‹ L'Assemblée nationale de 1871Chapitre 37 sur 53 · II · texte numérisé non relu

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sans être frivole, elle a le go6t des loisirs, et elle est impropre à cette tension d'esprit et de volonté qu'exigent les luttes politiques; et en£n avec le pli contracté après quatorze siècles de monarchie, on peut se demander si cette nation est capable de vivre sous un Régime qui exige des vertus si contraires à tous ses penchants, surtout sous la forme démocra* tique. Pour en faire un gouvernement digne de ce nom, il eât fallu le concours de toutes les classes de la nation : elles s'y sont refusées. Les républicains» de leur côté, se sont appliqués à corrompre et à déformer la démocratie, au lieu de l'éduquer, et de lui inculquer les vertus nécessaires à qui prétend au gouvernement d'une République. La nôtre devait fatalement, en suivant sa pente, glisser jusqu'aux bas-fonds et devenir l'instrument de la tyrannie sectaire qui s'appuie sur la multitude. Sans doute faudra-t-il, pour qu'elle se relève, que la France subisse des calamités qui lui auront appris la nécessité, et lui auront redonné legoùt de l'Autorité librement acceptée.

H La dissolution, disait encore M. Thiers, est, au fond, la seule solution raisonnable, ou, si l'on veut, l'appei au pays; mais le moment n'est pas encore venu. B Ce serait aii retour des vacances après Pâques; il faudra mettre l'Assemblée en demeure de se constituer ou de se dissoudre, u

Et, faisant un retour sur lui-même. «Ma gloire, me dit-il, sera d'avoir tiré mon pays d'une situation horrible, je crois que l'histoire m'en tiendra compte, mais je ne voudrais pas avoir donné un coup d'épée dans l'eau comme Gavaignac, qui d'ailleurs a com-

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mis tant de fautes. Nous devons fonder un gouvernement, et je voudrais être le Washington de la France. Mais, je suis vieux, j'aime mes études. Je vis heureux, j'aimerais autant qu'un autre occupât le fauteuil du Président, pourvu... pourvu qu'il fût dans nos idées, et qu'on fût assuré de sa fidélité, un homme comme Grévy, comme l'amiral Pothuau me conviendrait parfaitement. Il faudrait réorganiser ce pays-ci, et je crois. — je le dis sans orgueil — que seul je connais assez les affaires pour faire cette réorganisation. Qu'y a-t'il à faire pour te vote des impôts? — on discutait en ce moment-là le hudget. — Il y a une lutte entre la conscience des Français qui exige que le hudget soit mis en équilibre, et celle autre pensée, l'intérêt de la France, qui voudrait que ce gouvernement fût renversé. Mais, moi je suis maniaque — j'ai une manie — j'ai la manie de la France. 11 y a quelquefois des savants avec qui je vis qui me disent : Laissez donc tout cela tranquille, a'avez-vous donc pas fait l'expérience de l'ingratitude? Pourquoi vous tourmenter davantage?... Eh! oui, mais quand je vois ces gens-là mettre tout en désordre, c'est plus fort que moi, j'entre ea rage et je n'y puis tenir... Je suis navré quand je vois commettre les fautes qu'ils vont commettre, et l'argent qu'ils vont jeter inutilement par les fenêtres pour les fortifications... Cela me désole... Ce qu'il faut... ce sont des effectifs. L'Assemblée nationale devrait consacrer ses sacrifices en effectifs. C'est par les effectifs bien préparés que les armées sont puissantes, o A cette époque précisément, fin mars 1874, l'As-

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semblée natioDsIe discuta la question des fortifications de Paris. La commision, dont le général de Chabaud-Latour était le rapporteur, avait conçu un plan qui faisait de Paris un immense camp retranché. M. Tbiers fit, A celte occasion, sa réapparition à la tribune. Il combattit le projet, en faisant surtout ressortir le danger de concentrer toute la défense de la nation sur un point unique, qui serait la capitale. Il lutta en vain. Ce fut l'autorité de la commision technique qui l'emporta.

L'Aseerobtée nationale traversait alors une période singulière. 11 apparaissait à tous les gens de bon sens qu'elle n'avait plus qu'une chose à faire : constituer un gouvernement et s'en aller. Et en même temps, on sentait qu'elle ne pouvait se décider à prendre son parti de mourir. Mille rumeurs, et des propos tenus donnaient l'idée de la grande confusion d'esprit dans laquelle elle se trouvait. La plupart des députés qui avaient contribué à la fondation du Septennat se défiaient les uns des autres; et chacune des fractions du parti triomphant suspectait les autres.. M. le duc Pasquier fulminait contre le ministère qui, disait-il, « livre tout aux Bonapartistes. Ce n'est pas pour cette besogne que je les avais unis là. » Et comme M. de Salvandy, fils de l'ancien ministre de Louis- Philippe, qui était de nos amis, très galant homme, et d'humeur indépendante malgré ses attaches monarchistes, reprochait & M. de Broglie de gouverner dans le sens du

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premier Empire. « Eh! bîeni répoodit le duc, j'aime encore mieux l'Empire que d'être pendu, a

Ce n'élait qu'une boulade sans doute, mais pourtant suggestive.

Chacune des fractions de la majorité gouverneraentale surveillait avec inquiétude ses rivales, et accusait le ministère de favoriser tel parti au détriment des autres. Et au surplus, l'embarras de savoir comment on sortirait de cette impasse se faisait sentir dans toutes les parties de l'Assemblée.

Les vrais royalistes entendaient donner au Septennat une interprétation qui en eût fait un gouvernement à terme; et le terme, dès ce moment fixé, . devait être l'avènement du Hoi.

M, Grévy penchait pour la dissolution de l'Assemblée; et M. Littré, & qui je demandais s'il voyait le moyen de sortir de cet imbroglio, me répondit : Il qu'il n'en apercevait pas; que la majorité est résolue à ne pas s'en aller, et qu'on ne pouvait attendre ni pressentir une solution paciSque n .

Les rivalités des partis coalisés au 24 mai eurent alors un résultat assez amusant. Ils s'attachaient tous à démontrer l'inanité de leurs œuvres. Mais au premier rang, les organes officiels du parti légitimiste, l'Union et la Gazette de France, protestaient contre toute prétention qu'auraient les auteurs et les bénéficiaires du 24 mai de donner au Régime qui en était issu le caractère d'un gouvernement déSnitif, pour une durée de sept ans. Il y avait quelque chose de singulier, en effet, dans cette antinomie : du déEaitif et une durée limitée. Ils admettaient bien le provisoire, mais à condition qu'il ne fût pas définitif,

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même pour une durée limitée, et qu'ils pourraient y mettre fia quand il leur plairait, c'est-à-dire quand ils pourraient restaurer un trône, et y faire asseoir lu Roi. En un mot, ils contestaient la valeur et le sens du Tote qui avait créé le Septennat.

Si, par un effort d'esprit, on sépare le Septennat des circonstances qui l'avaient fait naître, il apparaît bien comme une inventioa hybride, créée en vue de méuager des espoirs imprécis el tous contradictoires. C'était une tente exposée à tous tes vents, à l'abri de laquelle tout au plus pensait-on vivre. La meilleure volonté du monde, celle du Maréchal, celle même, qui fut par instants sincère, de M. le duc de Broglie n'y pouvait rien. L'instabilité et l'impuissance du gouvernement dérivaient de sa nature même.

De son côlé, et au nom du parti bonapartiste, dont il était le chef autorisé, M. Bouher, comme nous l'avons vu, recommandait de respecter le Septennat, mais à la condition que le Septennat couvrirait la préparation au retour de l'Empire. Et presque au même moment, M. Thiers avait rappelé la nécessité de fonder la République.

Le Centre Droit, qui avait été le créateur du Septennat, entendait être le bénéficiaire de cette chinois série, qui ressemblait à une malice entre rivaux plue qu'à un acte vraiment poUlique.

L'imbroglio menaçait de tourner en crise ouverte et violente. On crut nécessaire de faire intervenir le Maréchal lui-mém«.

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Daag une visite qu'il fit le 4 février à la Chambre de Commerce de Paris, il dit :

« Le 19 novembre, l'Assemblée nationale m'a remis le pouvoir pour sept ans. Mou premier devoir est de veiller à l'exécution de celte décision souveraine. Soyez donc sans inquiétude. Pendant sept ans je saurai faire respecter par tous l'ordre de choses légalement établi. ■•

De son côté, te duc de Broglie disait à la Commission des Trente, chargée de préparer les lois constitutionnelles : Nous sommes pressés par le lemps; d'ailleurs, les Pouvoirs du Maréchal donnent lieu, dans ta Presse, à des commentaires, à des suppositions età des discussions de toute sorte, lesquelles ne laissent pas de créer une certaine agitation. Tout cela tombera, lorsque te gouvernement établi par le vote de l'Assemblée sera constitué par des lois organiques. »

Enfin, il parut nécessaire aux membres de la Gauche de l'Assemblée de couper court à des interprétations équivoques, nées des prétentions contradictoires des partis. Une demande d'interpellation à ce sujet fut déposée par Gambetta, interpellation que Ghattemel-Lacour développa le 18 mars.

■ Nous réclamons, dit-it, la même soumission à ta loi de la part de tous ceux qui, comme nous, ont été lésés dans leurs espérances, et particulièrement des monarchistes. En votant la loi de prorogation, il semble que beaucoup d'entre eux aient eu la prétention, parles lois organiques ultérieures, non pas de régler les attributions du Pouvoir présidentiel, mail même de les remplacer, u

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• C'est vrai •> , dit une voîx au Centre. M. Challemel- Lacour déposa sur le bureau du Président les deux questions BuÎTantei, comoie conclusions de son discours : •

aEn déclarant, le 22 janvier, le pouvoir Septennal élevé au-dessus de toute contestation, le ministre avait-il entendu déclarer que toute tentative de restauration roonarcdique était interdite?

B Le Ministère ne se propose-t-il pas de veiller à l'exécution des lois destinées & refréner toute tentative ayant pour objet de changer le gouvernement établi? n

La réponse de M. de Broglie fut embarrassée et équivoque. M. de Casenove de Pradine releva hautement cette équivoque au nom du Rot. Il affirma que le Septennat disparaîtrait le jour oii le Maréchal se démettrait devant le Bot rentré en France. Pour ma part, dit-il, je suis bien tranquille à cet égard, je ne crains pas que le Maréchal de Mac-Mahon fasse attendre le Boi de France acclamé par vous à la porte du Septennat, et qu'il s'écrie comme à Malakoif : J'y suis, j'y reste. Un patriotisme, non moins héroïque, dont son passé nous est garant, lui dicterait, soye^cn certains, une réponse toute différente. »

<i Cette opinion est personnelle au préopioant et n'engage pas le Gouvernement, se borna & riposter le duc de Broglie.

Mais, dès le lendemain, il crut nécessaire de faire intervenir le Maréchal lui-même. Cne lettre, & lui adressée, parut 8U Journal officiel.

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. Venaill«a, 19 mai 1B74.

« Monsieur le Duc,

a Je viens de lire les paroles que vous avez prononcées hier à la tributie de l'Asseinblée nationale.

M Elles sont conformes au langage que j'ai tenu moi-niénie, à MM, les Présidents du Tribunal et de la Chambre de Commerce de Paris. Je lui donne une entière approbation, et je vous remercie d'avoir si bien compris les droits que m'a conférés et les devoirs que m'impose, pendant sept ans, la confiance de l'AsEemblée.

a Veuillez agréer, monsieur le Duc, la nouvelle assurance de ma haute considération.

H Le Président de la République, « Maréchal de Mac-Mahon. ■

Et enfin, M. de "Fourtou, ministre de l'Instruction Publique, dans un discours prononcé à la distribution des prix de l'Association polytechnique, crut devoir déclarer : ■ Le Gouvernement du Maréchal, issu de la volonté souveraine de l'Assemblée nationale... quels que soient ses conseillers, protégera, soyez-en sûrs, pendant sept ans, de sa fermeté et de sa prudence, le développement régulier des affaires publiques. '

Mais la force des choses était plus forte que toutes ces déclarations. Le Septennat, qui semblait avoir été créé comme une trêve entre les partis, était en réalité une lice ouverte dans laquelle ils ne cesseraient de lutter entre eux pour la prééminence.

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En Taio le ministère se portait fort du caractère de ce gouvernemental terme. Le minisire de la juslice, M. Depeyre, dut, lui aussi, envoyer une circulaire j aux procureurs généraux, où il disait : ' Lorsque l'Assemblée natîoaale a prorogé pour sept ans la duréc]des pouvoirs du Maréchal de Mac-Mahoo, elle a entendu placer ces pouvoirs et leur durée au-dessus de toutes contestations. Ces lois (les lois constitutionnelles) seront prochainement soumises à l'eza- j men de l'Assemblée nationale ; mais quelles qu'elles i soient, le pouvoir lui-même du Maréchal ne peut être contesté. «

Un légitimiste ardent, M. d'Aboville, un des huit qui avaient refusé la prorogation du pouvoir du Maréchal, fit entendre ta protestation de ses amis { politiques : » M. le maréchal de Mac-Mahon, écrivait-il dans le journal Tf/niveri, a manqué aujourd'hui une belle occasion de garder le silence... Plus d'illusîoos : d'ici à deux mois, M-leducdeBroglieva nous proposer d'organiser la République septennale et de reprendre l'œuvre inaugurée le 21 février IS73 par son rapport lu au nom de la Commission des Trente, interrompue au â4 mai. Mais alors, pourquoi avoir renversé M. Thiers? Sous son principal, notre commerce intérieurlaoguissait moins ; et la France n'était pas plus insultée à l'étranger qu'elle ne l'est aujourd'hui. D

La discorde allait de plus en plus sévir entre les coalisés du S4 mai, et M. de Broglie s'enlizait en quelque sorte dans le Septennat, par les déclarations officielles qu'il se trouvait amené à faire.

De son c6té, la Droile royaliste de l'Assemblée ne

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voulait pas être liée à cette durée de sept ans. Elle profilait de toutes les aspérités qu'elle trouvait sous la maîo pour s'arrêter daas sa cbule.

C'est ainsi qu'à la suite du vote par lequel l'Assemblée avait reporté à une date ultérieure les élections municipales, M. le marquis de Franclieu apporta à la tribune un projet de résolution appuyé sur cette considération : «que l'Àsseniblée nationale était revenue sur sa propre loi volée en 1871 fixaDl la durée des conseils municipaux élus, à trois ans, qu'elle pouvait donc modifier à son gré, même les lois qu'elle votait; qu'ainsi elle pouvait revenir sur la loi en vertu de laquelle elle avait créé le Septennat. ■ M. Buffet ne l'autorisa pas à lire celle proposition à la tribune. Mais dès le lendemain, un membre de l'Estréme Droile, M. Dahirel, un type de vieux royaliste irréductible, que l'on rencontrait dans les couloirs du Palais de Versailles, en veste courte de Breton, fumant sa petite pipe en bois, déposa sur la tribune une proposition de loi ainsi conçue :

B Le 1" juin prochain, l'Assemblée se prononcera sur la forme du Gouvernement détiDitif de la France. Le vote aura lieu à la tribune par bulletin écrit et signé, x Dans l'exposé des motifs de sa motion, il rappelait que quatre-vingts membres de l'Assemblée avaient formulé une demande de dissolution pour le 15 juillet prochain, mais surtout il faisait ressortir l'impossibilité de faire une œuvre coostitutive, sans avoir, au préalable, choisi une forme de gouvernement. — Grand émoi dans le camp ministériel ! Comment s'opposer au vote d'une proposition nettement royaliste? La Droite, par l'organe de M. de Kerdrel,

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s'y opposa pourtant. Au fond, M, Dabirel, comme royaliste pur, ennemi de toutes les petites combinaisons de couloirs, qu'on appellerait plus exactement des coulisses, gênait les opérations des fractions de la Droite et du Centre Droit, qui entendaient user, chacune à leur profit, de l'équivoque inhérente & la conception du Septennat.

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