‹ L'assassinat du Président CarnotChapitre 24 sur 40 · AUDIENCE DU SOIR · texte numérisé non relu

AUDIENCE DU SOIR

L'audience est reprise à 2 heures. Mômes mesures d'ordre aux abords du palais et dans la salle des assises, même affluence. Cette audience est tout entière consacrée à l’audition des témoins. M. Ilippolyte Cousin, commissaire de police à Lyon, et les quatre gardiens de la paix Brun, Bardin, Jehlé et Colombani font leur déposition. Puis sont entendus les généraux Voisin, gouvez'neur militaire de Lyon, et Borius, chef de la maison militaire de M. Carnot; les officiers d’escorte, MM. Nœttinger, capitaine au 7° cuirassiers, Delpech , lieutenant au 7' cuirassiers, et Flotti, valet de pied de M. Carnot. M. Rivaud, préfet du Rhône, qui était, dans la deuxième voiture avec M. Dupuis, président du Conseil des ministres, n’a nullement assisté à la scène. Quand il vit la voiture s’arrêter, il sauta à terré et apprit de M. le docteur Gailleton, maire de Lyon, que le président venait d’être frappé.

M. Gailleton, maire de Lyon, qui se trouvait dans la voiture présidentielle est malade et se trouve dans l’impossibilité de venir à l'audience. M. le procureur général donne lecture de la déposition du maire de Lyon.

Voici cette pièce ;

Le dimanche soir 24 juin, à 9 heures 10, je suis monté dans la voiture présidentielle, où j’occupais la troisième place, en face de M. le président de la République.

La voiture marchait au pas et, après avoir tourné à droite dans la rue de la République, n’était pas encore au niveau de la grande porte du Crédit Lyonnais, je faisais remarquer à M. le président le spectacle de la rue brillamment illuminée lorsque,

CASERIO DEVANT LA COUR d’aSSISES DU RHONE

tout trun coup, je vis un bras se poser sur la voiture, vers le côté droit du président.

Au même moment, j’entendis un coup sec et, croyant qu’il s’agissait d'un maladroit qui remettait gauchement un placet à M. le président, je m’écriai machinalement ;

« Quelle brute! » La main disparaissait aussitôt et, au lieu de voir le président souriant comme lorsqu’on lui remettait un placet, je vis son regard devenir fixe, son visage devenir très pâle. En même temps, le président portait la main à l'endroit frappé et je dis à M. Carnot ; « Qu’avez-vous, M. le président? «

Il y eut alors un mouvement de toutes les personnes se trouvant dans la voiture pour se tourner du côté du président et voir ce qui se passait.

Le président m’a répondu d’une voix à peine perceptible : « Je suis blessé » ou « je suis frappé ». J'ai eu alors tout d'un coup la pensée bien nette que M. Carnot venait d'être blessé parle bras que j’avais vu.

MM. Coste-Labaume et Vignet, conseillers municipaux se sont approchés de la voiture au moment où je me levais pour la faire arrêter et ont demandé des nouvelles.

J’ai dii dire : « Arrètez-le » et à la question que m’adressait M. Vignet ne rien répondre et faire seulement signe de me laisser tranquille.

Je pris la main du président, je la trouvai froide et ne pus pas sentir le pouls. Il venait en effet de tomber en syncope et de se renverser la tête en arrière.

J’ai dit : « Tournez à la préfecture ». On était arrivé en face de l’entrée du Grand-tlôtel, lorsque M. le D' Poucet, prévenu, est monté dans la voiture que je lui ai ouverte, et on a commencé à donner les premiers soins au président.

A P rès avoir consulté M. Poncet, nous avons définitivement tourné sur la place de la Bourse et nous nous sommes rendus à la préfecture.

‘■'2 l’assassinat du président CARNOT

M. Poucet débrida la plaie, reconnut le siège de la blessure et se mit en mesure de faire le pansement approprié.

]\I. Ollier vint; il y eut un nouveau pansement, et nous rédigeâmes, à dix heures et demie, un bulletin qui se terminait par ces mots ; « Etat extrêmement grave. »

Le meurtrier était arrivé obliquement, venant au devant de la voiture ; c’est ce qui explique que la violence du coup a été accrue par le mouvement même de la voiture.

Plusieurs fois, j’ai entendu le président inviter les officiers de son escorte à se tenir un peu en arrière, de manière à permettre au public d’aller jusqu’à lui, et aussi pour lui permettre d’ètre complètement découvert aux regards de la foule.

Le général Borius, qui a donné ces ordres, n’était que l’interprète des volontés du président.

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