DISPERSION DES ÊTRES ET DES CHOSES
l'autopsie. On ne trouva aucune trace de poison, et il fut constaté que Frémont avait succombé à une apoplexie.
La vérité devenait bien évidente : ce qui avait tué Frémont, ce sont ses terreurs et ses remords.
Quel bourreau, parfois, que la conscience!...
Et Mme Courier, quelle fut la dernière partie de sa vie?
Mme Courier s'était fixée à Genève. Sa mère elle-même était venue y habiter dès décembre 1830.
Eux, les orphelins Paul et Louis Courier restaient en France.
C'est à Paris, chez l'illustre érudit Feuillet de Conches, qu'ils passèrent leur enfance et leur jeunesse, tout en suivant les cours de la pension Barbet.
A l'aîné, — dont la physionomie eut toujours une expression frappante de mélancolie, — la destinée ménageait les fonctions de capitaine d'état-major; à l'autre, la situation de commandant de paquebot, dans une grande compagnie maritime.
Mme Courier — par mariage célébré à Paris, le 4 août 1834, — avait régularisé sa liaison de 1829, et était ainsi entrée dans une très honorable famille de grands savants suisses.
C'est à Genève, en l'un des vieux coins aristocratiques de la ville, que — après une fin d'existence qui fut, dit-on, irréprochable, — elle mourut avant l'âge des cheveux blancs, à quarante-sept
ans, le 13 novembre 1842, — exactement un an avant sa mère.
De ses années désemparées par la tourmente de tant d'événements, de passions et de luttes; de ses journées tragiques, la dévoyée de jadis eut le définitif repos en la paix du cimetière de Plainpalais, sous la douce brise du grand lac d'azur.
Pierre Dubois devint très vieux : c'est à quatrevingt-deux ans que, le 16 février 1877, à Véretz, il expira.
Il avait toujours occupé l'emploi de garde-vente que, en 1825, lui avait assuré Mme Courier.
Vers la fin de sa vie, Pierre Dubois ne niait point, à l'occasion, avoir été le « bon ami » de Mme Courier: mais — bien que, alors, brillât dans ses yeux comme un vague reflet de cette joie lointaine, — jamais, sur ce chapitre, il ne se départait de la plus discrète réserve. Et on lui voyait tirer de sa poche, non sans vanité, une montre qui, expliquait-il, lui avait, dans le temps, été envoyée de Genève, par Mme Clavier : une large montre en argent, avec personnages gravés sur le boîtier.
L'opinion publique le tenait toujours pour « l'associé » des assassins de Paul-Louis Courier, et il était d'autant plus redouté que, après le procès de 1830, il avait, racontait-on, — par rancune des déclarations faites contre lui, — menacé et mis en joue le cabaretier André Tricot.
Au moment de la mort de Pierre Dubois, la Cha-