DISPERSIONDES ÊTRES ET DES CHOSES
vonnière avait, depuis Courier et ses héritiers, déjà changé plusieurs fois de propriétaire, — passant par les mains d'un avocat de Paris, puis d'un marchand de biens, puis, en 1872, d'un cultivateur.
Lorsque, en juillet 1827, la famille Courier s'en était défaite, les paysans — songeant au drame, — s'étaient dit :
— Il faut croire qu'ils ne tiennent pas à garder ça...
Chacun des occupants qui se sont succédé à la Chavonnière, l'a, peu à peu, mutilée, selon ses goûts, ses caprices ou ses besoins, et, sans cesse, — de mutation en mutation, — s'est étriqué davantage son ample et symétrique aspect d'antan : les murs de l'enclos ont été abolis; la maison s'est écourtée, par la démolition de son extrémité Sud; disparues également la vaste grange, de même que toute l'aile droite des communs.
Elle aussi, la forêt de Larçay — sortie, en 1834, du patrimoine Paul-Louis Courier, — n'a point échappé à l'inéluctable loi des transformations : de nouvelles plantations ont recouvert les anciennes landes; d'autres routes et sentiers ont surgi parmi les arbres, et le chemin sur lequel se consomma le crime, est en partie abandonné. Aux abords mêmes du monument commémoratif de 1828, il ne subsiste plus que par des traces imprécises : lentement, il s'enfouit sous les fougères...
Dans cette mobilité des êtres et des choses, le temps, à Véretz, accomplissait envers Paul-Louis
Courier son œuvre de juste réparation : à travers la succession de générations nouvelles, Paul-Louis était né à la popularité.
Sur la place du village, — comme « hommage de reconnaissance », — un monument a été érigé au grand pamphlétaire libéral. La première pierre en fut posée dans une belle fête populaire, sous le gai soleil d'un dimanche de juillet 1876, — quelques mois avant la mort de Pierre Dubois.
Et ainsi — aux lieux mêmes où Paul-Louis Courier fut meurtri jusqu'au plus profond de sa chair, — hautement vengé des hostilités éphémères, debout dans le clair rayonnement et la gloire immuable de son nom, il triomphe, — dominant le néant des existences sans lendemain, immortel survivant d'un temps aboli.