‹ L'Assemblée nationale de 1871Chapitre 22 sur 53 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

CAUSES DE l'ËCHEC DES NÉGOCIATIONS

Quoique cette lettre laissât une porte ouverte sur l'avenir, les coalisés coasidérèreDt que la partie était perdue. Quelles que fussent les vues particulières des diverses fractions de la Droite de l'Assemblée, la déception fut pour tous d'autant plus cruelle que les illusions avaient été plus grandes.

Tout n'était pas pur d'alliance dans l'élan du parti monarchiste vers une Restauration. A côté des sentiments de joie sincère et d'effusion sans mélange des vieilles familles royalistes qui avaient conservé leur foi et leur fidélité intactes, il y avait dans te camp des allies des dispositions d'âme moins désintéressées. Il s'y mêlait des calculs et des visées personnelles qui furent déçus, sans la cruauté des déchirements produits danf. le cœur des Bdèles par la ruine d'espérances si vives et de vœux si ardents.

Il faut avoir connu des cœurs royalistes pour se rendre compte de ces douleurs sincères, et de la force des sentiments qui les tenaient attachés aux membres de la famille royale. Je n'étais pas moimême étranger à ces sentiments et, lorsque le moment paraissait venu de mettre son bullelin de

LES TENTATIVES DE RESTAURATION al

TOte dans les tiraes du scrutÏD d'où devait lortir la ruine ou te triomphe de la royauté, je subis au fond de l'Ame UQ rude combat.

C'était un puissant principe de vie nationale que cet attachement de tant de familles françaises à celle qui les résumait toutes. Il avait résisté à toutes les révolutions. Il avait résisté — et en cela le devoir féodal s'était transformé en la plus noble des vertus civiques — il avait résisté à l'abandon dans lequel la monarchie, devenue absolue après Henri iV, avait oublié la noblesse de province, la laissant végéter dans un état qui, aux approches de la Révolution, était déjà voisin de la pauvreté, tandis qu'elle réservait ses faveurs, les emplois fructueux et jusqu'à ses titres nobiliaires aux familles, fort honorables d'ailleurs, de la haute Bourgeoisie, qui allait bientôt remplir toutes les chaînes de l'État. Si bien que, aux environs de 1789 et après la Restauration de 1815, les provinces étaient remplies de familles d'antique race, qui vivotaient péniblement sur les quelques débris de leurs anciens patrimoines dispersés et possédés par de nouveaux occupants. La royauté s'était ainsi privée de concours précieux, dévoués, inspires par une haute conception du devoir, et aussi par la ferveur d'un sentiment vraiment filial. Malgré ce délaissement qui ressemble à de l'ingratitude, c'est encore parmi les descendants de cette noblesse dédaignée par les gens de cour, que la Royauté agonisante en 1789, et après la restauration, trouva les cceurs les plus chauds, les âmes les plus ardentes, les courages les plus fiers pour la défendre.

Pour moi, qui ne devais rien ft personne, humble

membre de l'Assemblée souTereine, j'ai pensé qu'après un siècle de tempêtes lamentables, après UD second démembremenl, avant-coureur de la ruine totale, il ne restait plus qu'à rendre la France à elle-même. J'espérais que ses élus, éclairés par tant de leçons, ne songeraient plus qu'à elle, et qu'ils mettraient à profit l'expérience du passé, pour la rétablir dans les conditions vraies de la vie sociale, et remetttre en vigueur les lois de la civilisation chrétienne.

Mais, surtout, je ne croyais pas à la durée d'un tr6ne relevé dans les conditions où se trouvait la France. L'opinion publique était encore imbue de préjugés invincibles contre une restauration monarchique. La France, sortie de l'épreuve de 1870, n'était pas guérie de son mal endémique qu'on peut appeler la phobie de l'autorité, j'entends l'autorité prise en dehors d'elle, comme principe supérieur dominant tes volontés capricieuses de la foule. Elle était plutôt irritée, et comme hérissée contre toute ' idée de ce genre. En haine des auteurs de ses derniers désastres la République lui paraissait être sa revanche. Prévoyant que le trdne restauré ne pourrait tenir contre le Sot des oppositions, je considérais que l'intérêt public défendait de se prêter à une aventure qui n'eut fait qu'aggraver nos maux. Recommencer la triste expérience de 1830 et de 1848, à quoi bonî Le devoir de tout bon citoyen me parut indiqué. Il fallait épai^ner au pays le retour des épreuves subies pendant tout un siècle, et en finir avec les tentatives avortées de restaurations qui ne seraient pas préparées, faites et soutenues par une vraie toi populaire.

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