LE DOCTEUR LACASSAGNE
M. Lacassagne^ professeur à la Faculté de médecine, qui devait déposer, ne peut se rendre à l’audience ; il vient en effet de perdre son beau-père, M. le docteur Rollet.
Les dépositions des autres témoins (Vaux, coutelier à Cette ; Viala, boulanger à Cette; Crociocha, commissaire central à Cette; Boy, commissaire central à Vienne; Periiel, commissaire spécial près la préfecture du Rhône) offrent peu d’intérêt au point de vue médico-légal. Il ne reste plus qu’un témoin à entendre : le soldat Leblanc.
L’audience est levée sans incident à 5 heures 2b minutes.
AUDIENCE DU 3 AOUT (matin)
L’interrogatoire de Caserio et les dépositions des témoins, font l’objet des commentaires de l’auditoire, en attendant que s^’ouvre l’audience. L’intérêt pour les avocats, pour les criminalistes, pour les médecins, a été surtout dans les réponses de Caserio et dans les dépositions des docteurs Gailleton, Ollier, Poncet et Coutagne. On commente surtout l’attitude de l’assassin, et ce sourire vague, toujours le même, qui revient sur ses lèvres. Au
l’assassinat du président CARNOT
cours des deux jiremières séances, eu effet, Caserio a loujours répondu avec douceur, presque en souriant, aux questions du président. Quand il a éclaté, ça été pour rectifier une erreur émise par le président ou par un témoin : « (Je suis absolument responsable... Je n‘ai jamais été malade... Il n'y a jamais eu de fous dans ma famille... Je n’ai pas eu de complice. ») Quand il est debout et qu’il parle, sa tenue est toujours la même : il dodeline de la tète, tient sa main droite sur la balustrade et gesticule de la main gauche. Parfois la main droite se porte sur la hanche, surtout lorsqu’il est tourné vers son interprète, M. Ch. Armand de Geneval. Car l’assassin de M. Carnot prononce très mal le français; l’italien qu’il parle n’est même pas très correct, au dire de son interprète. Celui-ci, malheureusement, traduit par voie de résumé. Sa traduction n’est donc pas toujours d’une irréprochable fidélité^ et bien des nuances dans les réponses de Caserio ont complètement disparu, qui avaient pourtant leur importance. Le mécontentement est surtout visible aux bancs de la presse.
La séance est ouverte à 9 heures.
Après l’audition du témoin Leblanc, M. le procureur général Fochier a la parole. D’une voix grave et pénétrante, avec une logique inexorable, M. Fochier s’attache à établir, en réponse à l'hypothèse de l'irresponsabilité, la lucidité d’esprit, l’incroyable force de volonté avec lesquelles Caserio a conçu et perpétré son attentat; ses interrogatoires à l’instruction, son attitude à l’audience, tout indique qu’il n’a pas cessé un instant d’avoir la pleine conscience de ses actes. Il demande le châtiment suprême. « Ce sera non un acte de vengeance, mais un acte de prévoyante justice. »
Tout cet éloquent réquisitoire, Caserio n’a cessé de l’écouter fort attentivement, une sorte d’ironique sourire aux lèvres.
M. le ju’ésident Breuillac offre la parole au défenseur.