‹ L'Assemblée nationale de 1871Chapitre 46 sur 53 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

VOTE DE LA LOI SV» LA LIBERTE DE l'eNSEICNKHENT SUPÉRIEUR

Pendact les vacaoces de l'Assemblée les députés avaient ]m se convaincre que le pays attendait, et non sans impatience, la mise en œuvre de la Cens- , tîtution nouvelle. Ils revenaient à Versailles avec la j volonté d'achever les derniers travaux de l'Assemblée nationale, comme complément de la Cobstitututton déjà votée. Mais avant de se mettre A la besogne, et pour biea marquer leur désir d'en finir, iU décidèrent, dès le jour de la rentrée, le 13 mai, qu'il n'y aurait plus d'élections partielles destinées A remplacer les membres de l'Assemblée nationale qui cesseraient d'en faire partie, soit par la mort, soit par démission. Ils coupèrent les ponts derrière ; eux.

Mais il Fallait en finir avec l'œuvre constitutionnelle Dans ce but, M. Dufaure apporta à la tribune les projets de loi destinés à régler le fonctionnement du Pouvoir Présidentiel, l'oi^anisation du Sénat et Pélcction de la Chambre des Députes. Il parut impossible, même à l'ancienne majorité, de faire préparer ces lois par la Commission qui avait repoussé la Coqs-

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titution; toute résistance était brisée. On résolut de faire élire par l'Asseniblée aationale, et directemenl, les trente membres de la Commission nouvelle. A la suite des scrutins ouverte dans la séance du 27 mai, la Commission des Trente fut ainsi composée.

Un membre de l'Union républicaine : M. Cazot.

Six membres de la Gauche républicaine : MNf . Duclerc, Albert Grévy, Jules Ferry, Humbert, Le Royer et Jules Simon.

Douze membres du Centre gauche : MM. fiethmont, Cristophle, Delorme, Laboulaye, de Marcère, Krantz, comte Rampon, Ricard, Ernest Picard, Schérer, Vacherot et Waddlngton.

Sept membres du groupe Lavergne : MM. Adrien Léon, Raze, Reau, Cézanne, de Lavergne, Luro et Voisin.

Trois membres du Centre droit (groupe de Clercq) : MM. Adnet, Delsol et Sacaze.

Un membre de la Droite modérée : M. de Sugay.

M. Léonce de Lavergne fut nommé Président. La commission indiquait, par ce chois, son intention de préparer les lois constitutionnelles complémentaires, dans le sens et selon l'esprit de la Constitution ellemême.

M. Charles de Rémusat était mort le 6 juin. Sa QQOrt fit un grand vide dans la République naissante. Il représentait parmi nous, non seulement un écrivain qui avait marqué sa place, même à une époque de rayonnement littéraire comme l'avaient été la Restauration et le. GouyernemenL de Juillet, mais encore

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un type complet d'une race d'hommes politiques qui étaient, semblait-il, destinés à rattacher l'ancienne France&la nouvelle, parla tradition des mœurs etdet manières, par l'urbanité et la ^ce de l'esprit jointes à une ouTcrture plus grande de pensée, et à unecertaine liberté dans la conrersation qui tenaient det temps nouTeaux.

A la fois ancêtre et contemporain, avec une supériorité d'intelligence qui le désignait pour être un chef, il eût pu servir de lien entre le vieux temps et la société politique moderne, s'il n'avait trouvé une résistance teintée d'une sorte de répudiation ches les hommes du passé, et chez les générations nouvelle» une défiance déférente ; peut-être aussi, de son côté, quelque dédain.

Par ses parents sous le Premier Empire et sous la Restauration ; de sa personne même sous le Gouvernement de Juillet et pendant la seconde République, il avait été mêlé à tous les événements importants, tragiques, à toutes les effervescences politiques, à tous les mouvements variés et si impétueux de l'esprit public dans les lettres, dans les arts, dans la politique, de ce siècle tempétueux et si fécond en œuvres; et il y avait joué un rêle un peu e^cé parce qu'il était modeste, mais rôle actif séanmoins, et qui fiiit que l'on compte — et puis, après tout, il ne s'en souciait guère! Â l'Assemblée nationale, il figurait comme un des vétérans de la France, mais sans aucun signe des atteintes de l'âge; simple et aimable, plutôt embarrassé des marques de déférence trop empressées qu'il sentait autour de lui. 11 était un des amis les plus intimes de M. Tbiers, chez qui j'allai le len-

demain de son enterrement. M. Thierg avait été profondément aMigé de cette mort, 11 me dît de lui : «Où prendre maintenant un ministre des Affaires Étrangères? Je oe vois personne. Rémusat avait les qualités supérieures de l'emploi. Il n'avait jamais été mêlé aux aflaires de l'Europe, mais il s'y était mis bien vite; et, au bout d'un an, il était parfait. D'un esprit supérieur et en même temps homme du monde; c'est-à-dire sachant entrer en rapports aîsés avec les représentants des autres nations, sachant écouter, faireparler, comprendre et deviner; sachant parler aussi, car il faut bien mettre au jeu quand on joue une partie; il faut dire ce qu'il faut pour savoir le reste. 11 était doux et fier. Il est difficile aujourd'hui de représenter la France devant l'Europe. Où trouver un homme semblable?.,. « Ce jugement était d'un ami, mais aussi d'un homme dont le cœur, je pense, ne faussa jamais le jugement.

M. de Rémusat était un de ces anciens monarchistes constitutionnels, qui avaient embrassé la forme républicaine, comme la seule qui convint alors aux nations politiques modernes, après la rupture de la tradition monarchique. Il s'était séparé de ses anciens amis de la Monarchie de Juillet, qui ont sans cesse et vainement essayé de concilier une royauté avec les principes révolutionnaires. Il faudra renoncer aux chimères, si Ton veut rétablir enfin, dans notre pays, un ordre politique conforme aux traditions nationales et aux principes du droit naturel. Prétendre asservir la France à un Régime politique destiné au triomphe de doctrines philosophiques dérivées de l'orgueil humain et érigées en vue de son exalta-

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tioD, est une entreprise qui ne peut la mener qu'à sa ruine. M. de Rémusat, au contact des démagogues sectaires qui ont supplanté les républicains de son espèce, se serait séparé d'eux, avec l'horreur que lui inspirait tout fanatisme, et arec l'instinct généreux de son flme fraaçaiie.

Une loi restait en suspens, qui tenait fort à cœur i la majeure partie de l'Assemblée, et particulièrement à la Droite. C'était la loi sur la liberté d'enseignement supérieur. Sur ce terrain s'élevait le conflit entre l'État et l'Église, conflit constant, depuis que la pensée directrice de l'État, en France, avait été dirigée contre l'Église, et que la séparation des deux Pouvoirs avait tourné à la division et bientôt à l'hostilité. La loi Palloux de 1850 avait fondé la liberté de l'enseignement secondaire et primaire. La loi de 1875 avait pour but de fonder la liberté de l'enseignement supérieur. Le rapporteur de la loi fut M. Laboulaye. Les principaux champions furent, d'un côté, MM. J. Ferry et Bardoux; de l'autre côté, Mgr Dupanloup et M. Gbesoelong.

M. Lalioulaye déploya, dans cette discussion, le vrai talent de debatter parlementaire, qu'il avait déjà montré dans la discussion de la Constitution, discussion dont il avait porté presque seul tout le poids, avec une supériorité très marquée. C'était on univer-

sitaire, mais plus encore un homme à l'esprit libre, très original, tout en gardant scrupuleusement les formes; spirituel, mais conteou, sang grand apparat ni éclat d'éloquence, mais ch&tié et d'une belle langue bien française; concis et complet, avec la clarté et la logique qui nous charment tant.

Il s'était illustré sous l'Empire par des livres d'une critique mordante, Bne et gauloise, qui avaient eu un succès formidable contre le gouvernement. Â l'Assemblée nationale, il nous apparut comme un personnage à part des autres, un peu isolé, de manières très réservées, avec ua maintien qui se rapprochait de celui des pasteurs protestants; peu communicatif, mais très courtois; un ensemble enfin de formes, de ton, de distinction intellectuelle, qui contrastait, comme chez beaucoup de membres de cette Assemblée d'ailleurs, avec les façons exubérantes, mal dégrossies, trop familières, et d'une culture générale inférieure, de la plupart des hommes nouveaux, que le mouvement d'esprit général à la fia de l'Empire avait introduits dans la politique. M. Laboulaye pariait juste et bien, avec la sûreté d'un jugement fondé sur des connaissances étendues, et avec la conscience que sa parole avait son poids et sa valeur, auprès de l'auditoire qui l'écoutait. Il était d'esprit libéral, ouvert à toutes les innovations propres à délivrer la France de la servitude administrative qui pesait, qui pèse encore sur elle ; et quoiqu'il fût, par l'origine et par profession, universitaire, il était partisan, en toute matière, de la liberté la plus lai^e; et il se montra en général favorable à l'esprit de la loi sur l'enseignement.

L'ASSBHBLËB KATIONALr

Ce débat fut pour Jules Ferry l'occasion de so faire connaître comme orateur politique. Il montra, dès ce moment, ses qualités maitresses, qu'il devait dérelopper plus tard, quand il joua un rôle dominant dans le gourememenl. Il avait un esprit très cultivé, puissanl et comme rude, ainsi que toute sa personne, qui révélait la robustesse et une sorte de rusticité; on sentait en lui une passion sincère, qui animait sa parole. Celle-ci était peu correcte, inélégante à l'image de l'homme, mais puissante et vigoureuse. Il n'avait pas de grands élans d'éloquence, mais de la verve, inspirée par une conviction vraie et par des opinions passioQuées. Il se montra, dans cette discussion, le champion tenace du monopole universitaire. On aurait pu saisir déjà, dans son attitude politique, la pensée d'hostilité contre l'Église, qui devait plus tard être l'inspiration unique de sa politique et de celle de set amis; mais le rapprochement qu'on aurait pu faire entre son initiation récente à la Franc-Maçonnerie, et son rôle dans La question de l'enseignement supérieur, passa inaperçu.

D'ailleurs, quoiqu'il serait excessif de dire que Jules Ferry mettait de l'hypocrisie dans son jeu, cependant, il est vrai que lui et tous les républicains de ce temps-là, qui s'efbcaient devant le Centre Gauche, au point de vue des résolutions immédiates

à prendre, se gardaient de dévoiler à nos yeux leurs intentions secrètes, et le plan politique qu'ils se réser^ vaient d'appliquer, dès qu'ils auraient pu prendre en mains la direction des afbires de l'État. Jules Ferry se borna donc à défendre le monopole de rËtat, en mettant en avant les raisons de décider qui avaient prévalu depuis l'institution de l'Université, sans marquer autrement des desseins d'hostilité formelle contre l'Église catholique.

C'est au point de vue de l'Église, au contraire, que se placèrent Mgr Dupanloup, M. Ghesnelong et les autres membres de la Droite qui défendirent alors la liberté de l'enseignement supérieur Mgr Dupanloup avait, dans l'Assemblée nationale, une physionomie et un talent oratoire tout à fait à part. On retrouvait en lui l'évéquc qui avait soutenu tant de luttes que l'Empire, avec des apparences de soumission respectueuse, avait suscitées contre la Papauté. -

L'attitude, le rôle, les actes contradictoires de Napoléon III à l'égard de la Papauté sont déconcertants, — mais ce n'est pas dans ce récit que l'on peut songer à tes expliquer. — L'évéque d'Orléans s'était rendu célèbre, par sa résistance à la politique impériale, par sa combativité sur tous les terrains où il put manifester son zèle apostolique; et jusque dans l'asile paisible et protocolaire de l'Académie française, lorsqu'il fit une opposition éclstante à l'admission de Littré au rang des Immortels. Il était, certes, l'objet d'un respect accordé à son caractère, à sa dignité et à sa célébrité; mais il ne s'imposait pas par sa personne. II était toujours en mouvement, vif d'allures et comme heurté; son teint très coloré

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et sea gestes lui donnaieat uo aîr d'humeur plutôt chagrine. On le sentait batailleur.

Bien, dans cette silhouette rétrospective, qui touche à ses hautes vertus et aux grandes qualités de l'homme et du prélat. Je ne l'ai tu que du dehors. A la tribune, il déploya souvent un beau talent oratoire, du savoir, une logique serrée, une raison intrépide, une belle langue très française, mais nulle préoccupation de convaincre. Il présentait ses raisons comme un acte de foi auquel on devait souscrire. Le prédicateur ne raisonne pas, il afBrme. Mgr Dupanloup était un peu trop prédicateur à la tribune parlementaire, comme il l'e&t été dans sa chaire de la cathédrale d'Orléans. Mais du feu, du mouvement, on eût dit parfois de la colère, mais il y a des colères saintes : Irasctmini! On l'écoutait avec plaisir, on applaudissait son bien dire ; il irritait parfois ses adversaires, mais il entraînait peu de convictions après lui, si ce n'est celles qui lui étaient déjà acquises. Et, après tout, c'était encore une joie patriotique que de voir, dans cette grande Assemblëe politique, le clergé de France représenté par un prélat d'un si pur renom, d'une si haute vertu, d'un si beau talent oratoire.

La discussion de cette loi sur renseignement supérieure n'était qu'un épisode — on pensait alors que ce serait le dernier — de la querelle engagée entre l'Université et l'Église, depuis un siècle. Comme aux temps de Lacordaire et de Montalem*

DD TOTE DES LOIS CONSTITUTIONNELLES Ml

bertf sous le GoureraemeDt de Juillet, aux temps de Thiers et de Mgr Parisis, en 1849 et en 1850, c'était )a thèse de la liberté qui servait de soutien au combat engagé entre les deux esprits qui se partageaient le siècle. Sur ce terrain, les partisans de la liberté de l'enseignement supérieur avaient beau jeu dans l'Assemblée nationale, qui était, dans presque toutes ses parties, franchement libérale. Mais il y avait aussi de ces hbéraux qui ont toujours craint que la liberté ne soit surtout profitable à l'Eglise; et que ce ne soit l'Église qui ait la plus belle part, quand on voudrait ne lui concéder qu'une part tout au plus égale.

Au fond, la question, en cette matière, est de savoir s'il est profitable à l'État que l'influence des idées religieuses et de la morale religieuse j prédomine. Ainsi posée, elle n'est pas dotitcuse, et l'œuvre des patriotes de notre temps consiste à ramener l'esprit public à considérer de cette façon les rapports de l'Église et de l'État.

A l'heure où j'écris ces lignes, toute œuvre de conciliation entre les deux puissances parait chimérique, puisque l'Étal français a rompu en visière avec l'Église. Nous sommes, semble-t-il, à un de ces points culminants qui délimitent les grandes époques de l'humanité. On pourrait croire, et ces novateurs, dans leur orgueil, le disent, qu'ils s'affranchissent de Borne, tandis que c'est Rome qui va se trouver affranchie des liens qui l'ont attachée, et souvent embarrassée avec les régimes politiques, et dans ses rapports avec les chefs des nations. Nous entrons sans doute dans l'ère nouvelle ouverte par les grands

Papes, Pie IX, Léon XIII et Pie X, où l'Église catholique, paivdessus les pouvoirs politiques, traitera directement arec les peuples.

La séparation de l'Église et de l'État est une des étapes par lesquelles passe l'Église pour étendre sa domination sur le monde. Après comme avant, les rapports de l'Église avec les citoyens resteront les mêmes, selon la doctrine de l'Évangile, qui veut qu'on rende à César ce qui est d'ordre purement civil. Et lorsque cette bourrasque aura passé sur la France, qui veut rester et restera toujours la fille aînée de l'Église; les citoyens se pénétrant de l'esprit chrétien dans la conduitede leurs afhîres publiques et privées ; l'Église, de son côté, se maintenant dans la sphère élevée de son ministère et de son apostolat : l'histoire reprendra son cours troublé, depuis plus d'un siècle, par l'oi^ueil des philosophes et par l'infatuatioQ des Universitaires.

C'est un épisode de la lutte étemelle entre les deux esprits qui se disputent le monde. Le machiavélisme avec lequel a été conduite cette guerre contre l'Église a été merveilleux d'habileté, de suite, de prudence et d'art politique.

Mais, à toutes les époques, le procédé a été le même. 11 consiste à armer le peuple de la souveraineté politique, à le corrompre, et à l'amener à user de sa souveraineté pour le triomphe do mal, c'est-àdire, au temps présent, pour ie triomphe de la Franc- Maçonnerie. L'habileté de cette manœuvre réside en ceci : faire croire aux peuples ignorants et naîrs, que ce

sont eux-mêmes qui ont voulu, médité, préparé les lois destinées à anéantir le règne de Dieu. Fasse le Ciel que le peuple de France voie le piège avant d'y tomber!

Ainsi, peut-on suivre, pas à pas en quelque sorte et rétrospectivement, la manoeuvre des sectaires. Après avoir fait passer, par des procédés multiples, dans l'àme du peuple les erreurs qui doivent servir à le perdre, lui donner le pouvoir de gouverner; et ce sera ainsi le peuple qui se trouvera être luimême l'artisan de sa ruine. C'est pourquoi les démagogues sectaires ne font pas seulement de mauvaise politique, comme le pourrait faire un César mal éclairé, ils pervertissent le peuple. A un César imbécile peut du moins succéder un Antonin qui redresse le gouvernement, et le remet dans la bonne voie. Mais lorsque le peuple est le maitre, et que ce mattre est perverti, enivré de fausses doctrines et de passions antisociales, on ne peut espérer un redressement. L'ins* trument de la politique, c'est-à-dire le peuple, étant feussé, l'esprit qui dirige et qui inspire étant vicié, il n'y a plus de remède. Or, tout le travail de la Franc- Maçonnerie, depuis la Révolution de 1789, et surtout depuis le 4 septembre 1870, a tendu à faire passer dans l'esprit de la nation tes erreurs révolutioan.tires, à l'effet d'abolir la chrétienté et de lui substituer l'Ere nouvelle qui serait celle de la Raison souveraine.

Pour arriver à ces fins, il fallait abolir le catholicisme, l'atteindre dans le fond des âmes, le bannir de toutes les œuvres sociales, de toutes les manifestations de la vie nationale. La Franc- Maçonne rie a

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procédé à celle ceuvre de destruction avec une persérérance et une méthode admirables : débutquant l'Église de toutes les Fonctions, de tous ses refuges, de toutes les situations sociales où elle avait sa place depuis que la France a eu conscience d'ellemême; chassant Dieu de l'àme même des eahntt, et, par U, tarissant dans sa source la vie chrétienne de la race.

La discussion de la loi de l'enseignement supérieur foumisiait aux sectaires anciens, et aux sectaires nouveaux venus, l'occasion de reprendre la lutte sur son vrai terrain. J. Ferry n'eut garde d'y manquer, avec son armure Fraîchement préparée dans la loge de la Clémente Amitié'. Et toutefois, ils fournirent, celte fois encore, un spécimen de leurs procédés de dissimulation. Ils se gardèrent de révéler leurs intentions secrètes, et le but final de leur politique en matière d'enseignement : de dire qu'ils entendaient bannir Dieu et la doctrine évangélique des écoles à tous les degrés, lis se bornèrent à rééditer les vieilles Formules de défensccontrc les empiétements derÉglisc: c'étaient les anciennes machines de guerre dressées contre le catholicisme par l' Université et par l'Ecole politique, dite libérale par définition. On n'était pas encore guéri de celle maladie.

Les demeurants de l'ancienne opposition dynastique du Gouvernement de Juillet étaient presque tous imbus de ces principes teintés de sectarisme, qui ont tant servi la cause anti française, pendant le cours du siècle écoulé, sous couleur religieuse, on les retrouve groupés autour de l'urne, au moment du

■vote 6nal de la loi ;etleur état d'esprit ee montre par un fait que je veux citer, puisqu'il fait honneur à l'un des Princes qui siégeaient à l'Assemblée nationale. Le comte Roger du Nord, esprit très ouvert pourtant, et libéral, mais protestant tout plein surtout de l'esprit de juillet 1830, se rencontrant auprès de l'urne du scrutin avec le prince de Joinville qui tenait ea main un bulletin blanc, tandis que lui, il tenait un bulletin bleu : h Monseigneur, lui dit-il, vous votez pour cette loi. Vous avez oublié 1830; mais, moi, je m'en souviens. •

En résumé, le principe de la loi correspondait au sentiment général de cette Assemblée qui était animée de l'esprit libéral. Cependant, les luttes des partis avaient, depuis 1871, ravivé les vieilles querelles d'ordre religieux et universitaire. Mais on ne contesta pas, alors, le principe de la loi; toute la lutle se concentra sur la question de la colIaLioades grades. On fit remarquer que, si les comités d'enamen ne se composaient que de professeurs de l'Université, ce serait livrer les élèves des Universités libres à la discrétion de l'Etat. On décida donc de faire procéder aux examens par des jurys mixtes, composés moitié des professeurs de l'État, moitié des professeurs des Universités libres. La loi fut votée avec cinquante Toix de-majorité.

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