‹ L'assistance agricole algérienne; solution du problème de la colonisation, d'après les idées d'un colon d'AlgérieChapitre 12 sur 19 · EXAMEN DE QUELQUES SITUATIONS PARTICULIÈRES · texte numérisé non relu

EXAMEN DE QUELQUES SITUATIONS PARTICULIÈRES

Nous avons jusqu'à présent édifié notre thèse sur la situation moyenne du petit colon travaillant la terre de ses mains et possédant un domaine d'environ 30 hectares de cultures.

Mais d'autres cas sont à prévoir. Il nous reste à établir comment se comportera l'Assistance agricole vis-à-vis de la grande propriété ; puis nous verrons quels procédés pourront être employés par la Société dans la création de nouveaux centres de colonisation.

#*♦ L'Assistance agricole et la grande propriété.

La grande propriété est-elle un bien pour l'intérêt général, et faut-il en favoriser le développement ? Sans prétendre résoudre d'une façon absolue cette question tant discutée, nous estimons qu'en ce qui concerne l'Algérie, il y a lieu de faire une distinction entre ce qu'est actuellement la grande propriété et ce qu'elle est susceptible de devenir.

Telle qu'on la rencontre aujourd'hui sur le sol Algérien, la grande propriété est assurément nuisible à l'intérêt général : quels que soient, en effet, les capitaux dont dispose le propriétaire, le seul mode d'exploitation possible de ces trop vastes domaines est ce qu'on appelle la grande culture : la surveillance du personnel est, on le conçoit, trop difficile sur d'aussi larges espaces, pour permettre à l'exploitant d'exécuter une culture rationnelle et sagement progressive. Il faut donc se contenter d'adopter le système des jachères, et laisser ainsi, parfois pendant plusieurs années, une partie

de la terre improductive : car, dans l'impossibilité où se trouve le colon de cultiver les plantes sarclées et de rendre au sol en fumures et en amendements les éléments enlevés chaque année par les récoltes, il aurait vite fait d'épuiser la terre, s'il entreprenait une culture continue. La grande propriété est donc, on le voit, défavorable aux progrés de l'agriculture.

Mais supposons, au contraire, que le grand propriétaire sache diviser son domaine en métayages proportionnés aux forces d'une famille, qu'il dirige lui-même les travaux des cultivateurs, qu'il sache unir la science technique à une connaissance approfondie de la pratique agricole : ce propriétaire alors exercera une influence excellente sur les colons voisins et son exemple deviendra pour toute la région un élément puissant de progrès.

Aussi la Société d'Assistance agricole devra-telle s'attacher, non seulement à mettre en valeur par ses procédés ordinaires les grandes propriétés, mais encore et surtout à former le propriétaire au rôle bienfaisant qui lui incombe. Soumis au même régime que le petit emprunteur, le grand propriétaire se verra adjoindre un représentant de la Société, soit un directeur spécial, si l'étendue du domaine le comporte, soit le directeur régional de la circonscription.

Sous la surveillance de cet agent de l'Assistance agricole, les terres de culture seront divisées en

métayages : un des lots sera réservé pour servir aux essais, les autres seront confiés à des métayers, choisis par la Société. Nous préférons de beaucoup le métayage au fermage à prix fixe. Le métayage est en effet, sans contredit, la plus équitable et la plus féconde des formes d'association du capital et du travail, en matière agricole. Il a de plus, dans le cas présent, l'avantage de laisser au propriétaire une raison de s'intéresser activement à l'exploitation de son domaine. Pour le reste, le directeur chargé de la surveillance d'une grande propriété devra procéder comme sur un domaine ordinaire : veiller à l'exécution des travaux prévus au contrat, diriger l'exploitation, coopérer à la vente des produits, etc. Mais il devra en outre se préoccuper sans cesse de faire l'éducation agricole du propriétaire : pour cela, il aura soin de ne rien ordonner, sans indiquer les raisons de ses préférences ; il tiendra constamment le colon au courant de sa situation financière, il lui fera connaître tous les progrès de la science agricole, stimulera son activité et tâchera de développer en lui l'esprit d'initiative ; il lui fera comprendre enfin la grandeur et l'intérêt du rôle prépondérant que lui assure dans le pays sa situation de gros propriétaire.

Ainsi se formera peu à peu, par les soins de l'Assistance agricole, une élite dirigeante de propriétaires-agriculteurs, qui aura sur l'avenir de la colonisation une influence décisive.

Et il est permis d'espérer, que l'on verra les propriétaires terriens de France prendre un jour intérêt aux idées de colonisation et songer enfin à chercher de ce côté des emplois pour leurs fils. Au lieu d'élever leurs enfants en vue d'un fonctionnarisme chaque jour plus difficile à aborder, les parents avisés les orienteront vers les Ecoles (l'agriculture et leur feront donner ensuite dans les fermes d'essai de l'Assistance agricole une instruction pratique. Ainsi préparés, ces jeunes gens entreront dans les divers services de la Société, pour y apprendre à diriger une exploitation coloniale. Ils acquerront alors une propriété en quelque région d'Algérie et se feront en peu d'années une situation bien supérieureà celle qu'aurait pu leur fournir une carrière gouvernementale.

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