‹ L'assassinat du Président CarnotChapitre 18 sur 40 · FAIT IMMÉDIATEMENT APRÈS L’ATTENTAT · texte numérisé non relu

FAIT IMMÉDIATEMENT APRÈS L’ATTENTAT

Je soussigné, Jean-Paul-Henry Goutagne, médecin expert devant les tribunaux de Lyon, sur la réquisition de M. Benoist, juge d’instruction, en date du 24 juin 1894, certifie m’être rendu le même jour à 10 heures 1/2 du soir, serment préalablement prêté à la Préfecture du Rhône pour examiner M. Sadi Carnot, président de la République, qui venait d’être blessé, et avoir constaté ce qui suit ;

I. — M. Carnot est couché et présente un état général des plus inquiétants; le pouls, petit et dépressible,estàl40 pulsations, la respiration est pénible.

II. — Il est atteint d’une blessure dont l’examen ne pourrait se faire au moment de notre visite sans aggraver l'état du malade. Des renseignements fournis par MM. les professeurs Ollier et Poncet, il résulte que cette blessure, longue de 20 à 22 millimètres, a tous les caractères d’une blessure faite par un instrument tranchant tel qu’un poignard. Elle est située à l'épigastre, à un travers de doigt en dedans du rebord des fausses

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côtes droites et à trois travers de doigt au-dessous de Tappendice xiphoïde ; sa direction est oblique de haut en bas et de dedans en dehors. Elle a intéressé la peau, le muscle droit de l'abdomen sous-jacent et le lobe gauche du foie dont elle a ouvert des vaisseaux imporlants; on ne peut évaluer sa profondeur à moins de cinq centimètres. La plaie du foie se trouve au moment de l’intervention chirurgicale au-dessous des fausses côtes et par conséquent sur un plan transversal sensiblement supérieur à celui de la plaie superficielle.

III. — Il résulte de ces constatations que M. Carnot a été frappé au moment d’une inspiration, d’un coup de poignard porté de haut en bas et de dedans en dehors, coup qui a occasionné une plaie pénétrante de l’abdomen, avec blessure du foie et hémorragie interne compliquée de shock.

IV. — L’examen de Caserio [Santo-Hieroninio)^ fait par nous au bureau de police de la rue Molière, pendant l’interrogatoire de l’inculpé par M. le juge d'instruction, ne nous a permis de constater comme particularités intéressantes à relater ici, que le calme mental de cet homme et l’absence de toute excitation de nature alcoolique ou autre.

V. — L’arme avec laquelle il avoue avoir frappé M. Carnot est un poignard dont le manche a 86 millimètres et la lame 164. Cette dernière figure un triangle isocèle très allongé qui a 20 millimètres de largeur à 6 centimètres de la pointe, et 2.a millimètres à la base; chacune de ses faces est garnie de damasquinures grossières et surmontée d'une légère arête; toutes deux sont maculées de sang. Celle qui porte le mot Reciierdo présente une tache à peu près continue occupant

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8 centimètres à partir de la pointe et s’étendant même sur 4 centimètres plus loin du côté où se trouve gravé le mot en question. La face opposée de la lame, qui porte le mot Toledo^ présente des taches sanguines moins limitées dont l’ime remonte presque jusqu'à la garde, La pointe du poignard est brisée, ce qui peut s’expliquer par la chute de l’arme sur le pavé après l’attentat.

Lyon le 2.3 juin 1894,

Signé : Henry Coütagne

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