L ARRESTATION
Pendant l'été de 1829, à Genève, Mme Clavier — revenant d'un voyage en Italie, — avait été rejointe par sa fille. Les deux femmes avaient passé en Suisse toute la fin de la belle saison, et ensemble elles étaient rentrées à Paris, le 20 septembre.
Tout au moins grâce aux journaux et depuis le milieu de décembre, Mme Courier n'ignorait pas la reprise de l'instruction sur la mort de son mari.
Quelle était, depuis lors, son attitude? — Elle était ainsi appréciée dans un rapport que, le 4 janvier 1830, M. Miron de L'Épinay, le Procureur général d'Orléans, adressait au Garde des Sceaux :
« Quoique dans la première procédure Mme Courier ait mis un empressement extrême à indiquer les circonstances les plus minutieuses qui inculpaient Frémont, elle a gardé, cette fois, envers le ministère public, un silence absolu. »
C'est à Paris, chez sa mère, — 21, rue du Sentier, — que, le 7 janvier, la citation de M. Aquilas Hainique toucha Mme Courier.
Cette manifestation directe de la résurrection du
passé surprit Mme Courrier dans la félicité d'une liaison nouvelle, — une liaison qui, la dégageant plus complètement encore de ses égarements de la Chavonnière, la ramenait dans son milieu et donnait à son cœur pleine satisfaction.
Depuis au moins l'année précédente, elle était l'amie d'un Genevois, — de onze ans moins âgé qu'elle, — qui, en juillet 1829, était venu à Paris poursuivre de brillantes études médicales, commencées à Londres.
Et celui-ci, affable, affectueux, d'une conversation attrayante, avait toutes les qualités morales qu'Herminie Clavier avait tant souffert de ne point rencontrer chez Courier.
Donc — sous la contrainte des événements, — Mme Courier, dès le 8 janvier, se mit en route pour Tours.
Le voyage fut pénible : l'hiver était très rigoureux, — si rigoureux que, à Paris, la Seine se prit et que, dans le Midi, un tiers des troupeaux de la Crau succomba.
A Tours, Mme Courier s'installa à l'Hôtel du Faisan.
Le 11 janvier, la Veuve Courier se retrouvait en présence de M. Aquilas Hainique.
Le juge, tout d'abord, lui rappela combien dès 1825 il avait paru surprenant que, seule, et au lendemain même de son retour à la Chavonnière, elle se fût trouvée instruite du rendez-vous dans la forêt entre Courier et Frémont; et, avec insis-