‹ L'Assemblée nationale de 1871Chapitre 48 sur 53 · CONSIDÉRATIONS SUB LA CONSTITUTION DE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUB LA CONSTITUTION DE

SA DÉNATDRATIQN PAR SES K ODIFICATIONS

SDCCBSSIVES.

Lea hommes enfragés dans la politique, ou qui en raisonnent philosophiquement, auraient de la CoostitutioQ de 1875 une opinion foK piètre et d'ailleurs fausse, s'ils la jugeaient d'après les suites qu'elle a eues, et d'après ses conséquences. Mais les lois conslîlutionoetlesqui régissent le pays depuis que le vrai parti républicain est devenu le mattre, c'est-à-dire depuis l'avènement de M. Jules Grévy à la Présidence, sont si difFérentes de celles que l'Assemblée nationale avait faites, que l'on peut dire qu'elles en sont la contrefaçon.

L'Assemblée nationale avait mis, comme autrefois les Constituants de 1848, la Constitution nouvelle sous l'invocation de Dieu ; et elle avait placé la France sous ta protection de l'Église, ou si l'on veut, des Églises, en décidant que chaque année, à l'ouverture des sessions législatives, des prières publiques seraient dites, auxquelles assisteraient les Pouvoirs publics. Elle avait respecté la souveraineté nationale en autorisant la revision de la Constitution. Elle avait créé l'inamovibilité d'un quart du Sénat, en

e.ocgk-

assurant ainsi la slabillté et la puissance modératrice de ce grand corpgde l'État. Elle avait, parle système électoral du Sénat, corrigé les vices du sufFrage universel direct, et ouvert la voie à son remplacement par un régime ultérieur plus conforme au sens commun et à l'intérêt public. Elle avait armé le Président de la Bépubtique de prérogatives réelles, dont il devait user, et qu'il lui aurait élé facile d'employer, si toutes les autres parties de la Constitution étaient demeurées intactes.

Mais à peine le parti jacobin fut-il devenu le maître, qu'il se hftta d'enlever à la République conservatrice toutes les pièces de son armure. U en a fait une puissance inerte, un corps débile, un instrument de servitude; et il l'a mise en œuvre en effet, au profit de ses conceptions politiques rudimenlaires, et de ses passions antireligieuses.

À quelle inspiration obéissait le parti jacobin lorsque, plus tard, il a travaillé à faire de la Constitution un instrument de règne entre les mains d'une oligarchie? On le sait aujourd'hui. Il servait les vues de la Franc-Maçonnerie, avec d'autant plus de zèle que lui même était franc-maçon. Ainsi, faisaient partie de la confrérie Gambelta et ses amis, devenus tous, plus ou moins promptemeot, les directeurs de la politique française, J. Ferry, Constans, Sarrien, Challemel-Lacour, et en dernier lieu, tous les tenants de la politique judéo-franc-maçonnique qui a déBoitivement prévalu, dès le début et à la suite de l'affaire Dreyfus-

On supprima tout d'abord l'article de la Constitution qui rattachait la France et la République à Dieu.

: L.OO^k-

su L'ASSEUBLÉE NATIONALE

Puis les Présidents élus annihilèrent, euz-mèmes, par leurinertie, la puissance politique que leur donnait la Constitution. Ce fut une désertion dont M. Grévy le premier donna l'exemple. On supprima les sénateurs inamovibles, et on modifia le corps électoral du Sénat de Façon à l'assimiler autant que possible au suffrage uoiversel. Après qu'on eut désarmé la place de tous ses moyens de défense, il ne fut pas difficile à la Franc -Maçonnerie de s'en emparer. Ainsi affermie dans son pouvoir d'action et d'intimidation, elle a régné sur la France en souveraine. Ce qu'elle a fait de ce noble pays, ce n'est pas ici le moment de le dire. Mais il convient, en deux mots, d'en tirer une leçon.

L'aboutissement des idées qui ont prévalu en France depuis 1791, en fait de gouvernement, est la démonstration la plus claire de l'insuffisance des idées pures pour le gouvernement des hommes. 11 y faut des mœurs, et les mœurs d'une nation ne se créent pas au gré du caprice de chaque génération qui passe. Elles se forment d'éléments divers : la race, les circonstances qui ont entouré la naissance et le développement de la nation, les idées générales qui ont présidé à sa formation et à son existence prolongée, les influences morales qui ont prédominé chez elle, une longue suite de traditions perpétuées de générations en générations, qui font de la vie nationale comme une vie unique continuée d'âge en âge. Ainsi la France était-elle, de par ces traditions et dans son essence, une nation catholique, militaire et libre.

La France nouvelle dont l'origine a, non pas un long passé fait de traditions, mais une date fixe, est

DU VOTE DES LOIS C0E4STITUT10NNELLES M

issue d'un axiome philosophique : le droit individuel, lequel a ses racines dans trois maximes spéculatives : la liberté, l'égalité etla fraternité. L'individu se substitue à la race; et sa fantaisie toute-puissante remplace la tradition; l'État est un résumé collectif et mathématique des volontés individuelles des hommes que leurs intérêts ou leurs passions d'un jour divisent ou rassemblent; et il est fatal qu'il se trouve un homme ou un groupe d'hommes qui, grâce à des institutions créées i cet effet, s'empare des volontés individuelles foncièrement impuissantes, les meut et les dirige au gré de ses intérêts ou de ses fantaisies, ou de ses ambitions personnelles. Le tyran aujourd'hui, après des Régimes intérimaires, moitié tra4ition moitié révolution, s'appelle la Franc-Maçonnerie qui règne soue le titre République.

Le procédé imaginé pour armer l'Etat, ainsi substitué à la nation, delà toute-puissance, a été le suffrage universel, c'est-à-dire l'ignorance et l'inconscience préposées à la solution des problèmes que soulèvent des difficultés internationales ou d'ordre social les plus graves. Encore, — et cela est démontré par les faits, — le suffrage universel n'a-t-il jamais été consulté effectivement ni écouté, sauf en 1789, 1848 et 1871. Il était inévitable que, toutes les forces traditionnelles étant anéanties, cet instrument de règne tombât entre les mains d'oligarchies nées de l'individualisme. Or, les oligarchies ne tendent qu'à la satisfaction des goûts, des passions et des besoins de ceux qui les constituent. Elles n'ont souci que d'ellesmêmes, et non de la nation, encore moins de la race. Elles détestent le passé qu'elles remplacent, et elles

SS4 l'assemblée nationale

ne ae soucient pas de ravenîr. Elles ne peuvent même pas créer des traditions, qui, remplaçant les anciennes, pourraient encore remplir leur office social, si profitable, puisqu'elles sout sans cesse poussées et précipitées dans le néant par des oli< garchies nouvelles. Il leur suffit de se satisfaire elleimémes. Elles n'ont même pas de patrie, c^r la patrie n'est pour elles qu'un ornement propre  figurer, sous des symboles changeants, dans les discours d'apparat et dans les cérémonies.

Que si les oligarchies sont inspirées par un esprit de secte et de philosophie transcendante, qui prétend substituer ses principes à ceux que le genre humain a, de tout temps, acceptés ou plutôt reçus de haut, comme règle de conduite; si elles sont l'instrument, inconscient ou non, d'une idée hostile à l'idée dominante de la civilisation chrétienne, comme c'est le cas de la Franc-Maçonnerie, elles deviennent fatalement inquisitoriales et persécutrices. Ce n'est plus seulement à un gouvernement que les peuples seront soumis, c'est à une Église nouvelle. Et tel est, en efFet, le joug ignoble qu'on prétend, à l'heure où j'écris ces lignes, imposer à la France.

Un mot du citoyen Jaurès fait juger à la fois, et le système oligarchique fondé sur les principes modernes du gouvernement, et la valeur morale de ceux qui s'en servent.

H Nous n'avons pas besoin, a-t-il écrit, d'être des émeutiers, en un temps où la légalité est révolution-

naire, et où le régime parlementaire peut être un formidable engin de destruction... Nous dou> servons contre la société du mécanisme même qu'elle a créé. ■

On ne peut pas mieux dire, pour juger le système et ceux qui l'appliquent.

Page 1