SILENCE DE L'INDIFFÉRENCE
Le 16 avril, une lettre du Ministre de l'Intérieur donnait au Préfet de Tours ces instructions formelles :
« Je vous prie de seconder l'action de la justice dans les recherches que l'événement doit occasionner. »
D'elle-même, du reste, dès l'avis du fait que lui avait transmis le Maire de Véretz, la Préfecture d'Indre-et-Loire avait prescrit au commandant de la gendarmerie locale de se transporter immédiatement sur les lieux et, après entente avec le Procureur du roi, d'y recueillir, « avec le plus grand soin, tous les renseignements possibles ».
En Touraine, — à l'encontre de l'intérêt politique, — s'établissait contre la justice ce mot d'ordre, qui a été de tout temps un trait des mœurs populaires : « Ne disons rien : on nous ferait aller au Tribunal. »
D'ailleurs, à Véretz et dans ses environs, — sous l'influence de la haine et du mépris que Courier y avait suscités, — une tendance des esprits se marquait nettement : on ne tenait point à « venger » Courier.
D'où, dès la première heure, — par un accord spontané et tacite, — une coalition de faux témoignages.
Au maintien de cette ligue devait contribuer — au fur et à mesure de la marche des investigations judiciaires — un autre mobile : la nécessité — aux yeux d'un grand nombre de ces rustres, dépourvus
de culture intellectuelle — de sauvegarder de la répression, grâce au mensonge ou au silence, certaines personnes, parce que ces personnes étaient du pays, — c'est-à-dire, par cela même, intéressantes avant toutes, — et aussi parce qu'on les sentait capables de se ménager des vengeances.
Telles sont précisément — disons-le dès maintenant, — les causes principales pour lesquelles se trouveraient sans cesse dupés les magistrats enquêteurs.
Toujours — malgré la patience des recherches multipliées — de sournoises entraves contrecarreraient les efforts vers une vérité complète et, en définitive, laisseraient peser sur le crime commis de larges pans d'éternelles ténèbres.