‹ L'assaut: pièce en trois actesChapitre 18 sur 25 · Scène Vi · texte numérisé non relu

Scène Vi

MERITAL, RENEE

MÉRITALy à peine est-il seul, qu'une joie irrépressible le Mmlère. Il ouvre tout grands les bras, et, longuement, puissamment, il souffle. — Pfff !

Puis il court à une des fenêtres et regarde au dehors. • Au bout d'une seconde ou deux, la porte s'ouvre sans que Méritai l'entende. Renée parait; timidement, elle avance jusqu'au milieu de la pièce.

. Renée. — Eh bien?

MÉKITAL, se retournant et d'une voix charmée. — C'est

vousf

Renée, — Eh bien, il est venu, votre M. Frépeau?

MÉBiTAL. — Ma petite douceur, ma fraîcheur!

Renée. — Comme vous avez l'air content!

MÉRiTAL. — Je suis bien heureux ! C'est fini ! Renée, on va pouvoir s'aimer... Dans un instant, je vais vaincre! Je tiens la victoire!

Renée. — Oui!

MÉRiTAL, déçu. — Oui! Elle répond: « Oui! »

Renée, gaiement. — Que vous êtes mauvais! Je vous regarde, je vous écoute...

MÉRiTAL. — Et cette nouvelle ne vous arrache pas un grand cri de délivrance f

Renée. — Quelle nouvelle f

MÉRTFAL. — Je vous annonce que, tout à l'heure, je ferai condamner ce scélérat!

Renée, — Mais... vous ne m'apprenez rien... Je . le savais, je l'ai toujours su!

MÉRiTAL. — Vous en étiez certaine f

Renée. — Certaine! certaine!

MÉRiTAL. — A ce point f

Renée. — Je mourais d'indignation, mais je n'étais pas plus inquiète que vous-même! Souvenezvous.

MÉRITAL. — Et vous ne montriez pas un peu de tout ce courage pour me réconforter?

Renée. — Mais non! Je ne vous ai jamais menti.

MÉEUTAL. — Vous aviez cette conviction absolue^ cette foi?

Renée. — Oui... Naturellement!

MÉRITAL. — Mais... pourquoi. Renée f

Renée. — Pourquoi?... Pour toutes les raisons! Parce que vous êtes... vous êtes... vous êtes vous!... Il fallait bien qu'au grand jour l'innocence, l'honnêteté, la... la noblesse, soient les plus fortes! C'était i'atal.

MÉRITAL, sourdement. — Oui...

Renée. — Que signifient toutes ces questions? MÉRITAL. — Je ne le sais pas moirmême...

Renée. — Je vous ai déplu?

MÉRITAL.-— Oh I non!

Renée. — Je le vois bien!

MÉRITAL. — Je vous jure que non ! ; Renée. — Alors, qu'y a-t-il?"

MÉRITAL, l'écarUnt de lui, doucement.. — Ma petite

âme... ma petite âme, je ne vous mérite pas!

Renée. — Vous me faites peur!

MÉRITAL, avec tendresse. — Non ! (Il lui prend la main.

Un temps.) Pourtant, ma chérie... (il s'arrête.) Pourtant, vous avez vu que tout le monde doutait de moi?...

Renée. — Tout le monde... Qui?

MÉRITAL. — Mais... jusqu'à mes enfants!

Renée. — Je ne comprends plus! Vos enfants... De quoi ont-ils douté?

MÉRITAL. — Ils sont gagnés par le soupçon. Tout au fond d'eux-mêmes, ils craignei>t... ils craignent bien que je ne sois coupable!

Renée, un grand rire indigné. — 0-O-oh !

- MÉRITAL. — Ils en sont à peu près convaincus 1

Renée. — Comment osez-vous dire une chose pareille?

MÉRITAL. — Quoi ! vous n'avez pas remarqué leurs mines, leur silence, leur gêne affreuse?

Renée. — Mais vous les insultez horriblement! Je les quitte, et...

MÉRITAL. — Non, non! Elle ne s'en est même pas aperçue !

Renée. — Mais je vous jure que...

Elle se tait à cause de la figure bouleversée de Méritai.

MÉRiTAL. -- Elle ne s'en est pas aperçue! Comment aurait -elle faitî Elle ne voit que le beau, cette petite, elle ne voit que le beau !...

tl > d« lannei. biu^qucmcnl.

Renée. — Mais qu'y a-t-ilî Qu'y a-t-ilî II y a qiielqiie chose !... Pourquoi êtes-voiis ainsi t Vous iivez du mail

MÉRITAL. — C'est trop! Cette fois, c'est trop!... J'ai été solide... J'ai tenu tele à la meule, j'ai supporté, sans broncher, la défection des amis, la défiance des miens... mais cette candeur... cette candeur divine... c'est trop !...

Renée. — Que voulez-vous direî Vous me failes une [jeiir atroce!... Je votis uirae!

WÉRiTAL. — Renée, si j'avais été autrefois iiii gamin dévoyé, si j'avais, il y a bien des années, commis une action mauvaise, est-ce que vous m'aimeriez encore T

Renée. — Mais pourquoi me...

S{ÊBITAI.. — Renée, pourriez-vous m'aiœer encore si j'avais... si j'avais voléî

Renée, devinant soudain. — NoQ, non !... Taisez-

VOUG I...

HÉBiTiL. — Si j'avais volé les quatre mille francs à M* DalbeanT

RsNÉE. — Taisez-vous! Taisez-vous!

MÉBITAL. — Trop tard! Je ne peux plus me taire.

Renée. — Je voua en supplie...

MÉRITAL. — .Te ne peux plus!... C'est vrai, c'est la vérité pore. J'ai fait cela.

Renée. — Nonl Je ne veux pas!... Je ne vous eroirai jamais I

MÉRtTAL. — J'ai fait cela, Renée.

Renée. — Non! c'est impossible! c'est faux!.,. Je ne vous crois pas! (implorant.) Ce n'est pas vràif

MÉRITAL, toul bas. — Sî!

Renée. — Oh!

Un silence.

KIÉEiTAL. — Voilà... J'étais bien résolu à me taire, bien résolu ! Et puis, votre confiance et votre amou^ étaient si merveilleux!,.. Moi, je ne pouvais nen yous donner de pareil... Alors, je vous ai donné ça, qui vaut bien plus que ma vie... Je vous ai donné mon

Resée. — Vous... Vous!

Mkrital. — Si j'ai brisé mon bonheur, tant pis pour moi! Je serai bien misérable!... Je ne comjirends pas encore pourquoi j'ai parlé. . Si, je comprends... Ça été... un désir d'^alité morale. Voiis êtes si grande, ma petite Renée... j'ai essayé- de m'étever jusqu'à vous ! (Un aïience.) Maintenant, je Buis forcé de partir.

Renée, égarée. — Vous me laissezT

MÉRITAL. — 11 est l'heure. On m'attend. Il faut que j'aille défendre contre une minute d'aberration les trente années qui ont suivi, trente années tr^ propres, celles-là, très droites!... Et, snrtout, surtout, it faut que je sauve mon nom, le nom et l'honneur de mes enfants, de mes trois petits qui n'ont rien fait de mal... A tout à l'heure, ma Renée! Quand je reviendrai, noua verrons, nous parlerons—

Vous me direz. (Les larmu rericatieiit et l'éloufCcnt.)

A tout à l'heure!

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L'[lLUSTRATION THEATRALE

Rante. UMUl.

- MtrilaJ : • Stye: égale à iiotti-mimtl Comprtntx-moi, appromiti-moi

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