LES TENTATIVES DE BBSTAUBATION S
légitîmUé et la puissance d'un gouverneiDeDt reposent sur d'autres basés que celles des opinions capricieuses et éphémères des factions tour à tour vaincues et triomphantes. Chacun d'eux n'a eu sérieusemeul pour point d'appui que la hiérarchie administrative, seule force constitutive organisée depuis la Révolution. Et celte puissance gouvernementale, sans consistance réelle, se trouvant en lutte plus ou moins ouverte ou sourde avec des sentiments et des dispositions hostiles d'une partie de la nation, il en résultait, dans le fonctionnement de la vie nationale, on ne sait quoi de factice, de contourné et de fallacieux, aussi contraire à son génie que funeste à ses intérêts. Dans de telles conditions, les ministres qui ont eu la chaîne du gouvernement n'eurent jamais entre les raainsqu'un gouvernail mal équihbré. Ils ont tous senti que la nation, docile par habitude et façonnée depuis longtemps au servage administratif, se refusait, au fond de l'âme, à donner au gouvernement établi, quel qu'il fut, le concours d'une entière confiance, d'une foi réelle et d'une commune boiiue volonté. En fait, les établissements politiques ne s'appuient, chez nous, que sur des éléments inconsistants, comme le sont les fantaisies d'esprit d'hommes libérés de tout frein. Ces chimères devaient prévaloir dans un État à base de suffrage universel. Il est facile de comprendre qu'un tel gouvernement devait devenir comme le bouillon de culture des pires excès de la démagogie, et l'instrument des sectes conjurées contre la civilisation chrétienne et contre la France, qui fut, pendant si longtemps, le guide de cette civilisation et son ornement.
L'&SSBMBLÏB NATIONALE
La campagae royaliste s'ouvrît dès te ientleaiaiD de la séparation de l'Asiemblëe. La visite de M. le comte de Pans à Froshdorf en fal le premier acte. Le Prince avait depuis longtemps résolu cette démarche. Elle aurait pu paraître un désaveu de l'usurpation de son grand-père Louis-Philippe en 1830; mais il sut lui donner un caractère tout autre par la noblesse simple avec laquelle il l'accomplit.
Le comte de Paria avait dans toute sa personne un air de droiture et de dignité sans hauteur qui écartait de lui tout soupçon de has calcul et de fausseté. Il n'était pas populaire, sans que l'on sût trop pourquoi; car il était affable, et il avait dirigé principalement ses préoccupations et ses études vers les questions d'ordre social, intéressant spécialement les classes ouvrières. Le duc d'Aumale était le plus populaire des princes d'Orléans, sans doute parce qu'il était redevenu le général d'Aumale, qu'il portait bien l'uniforme et qu'il menait avec un certain faste à Chantilly la vie de grand seigneur. Mais tous les princes d'Orléans, à l'exception du duc de Nemours, semblaient affecter un peu trop la simplicité et l'oubli de leur rang. On voua prend vite au mot dans le monde, quelque rang qu'on y occupe, quand on abdique, et si peu qu'on abandonne de ses avantages. Il est dif&- <ùle d'analyser ce sentiment; mais il semblait que les Princes se faisaient trop les égaux des autres.
Dans la circonstance présente, quoique son intérêt de Dauphin fôt évident, le Prince parut plutôt ohtàe
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LES TEKTATIVES DE HESTAUBATION IT
à son gentiment naturel, et suivre le penchant d'un cœur bien placé, que te prêter à des combinaisons politiques, alors même qu'il en devait profiter. Par là, il se trouvaitsurun même pied avec Mgr le comte de Cbambord qui avait une Ame vraiment royale, et un espnt ouvert à tout, quoiqu'il conservât, en dépit de sa magnanimité, des susceptibilités bien concevables h la suite des événements de 1830, et surtout de la terrible période révolutionnaire.
Ce n'était pas la première fois que l'idée de la fusion des deux branches de la maison de Bourbon avait été poursuivie par les partisans de la monarchie. Après la révolution de 1848, lorsque la France consultée envoya à l'Assemblée Constituante une majorité de députés animés de sentiments de conservation sociale, qui devaient les incliner à l'idée d'une restauration, les principaux chefs des partis royalistes d'alors conçurent le dessein, et aussi l'espoir, d'une fusion de nature & faciliter leurs projets. On voulait rétablir un régime monarchique qui serait cimente par l'union des membres de la famille royale, et par la concorde rétablie entre les royalistes si violemment divisés, après l'usurpation du roi Louis- Philippe.
Dans un de ces entretiens qu'il avait souvent avec moi à la Présidence de la République à Versailles, M. Tbiergme raconta un jour quelques-une» des péripéties de cette tentative de fusion, qu'il me semble intéressant de rappeler. C'est lui qui parle; et je ne prends pas à mon compte la véracité du récit, nî la vivacité des expressions qui échappent dans un entrelien familier et que lui-même eût peut-être rectifiées.
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Quelque temps avant sa mort, Louis-Philippe me fit prier de venir le voir. J'y allai : le roi avait de l'amitié pour moi et moi pour lui. Je le contrariais souvent : mais une fois le mécontentement passé, il me témoignait beaucoup d'attachement. J'y allai par pure déférence, et j'avertis le prince Booapartc, alors Président de la République, du but de mon voyage. Je lui ai dit ce qui était vrai, et a toujours été ma pensée, que je n'allsis pas ea mystère pour faire de la politique, que je n'aimerais pas cette besogne d'émigrés : ce que j'en avais lu de la première révolution m'éloignait de ces intrigues. Non, c'est de la besogne d'émigrés; je sers les princes loyalement : je leur avais donné de bons conseils, l'événement l'a bien prouvé. Mais après, tant pis pour eux s'ils sont sur la terre d'exil, ce n'est pas ma faute. Je ne veux pas me mêler de tout cela, c'est besogne d'émigrés. Je vis le Roi qui était tout plein de cette idée de fusion, et il me pria d'en parler à Hélène; c'est ainsi qu'il parlait de Mme la duchesse d'Orléans. Je ne pus lui refuser ce service; mais je lui disais toujours que je ne ferais que servir de truchemeni, que je ne voulais en rien m'en mêler. J'allai voir Mme la duchesse d'Orléans, nous nous promenâmes ensemble; et il faisait un vent terrible : elle était agitée, passionnée et très opposée à toute idée de ce genre. Elle me donna de très bonnes raisons, et entre autres celle-ci qui me frappa par son grand sens : Ce sont là, dit-elle, des intrigues. Si les événements se modifient, j'irai, quand le moment sera venu, sur le pont de Strasbourg. Je vous appellerai vous et quelques amis, je tous