‹ L'Assemblée provinciale du NivernaisChapitre 3 sur 38 · CHAPITRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

La France sous Louis XVI au point de vue économique et politique. — Les Économistes. — Les Philosophes et Publicistes. — Les conceptions décentralisatrices de Turgot et de Necker. — Leurs résultats. — L'Assemblée provinciale du Berri.

À l’époque à laquelle sont nées et ont fonctionné les Assemblées provinciales, deux classes d'hommes existaient en France, les privilégiés et ceux qui ne l’étaient point. Parmi ces derniers se trouvaient {ous ceux qui faisaient vivre le pays : agriculteurs, industriels, commerçants ; sur eux portait exclusivement la charge d'entretenir l'Etat. Uu tel fardeau, et si mal réparti, était lourd, si lourd qu'il entravait le développement économique normal de la nation. Les cultivateurs, en dehors du poid des impôts et des corvées, étaient écrasés sous de multiples droits seigneuriaux; les fabricants assujettis aux règles des corporations, qui n'élaient plus, à ce moment, que des obstacles à la production, étaient également opprimés par la vénalité et l’hérédité des offices ; quant aux commerçants, les péages, les octrois, les douanes intérieures qui changeaient suivant les lieux, de même que les mesures et les poids, et les monopoles de certaines manufactures, rendaient l'exercice de leurs professions extrêmement difficile. Cet état de choses avait frappé beaucoup d’esprits cultivés, qui élaient aussi des ‘* cœurs sensibles ” et c’est leurs études qui firent apparaître comme une science véritable, PEcono-

ad et

mie politique mise en honneur par l'école des Physiocrates. Ces hommes pensèrent avoir trouvé dans la réglementation le vice d’où venait le mal. Ils revendiquèrent pour tous, la liberté du travail et des échanges, et quelques-uns d’entre eux pensèrent à réclamer aussi cerlaines garanties politiques pour les citoyens et pour les collectivités locales.

A l'avènement de Louis XVI, entre les conceptions politiques, qu'avaient vulgarisées parmi les esprits éclairés, les philosophes et les savants, et l'état des institutions et des mœurs, l'opposition était frappante.

Avec le progrès des idées de liberté et de légalité, l'absence complète de garanties contre l'arbitraire gouvernemental avait provoqué, depuis de longues années, les protestations des écrivains, dont les œuvres littéraires étaient de plus en plus imprégnées de politique. Et même en dehors des hommes de premier plan que protégeait l'opinion publique, les publicistes devenaient d’une hardiesse qui nous élonne encore aujourd'hui (1).

Pour rapprocher insensiblement la réalité de l'idéal, il eut fallu une intelligence de la situation qui a fait à peu près complètement défaut au Roi et à ses conseillers.

Le seul Turgot essaya d’atténuer l’absolutisme, en mettant en œuvre des réformes radicales, dont l’accomplissement fut entravé par les classes privilégiées, qui auraient eu cependant tout à gagner, à faire, à ce moment, la part du feu. Peutètre mème était-il déjà trop tard, à l’époque du ministère de

(1) Dès le milieu du siècle l'audace de ces auteurs s'élait montrée: c’est ainsi qu'Helvélius ne craignail pas d'écrire en 1758 :

« C’est que le propre du despolisme est d'avilir et dégrader les àmes. Dans les « Élals où la loi seule punit et récompense, où l'on obéit qu'à la loi, l'homme « vertueux toujours en sûreté, y contracle une hardiesse el une fermelé d’âme qui « s'affaiblil nécessairement dans le pays despolique, où sa vie, ses biens, sa liberté « dépendent du caprice, de la volonté arbilraire d'un seul homme. » (De l'esprit, Discours IT, chap. x1x, p. 294.)

Plus lard, pendant la période que nous éludions, Raynal est allé jusqu'à dire : « La liberlé nailra du sein de l'oppression, et le jour du réveil n'est pas loin ». (Histoire philosophique). I est vrai que la Faculté de théologie ayant censuré l’ouvrage, le Parlement condamna le livre au feu el l’auteur à la prison, mais le coup n'en élait pas moins porté,

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