CHAPITRE II
ATTITUDE DES PABTIS APRÈS LE 24 UAI
L'émotion provoquée par l'événemeiit du 24 mai avait donc été 1res vive parmi ie> membres de la Gauche de L'Assemblée. Toutefois le Ceutre gaucbe et la Gauche ne se livrèrent à aucune manifestation publique qui eût eu pour effet, en quelque sorte, de dénoncerrarmislice conclu, sans pacte formel, dès la réunion de l'Assemblée nationale entre les partis, jusqu'au jour où il convieadrait à cette Assemblée souveraine de constituer un Régime politique définitif.
Un patriotisme sincère dominait encore les âmes. La passion de parti ne parvenait pas à les détourner du devoir qui s'était imposé à nous, le jour où la France nous avait donné le mandai de la tirer du gouffre où elle était tombée en 1870, à la suite de tant de catastrophes.
Toutefois une fraction de la Gauche crut devoir sortir de sa réserve. L'Union républicaine jugea que le moment était venu pour elle de manifester; et elle le fît avec un éclat et sur un ton de maîtrise qui contrastaient avec l'attitude prudente qu'elle avait gardée jusqu'alors. Ce fut le premier acte d'un parti politique qui s'aftirmait, et qui prenait sa place.
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après un effacement qui avait duré jusqu'à la chute de M. Tbiers.
Des le 25 mai, on put lire dans les jourDaus de ce parti la déclaratioQ suivante, qui avait l'allure d'une proclamation. Cette fraction de la Gauche s'attribuait manifestement une sorte de suprématie et de direction politique. On n'y fit guère attention alors; mais cette déclaration a un intérêt rétrospectif en ce qu'elle révèle la pensée de domination, qui régnait déjà dauB ce parti dont le rôle était resté, sinon eSacé^ du moins fort restreint. Elle révélait surtout les procédés ignorés alors par l'immense majorité de l'Assemblée nationale, mais qui, continués pendant trente ans, ont fini par assurer le triomphe des sectes, dont l'esprit animait, dès ce temps-là, rUnion républicaine. La voici :
B Citoyens,
D Dans la situation que fait à la France la crise politique qui vient d'éclater, il est d'une importance suprême que l'ordre ne suit pas troublé.
bFïous tous adjurons d'éviter tout ce qui serait de nature à augmenter l'émotion publique. -
n Jamais le calme de la force ne fut plus nécessaire. Restez calmes. Il y va du salut de la France et de la Bépublique.
" Paris, 24 mai 1873.
u A. Peyrat, Léon Gambetta, Edouard Lockroy, Louis Blanc, Ch. Lepère, D. Barodet, H. Tolain,
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Edgar Quinel, Albert Castelneau, E. Tiersot, Ha§irice Rouvier, F. Ordinaire, A Ranc, Ch. Boysset, Ralbier, Eug. Arrazat, L, Greppo, Laurent Fichât, Edmond Adam, Emile Bouchet, H. BrisKon, P. Challemel-Lacour, Jules Barni, Jules Cazot, Godin, René Goblet, Sansas, Alfred Naquet, D' Turigny, Alphonse Gent, Corbon, Lafon de Fongaufier, Eug. Farcy, Mclvit Bloncourt, E. Millaud, Dupuy, Martin Bernard, V. Schœlcher, A. Dréo, de Mahy; Laserve, H. Lefèvre, Paul Bert, J. Ferrouillat, A. Scheurer- Restner, Georges Perrin, Henri de Lacretelle, Armand Caduc, L. Laget, Emile Brelay, A. Tardieu, colonel Denfert, Stmiol, Ancelon, Parent, Duparc, Ganault, Escarguel, Lesguillon, Testelin, Grandpierre, Nioche, Bozérian, Pelletan, Ducuing, Viox, Guyot (du Rhône), Deschange, Dufay, Hèvre, Cotte, de Pompéry, Tabcrlet, Gaudy, La Floze (Meurtheet-Moselle), Claude (Meurthe), Claude (Vosges), Brice (Meurthe), Brillier, Boucau, Loustalot, Tassio, Larrieu, Michel, Renaud, Deregnaucourt, Moreau, Girerd, Duprat, Ad. Crémieux, Dubois, Joigneaux, Contant, Billy, Monier, Gai^uet, Mabus, Chardon, Salneuve, Allemand, Guinard, Magnîn, Al. Lambert, Colas, Mazeau, Mcstreau, Cherpin, Chevandier, Alph. Picart, Fournand, Rolland, H. Varroy, Esquiros, Lhcrminicr, Méhuc. n
L'Union républicaine, je l'ai déjà fait remarquer, était sortie de son rôle d'expectative une première fois. Elle était entrée en ligne, en son nom particulier, parmi les combattanU du 24 mai. Dès le lendemain, elle saisissait l'occasion de mar-
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quer sa place, et de prendre uarôle actif dans la politique. Sa tactique fut ainsi soulignée en quelque sorte, et accentuée le lendemain de la bataille perdue- On peut, aujourd'hui, en aperceroir la raison et la portée.
Pour nous, nons subordonnions nos sentiment!
intimes à ce que nous croyions être l'intérêt public. Il me parait, après un si long temps écoulé, qu'ils étaient exprimés exactement dans un article que je publiai dans le journal de Lille, l'Écho du Nord. Je disais :
* Quant à présent, nous avons le devoir de rechercher et de dire quelle ligne de conduite doit suivre le parti Conservateur républicain dans le pays et dans la Chambre. Ce parti, qui est de'sormais celui de la France libérale, peut se féliciter d'un fait iroportant, qui jnstifie sa confiance dans les institutions qu'il recommande au pays, et qui ferme désormais la bouche aux déiracteurs de la République. Ce fait, c'est la facilité avec laquelle s'est opérée la transmission du pouvoir présidentiel ; sans trouble, sans secousse, sans que le pays en ait un instant souffert.
n Le second fait à relever dans cet événement est que le nouveau président a fait solennellement, sous la garantie de sa parole d'honnête homme et de son honneur de soldat, la déclaration formelle qu'il ne sera porté aucune atteinte aux lois existantes ni aux institutions. Il y a loin de cette déclaration aux inlen-
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tioDS des coalisés : mais c'est afFaire à eux. Pour oous, elle signifie que la République est encore le gouvernement légal du pays.
■ C'est sur ce terrain que nous nous plaçons. Les vainqueurs de samedi disent à tout propos, et souvent hors de propos, qu'île sont d'honnêtes gens; M. le maréchal Mac-Mahon a un renom de loyauté chevaleresque qui l'a fait appeler quelquefois le nouveau Bayard. L'honneur du gouvernement est intéressé au maintien de Tordre de choses établi. On peut ajouter que Tintérél de parti de chacun des membres de ce gouvernement doit les tenir dans une surveillance mutuelle les uns à l'égard des autres. L'équilibre de leurs rivalités est la garantie de leurs engagements.
■ Dans la situation où se trouve la France, lorsque l'ennemi foule encore notre sol, notre altitude est celle de l'attente, de l'expectative méfiante, non de ^opposition systématique. La France tourmentée par la lutte des partis, lasse du provisoire, acceptera les événements accomplis dans lesquels elle croira peut-être trouver une solution à la crise dont elle souffrait. Celte illusion sera de courte durée : c'est un nouveau provisoire qui commence, provisoire bien plus daugereus que celui'dont M. Tbiers voulait nous faire sortir par la constitution d'un gouvernement définitif, parla raison que le nouveau gouvernement, tiraillé en trois sens divers, est absolument dénué de la force que donnent l'unité de vues et l'unité d'action. La politique conseillée et suivie par M. Tbiers était la seule praticable, et la Droite de l'Assemblée, à moins qu'elle ne soit tout entière
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décidée à se jeter daos les bras du césarisme, sera . contrainte d'y revenir. '
■ D'ici là, nous donnerons l'exemple de la soumis- | sioD aux lois, aux décisions de l'Assemblée : nous | prouverons ainsi à ia France, dont les prétendus sauveurs exposent si témérairement les destinées, que le parti républicain est un vrai parti de gouvernement, discipliné sous !a règle du devoir, capable de se contenir; et nous opposerons sa conduite désinté- , ressée et patriotique à la politique « résolument con- « servatrice » mais aventureuse des triomphateurs du jour. ■
De son côté, le nouveau gouvernement essayait i de conformer sa conduite aux déclarations loyalistes de M. le maréchal de Mac-Mahon; mais il le faisait ' gauchement, parce que, dans la réalité, il y avait | quelque chose de faux dans la situation générale, et que les actes des ministres n'étaient point en accord I avec leurs sentiments secrets. Et de là une sorte | d'incohérence dans la conduite générale des affaires, i et un élat de gène sensible dans la politique et dans ' l'Assemblée. |
Un jour, le ministère sacrifiait à M. Gambetta i M. Pascal, un de ses plus fermes défenseurs, parce que ce fonctionnaire avait conçu le dessein de former dans les provinces une presse qui eût propagé les idées qui avaient servi de prétexte à la chute de M. Thiers. Va autre jour, il donnait satisfoction à la passion des Droites, en obtenant de l'Assemblée une autorisation de poursuites contre M. Ranc, nommé député de Bordeaux. Ce dernier avait participé aux actes de la Commune de Paris jusqu'au 4 avril 1811,
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qui est précÏBément la date du décret rendu contre les otages, décret qu'il s'est toujours défendu d'avoir signé. M. Banc Fut poursuivi devant les Conseils de guerre institués pour juger des crimes et délits commis pendant l'insurrection do Paris, et il fut condamné à mort par défaut.
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