au début de cet entretien, Frémont avait dit à Symphorien :
— M. Courier ira dans la forêt, ce soir, à une demi-heure de soleil; il vient de me donner rendez-vous à la Fosse-à-Lalande.
Et Symphorien lui avait répondu :
— C'est bon... notre affaire est bonne!... Puis, comme Joseph Barrier se dirigeait vers
l'échelle du grenier, Frémont avait demandé :
— Les autres y seront-ils?...
A quoi Symphorien avait répliqué :
— Oui, mon père est à Esvres... Je vais les trouver. . .
Ainsi, — grâce à la déposition de la veuve Barrier, grâce à cette sorte de témoignage posthume de Joseph Barrier, — que de points sortaient de l'ombre définitivement!
La convocation significative des Dubois au
rendez-vous de la forêt, combinée de la sorte par Frémont avec Symphorien, aussi bien que les réponses de Symphorien à Frémont, voilà bien la confirmation saisissante de la vraisemblance du complot de mort qui s'était tramé.
Et c'était aussi la preuve qu'à ce complot Frémont avait donné sa pleine adhésion : il avait été d'autant plus aisé de le séduire que, évidemment, Frémont avait toute certitude de conserver son emploi à la Chavonnière, si Mme Courier devenait l'absolue maîtresse des propriétés
Dès les premiers jours de janvier 1830, Mme Courier avait été invitée à comparaître comme témoin.