‹ L'Assemblée nationale de 1871Chapitre 33 sur 53 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

AFFAIRES RELIGIEOSES

Durant l'année 1874 presque entière, l'AEsemblée nationale parut Be mettre comme en sommeil. La majorité du 24 mai, Bans renoncer à ses espérances monarchiques, comprenait qu'elle ne pouvait, pour le moment, y donner suite; et la Gauche, incertaine et divisée sur les détails d'une Constitution à faire, doutant aussi d'obtenir un vote décisif en faveur de la République, aimait mieux rester sur ses positions que d'engager la lutte suprême. En vertu d'une sorte de convention tacite, le Centre Gauche avait seul les allures d'un parti actif. Par la force des choses, et sous le Régime bybride qui portait le titre de Répubbque, ce groupe représentait en quelque sorte le gouvernement de l'opinion, tandis que le ministère et ses amis semblaient être le parti de l'opposition. Cette anoroaUe donnait à toute la machine gouvernementale un air de mécanisme à faux. Elle était une cause d'impuissance pour tout le monde.

Pendant cette sorte d'interrègne, la question reli-

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gieuse, qui est au fond de toutes nos agitations intestines, devait devenir l'aliment offert à l'activité de tous les partis. Les élections de l'Assemblée nationale avaient fait naitre des espérances heureuses de retour à une sorte de restauration rclitjieuse, que beaucoup de gens considéraient comme on gage de la réparation de nos malheurs. On avait pujuger, d'autre part, qu'une fraction considérable du côté gauche était animée de sentiments plutôt hostiles, sans que l'on connût bien alors l'ardeur de leurs dispositions à cet égard, et la perversité de leurs desseins. L'antagonisme entre les deux principes devait se manifester avec violence, dès que la Révolution du 24 mai, se réclamant de l'Ordre moral, parut mettre la Religion en jeu dans cette aventure. Parune sorte d'amalgame impie, on associait à ce qu'il y a de vrai dans les principes d'ordre moral, des intentions politiques essentiellement contraires à l'ordre véritable, puisqu'ils tendaient à la ruine des instilutions établies. Et ce mélange révoltait les âmes droites, qui souffraient de voir les choses de la religion mêlées à des manœuvres politiques d'un caractère fort peu louable.

L'ordre moral impliquait, dans l'opinion commune, une affirmalion très nette des droits de l'Église dans la direction morale de la nation, dans l'enseignement, dans le culte, dans toutes les manifestations enfin de la vie publique. Ainsi entendu, l'Ordre moral était bien nommé; mais, du jour où l'on en ferait une arme de guerre contre le gouvernement établi,

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il deTait perdre son titre. L'ordre moral eut le tort plut grave encore de fvîre naître des conflits arec des nations paissantes et Toisines : l'Italie, d'une part, l'Allemagne, de l'autre, où le prince de Bismarck arait prîîcisément décbatné une rentable tempête dans l'ordre religieux, et menait, avec sa brutalité de Prussien, une persécution violente Contre le catholicisme.

Que l'attitude, les paroles, les actes mêmes du parti catholique de France et de ses représentants qualiBés dans l'Assemblée aient alors suscité un mouvement de mécontentement et de recul dans le pays, et aient produit un effet contraire au but que l'on ponrsuivait, cela était inévitable. Qu'une telle conduite ait favorisé tes projeta des ennemis de l'Église, qui profitaient de ces fautes pour l'incriminer, et pour la représenter, aux yeux du gros public, comme une ennemie de la République et du pays lui-même, menacé dans son désir de la paix, par de tels actes d'ingérence dans les attires du dehors : cela n'est pas douteux. Mais, ce qui met bien en lumière l'iniquité des partis, même de ceux des partis que leur orthodoxie retif[ieuse devrait préserver de toute iojuslice, c'est qu'ils accusaient alors le parti libéral républicain conservateur de se constituer l'ennemi de l'Église, pour s'être élevé contre leur faute de tactique. Leur inimitié, bien peu évangélique par parenthèse, dure encore contre les demeurants des partis de ce temps-là. Celle malveillance est d'autant plus singulière qu'elle n'a jamais atteint les membres de la Droite et le gouvernement lui-même du Maréchal, qui fut pourtant mis dans l'obligation

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de combattre vigoureusemeat les intrépides ligueurs d'alors ; intrépides si l'on veut, mais bien mal babiles aussi, et qui, en justifiant ou du moins en rendant possible la levée de boucliers suscitée par leur imprudence, ont fait autant de mal à l'Église de France qu'ils avaient l'intention de lui faire du bien.

Une première querelle s'éleva entre le gouverne' ment de M. de Broglie et la fraction ullramontaine des partis politiques français. C'était A l'occasion de la présence dans le port de Civita-Veccfaia du bâtiment, FOrénoque, qui avait été mis à la disposition du Saint-Père. Le commandant du navire, qui avait fait sa visite officielle au Saint-Père, le 1" janvier, avait fait également visite au roi d'Italie. De là, grande colère, qui donna lieu à la démission de M. de Bourgoing, notre ambassadeur près du roi d'Italie, et à son remplacement par M. de Noailles. Immédiatement après cette première levée de boucliers, le haut clei^é français en fit une seconde beaucoup plus grave. Le prince de Bismarck avait ouvert sa campagne contre l'Église catholique allemande, on sait avec quelle brutalité et avec quel mépris du droit. Un évéque, Mgr Ledocbowski, archevêque de Posen, avait été emprisonné et frappé d'une amende énorme. Bref, la persécution était ouverte et ardente. Le pape Pie IX, dans une encyclique du 21 novembre, avait protesté. Les évéques de France, s'emparant de cette encyclique, en firent le texte de leurs réclamations auprès des catholiques

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de France; et leur langage dépassa toute i surtout quand on songe qu'il s'adressait à l'ennemi héréditaire, le prince de Bismarck. C'est ainsi que l'évéque de Nîmes, l'un des prélats les plus distiofjués du clergé français, disait :

« Quoi de plus abject que cette haine des Césars Pontifes... et cette préférence passionnée de leur religion d'État pour des instruments déshonorés (les vieux catholiques). L'Allemagne de Bismarck a voulu continuer cette tradition de bassesse et d'immoralité. ■

En vain, M. de Fourtou, ministre des Cultes, avait-il adressé aux évéques une circulaire par laquelle il leur demandait mutuels entre les États qui de modérer leur zèle. En vai sages, tels que t'archevéqi taient-iU de leur patriotism presse ultra-catholique se excès de langage. L'organe Bismarck, ta Gazette de t entendre des menaces. « L français contribuent pour li la France et nous des différ chions point... Du moment avec Rome, elle devient noi France soumise à la théoci liable avec la paix du mond<

Le gouvernement crut n ordre du gouverneur de Pa de siège, le journal de M, L fut suspendu pour deux

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mÎDistre des Affoiree Etrangères, M. le duc Decazes, à propos d'une iaterpellation de M. du Temple, au sujet des a&ires d'Italie, £t des déclarations ayant trait, sans la nommer, à l'Âtlemagne-

B Entourer d'un pieux respect, disait-il, d'une sollicitude sympathique et fidèle le Pontife Auguste auquel nous unissent tant de liens, en étendant cette protection et cette sollicitude à tous les intérêts qui se relient à l'autorité spirituelle, k l'indépendance et  ta dignité du Saint-Père : entretenir sans arrièrepensée avec l'Italie, telle que les circonstances l'ont faite, les relations de bonne harmonie, les relations pacifiques et amicales que nous commandent les intérêts généraux de la France... Voilà, messieurs, toute noire politique en Italie.

■ Je pourrais ajouter que notre politique générale, dans le monde entier, s'inspire des mêmes préoccupations et des mêmes mobiles.

e Nous voulons la paix... Pour l'assurer, nous travaillerons sans relâche à dissiper tous les malentendus, à prévenir tous les conflils ; et nous la défendrons aussi contre les vaines déclomatïons, d'où qu'elles viennent. ■

On voit par U ce que vaut l'imputation d'avoir suscité et d'avoir fomenté la guerre religieuse chez nous, imputation dirigée contre le parti républicain, c'est-à-dire contre les hommes du Centre Gauche qui avaient, à cette date précise, la responsabilité de la conduite de ce parti. Ce fut M. de Breglie qui dut s'élever contre les excès de conduite et de langage du haut clergé. On n'aperçoit même pas que M. de Broglie et ses amis aient dirigé leur politique

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Ht l'assehblSe nationale

ÎDtérieure dana le aens de la restauration des idées religieuses dans l'Etat. It serait même plus rraî de dire qu'ils présidèrent, avec une sérénité parfaite, à la prise de possession de l'esprit public par la philosophie négalire ou sceptique. Leur action sur l'enseignement, particulièrement dans tes hautes sphères de l'Université et même dans les chaires des collèges, ne se fit sentir nulle part.

Quoique la crise religieuse, qui est proprement le vrai problème social de ce siècle, fût déjà ouverte, on ne soupçonnait pas encore, il est vrai, toute sa portée ni sa gravité. C'est beaucoup plus tard que la Fraoc- Maçonnerie entra en scène. Encore ne le fit-elle pas ouvertement tout d'abord. On l'a vue à visage découvert, sous le triumvirat Loubet, Waldeck-Rousseau et Combes. Et depuis lors, elle marche, bannière déployée et le verbe haut, à la conquête de l'Église catholique d'abord, et par voie de conséquence à la ruine de la nationalité française. Tel avait été, au seizième siècle, le caractère de la Réforme, entreprise essentiellement antifrançaise : si bien que Henri IV ne fit triompher définitivement la cause nationale que lorsqu'il devint le roi catholique de la France. De nos jours, nous avons vu Anglais, Allemands, Juifs faire cause commune avec les anarchistes de toutes les contrées du monde, pour iwmbattre l'Eglise catholique sur la terre de France, c'est-à-dire le catholicisme lui-même, dont la France est le soldat né.

Mais à la date précise où nous sommes, en 1874, cette guerre n'était menée par les factions ennemies que sourdement; et personne, parmi noue ni parmi

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les amis du ministère, n'en soupçonnait le vrai caractère et le but. Ce qu'il importe à la vérité historique de dire, à la décharge de ceux qui ont essayé d'implanter en France la République, c'est que ce ne sont pas eux qui exercèrent, les premiers, des actes de répression contre les exagérations d'un zèle religieux au moins intempestif; ce furent les Conservateurs, qui agirent d'ailleurs par raison d'État incontestable. C'est nous pourtant que l'on accuse d'avoir fait la guerre à la Religion. Et telle est la justice des partis.

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