CHAPITRE X
PREKIÉRE DÉLI8ÉHAT10K DE tA LOI SDH LA LIBERTÉ
DE l'enseignehbnt SDPËBIEQR
L'année 1874 traversée pénible ment par l'Assemblée nationale, qui ne pouvait se résoudre ni à constituer ni à mourir, était enfin arrivée à son terme. Lorsque les séances furent reprises, M. le Maréchal envoya un message plein d'intentions conciliantes. Une fois de plus, il s'efforçait de définir le Septennat. Ce serait une période de pacification, et il feisait appel à la bonne volonté de tous les partis pour lui donner le caractère d'une trêve politique.
Le malheur était que le Maréchal s'adressait à une réunion d'hommes qui, plus que jamais, ne rêvaient que bataille. Tous sentaient bien que l'heure était venue, et qu'il fallait prendre un parti; et, à vrai dire, les diverses fractions de l'Assemblée ne savaient trop à quoi se résoudre.
Toutefois, une question restait en suspens, de celles qui préoccupaient le plus justement l'Asseni' blée nationale. C'était la question de l'enseignement supérieur, que les vrais libéraux d'alors désiraient résoudre dans le sens de la liberté. Cette question ne devait recevoir de solution définitive qu'un peu
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plus tard; maU dès ce moment même elle fut mise à l'ordre du jour; et, dans cette première délîbératioQ, OD eût pu surprendre la pensée capitale de la fraction jacobîue du parti républicain, celle qui a sans cesse inspiré et guidé le Gouvernement, à partir du jour où il tomba entre ses mains.
Si, en effet, les préoccupatîoos du jour avaient permis de pénétrer les vraies intentions de la fraction avancée du parti républicain, on aurait pu pressentir, dans le discours que prononça alors M. Chailemel-Lacour, la guerre non encore déclarée ouvertement, mais annoncée, sur le terrain religieux. M. Challemel-Lacour découvrit dès ce moment la raison profonde et irrémédiable de la division intestine qui déchire aujourd'hui la France, et qui n'apparut alors à nos yeux inattentifs que comme un léger dissentiment, élevé entre les partisans d'une même cause.
u A ne consulter, disait-il, que la lettre du projet, on dotera la France d'une liberté nouvelle, dont l'usage est offert à tous; mais ce serait un vain enfantillage de feindre d'ignorer que le seul intérêt en question est celui de rËfilise catholique. Les universités calhohques voudront préparer dans les futurs médecins, avocats, magistrats, des auxiliaires de l'esprit catholique, qui mettront au service de l'Église tous les moyens d'action que leur fourniront leurs professions. Ils ne se contenteront plus d'être des croyants, ils seront des apôtres. Ils chercheront à soutenir et ô appliquer les principes du Syllabus qui aura été inculqué à leur jeunesse. Or, la France, dans sa très grande majorité, considère les proposi-
lit L'ASSEMBLEE NATIONALE
tioDS condamnées par le Syllahus comme tes fondements mêmes de notre société. Je sais, ajoute-t-ii, que les catholiques condamnent ce qui se passe en Europe comme une iniquité. Il est certain que ce qui triomphe en ce moment, c'est l'esprit laïque; et que les gouvernements croient devoir se défendre contre les menaces, les envahissements et les rébellions de l'esprit catholique. Ëb! bien..., je demande s'il est sage, en face de l'Europe ironique et irritée, de nous constituer les champions du catholicisme, i'avant-^arde d'une restauration catholique. •<
On n'y prit pas assez garde. C'était tout le plan de campagne de la guerre dès ce moment commencée, mais dissimulée sous l'apparence des vaines querelles des partis politiques. Tel est, en effet, le caractère de la lutte ouverte dans le monde contemporain : lutte purement religieuse, dans laquelle le catholicisme est principalement et presque uniquement en jeu, comme le protagoniste de l'idée religieuse contre la raison humaine, érigée, elle aussi, à la hauteur d'un dogme par la Révolution française.
C'est la Franc-Maçonnerie qui, pendant tout le siècle écoulé, et jusqu'à ces derniers temps, mena cette lutte sourdement et sournoisement, jusqu'à l'heure où elle s'est vue triomphante, et où elle a découvert hardiment et son visage et ses batteries, c'est-à-dire jusqu'à l'arrivée au pouvoir, en 1898, de M. Waldeck-Bousseau. Sa tactique a consisté à opposer ce qu'elle appelle l'affranchissement de la raison à l'esprit de foi. Par concession temporaire pour les faibles d'esprit et pour les tenants de la politique semi-révolutionnaire, elle avait toléré d'abord
LE septebnat ns
une sorte d'équilibre entre ta foi et la raison affranchie, BOUS le terme équivoque de libéralisme. Mais quand elle se crut maîtresse, elle décréta, par un Syllabus à rebours, qu'il n'y avait aucun accord possible entre la liberté et la foi. C'est dans celte vue machiavélique, qu'elle employa toutes ses ruses et tous ses procédés de persuasion à montrer, dans le Syllabus romain, une sentence d'excommunication émise contre les libertés politiques, tandis que Rome n'a jamais songé à condamner les libertés politiques, considérées comme un procédé de gouvernement. Lorsqu'il prononça son discours, Ghallemel-Lacour était dominé par l'erreur commune, qui était celle de l'Université d'alors, de l'École normale d'où il était sorti, et des fractions dites libérales des partis poUtiques. 11 n'est pas avéré pour moi qu'il ait conservé cette erreur jusqu'à la fin de sa vie. Mais à l'heure où il en faisait l'inspiration de son discours, elle avait pénétré jusqu'aux moelles presque toutes tes générations nourries des idées universitaires de l'époque. Grâce à l'équivoque entretenue comme un moyen de guerre dans l'interprétation du Syllabus romain, la Franc-Maçonnerie avait cheminé dans les intelligences en les enténébrant, et dans les âmes en les corrompant. Elle dénaturait les notions les plus simples, admises jusqu'alors comme des axiomes par le clair esprit français; elle dénaturait jusqu'à la langue si précise et si claire aussi, mais qui est devenue énigmatique et à double sens; si bien que les Français eux-mêmes, quand ils s'entretiennent de leurs propres affaires pohtîques, ne se comprennent plus entre eux. Telle était déjà, à cette époque, l'action de la
FniDc-MaçonDerie, qui eut tourner à l'avantage de son œuvre de ténèbres la notion si chère aux Français de la liberté, mais notion faussée, adultérée et déguisée sous le nom fallacieux de libéralisme. Les ennemis de notre race, qui tendent à la détruire dans ses éléments essentiels, son culte, sa langue et son esprit militaire, ont travaillé dans l'ombre jusqu'au jour où, se croyant décidément maStres de la place, ils ont réédité le mot de leur maitre :
• La maison est à nous, c'est à vous d'en sortir, n Toutefois, à l'heure où nous sommes, à la £n de 1874, l'état de l'esprit public et l'état des choses étaient loin de ce qu'ils sont devenus depuis. L'Assemblée nationale, très libérale dans sa majorité, vota le principe de la liberté de l'enseignement supérieur. Plus tard, quand se représenta la question en seconde lecture, la discussion reprendra plus générale et plus passionnée encore, lorsqu'elle se ' produira sous la forme de ta collation des grades.
i.Goo'^k'