LE POIGNARD DE CAS ERU
Echelle 1 , 2
l’assassinat du président CARNOT
veine porte, etc., Lyon 1893) montre que l’arbre porte a trois racines maîtresses, la splénique, la petite mésaraïque, la grande mésaraïque et il ajoute : « Cet arbre porte ainsi constitué, long de 8 à 10 centimètres,, se dirige en liant et à droite vers le sillon transverse du foie, dont le canal cholédoque, l’artère hépatique, et des troncs lymphatiques forment avec lui le pédicule. 11 reçoit la gastro-épiploïque droite grossie de rameaux pancréatiques, souvent, mais pas toujours, la veine pylorique, puis se bifurque en deux branches droite et gauche, en formant un angle tellement obtus que l’ensemble a la forme d’un T et a reçu le nom de sinus de la veine porte. La branche droite est volumineuse et courte ; elle reçoit la veine cystique et disparaît dans le lobe droit du foie. La branche gauche, moins longue et plus courte, est destinée au lobe gauche. »
Notre collègue Lépine, dans le Lyon médical du 1" juillet 189i a posé cette question : la blessure de la veine [»orte est-elle nécessairement mortelle? 11 répond par l’affirmative, lorsque la plaie veineuse n’est pas une simple piqûre étroite. « Chez l’homme, en peu de secondes, surtout si le sujet se trouve en état de digestion, l’hémorragie même par une plaie peu large sera extrêmement abondante ». M.Lé[)ine montre ensuite que la ligature de l’une ou de l’autre des deux branches est une opération impraticable. « On en comprend parfaitement l’impossibilité absolue dans lescasoù la plaie veineuse, comme cela existait dans un cas désormais historique, se trouve non sur la demicirconférence libre de ces veines, mais sur celle qui est creusée dans le foie. » Rappelons enfin, pour terminer, que Stahl disait de ce vaisseau en 1726 ; vena porta, porta malorum.
L'arme de Caserio, avec son clinquant rouge brillant et la forme du manche, les damasquiniires et les inscriptions de la lame, la couleur bleuâtre de la gaine, a l’aspect d’un poignard de théâtre.
A. LACASSAGNE
Il est bien en main et,- tenu comme l’indiqne l’assassin, il a pn, poussé par une force vigoureuse, pénétrer jusqu’à la garde dans l'abdomen de la victime, ne trouvant comme obstacles peu résistants que quelques vêtements de mince épaisseur et un cartilage costal assez mou.
Voici les mensurations que nous avons relevées.
Le [)oignard, avec sa gaine, a 28 centimètres de long. La longueur du manche est de 8 centimètres 1/2, celle de la lame de 16 J /2, la largeur maxima de la lame de 25 millimètres; la coupe de celle-ci est de forme losangique.
Le manche est composé de deux bobines en forme de cône tronqué, se faisant face par les bases et au milieu desquelles se trouve une olive. Les deux bobines sont formées d’une armature de cuivre d’une faible épaisseur posée sur une feuille de clinquant (paillon) rouge violacé. Celle armature de cuivre est percée de trous ronds qu’on voit sur la gravure (qui représente l’arme demi-grandeur nature). Dans chaque trou on aperçoit la feuille de clinquant du dessous.
Entre les deux bobines tronconiques se trouve une olive dont le dessus est constitué par de petites lames d’os et de cuivre, alternant entre elles ; les lamettes d’os sont unies, celles de cuivre sont dentelées. Par ces dentelures^ entre les bords des petites lames de cuivre ou d’os, on aperçoit le môme clinquant que par les trous des bobines tronconiques.
Le morceau de métal en croix qui forme la garde est du fer ou de l'acier brut.
La lame est grossièrement damasquinée à l’acide, sans dorure. Sur une des faces est écrit Toledo^ sur l’autre Recuerdo, dans le sens de la longueur.
La gaine est en velours bleu; la couture est garnie d’un passepoil rouge en long, sur un seul des côlés; à chaque extrémité de la gaine est une monture en cuivre ; celle du haut a 18 millimètres de long, celle du bas, 35 millimètres.
l’assassinat bu président CARNOT
Lorsque cette arme nous fut confiée^ au début de l’instruction, alors qu’il était (juestion de complot, j’eus l'idée de rechercher si ie poignard n’avait pas été empoisonné. Avec l’aide de M. le D'' Maurice Doyon, préparateur du laboratoire de physiologie, nous avons fait une série d’épreuves ([u’il est inutile de rapporter, mais qui toutes, bien entendu, ont donné un résultat négatif.
Voilà les renseignements divers, et non’ sans intérêt il rne semble, que nous avions à donner sur la mort de cette noble victime. M. Carnot n’a pas été un homme ordinaire. Nous n’avons pas à juger le côté politique de cette existence. Mais, médecin, nous pouvons dire : qu’il a supporté la soulfrance avec résignation, pas une récrimination n’est venue sur ses lèvres, il a senti venir la mort avec un courage stoïque.
Créon, dans Antigone, dit : 11 est difficile de connaître l’àme les sentiments et la pensée d’un homme, avant de l’avoir vu longtemps disposer de la puissance et des lois.
M. Carnot a été soumis à cette épreuve du pouvoir ; elle l’a grandi et immortalisé.