‹ L'assistance agricole algérienne; solution du problème de la colonisation, d'après les idées d'un colon d'AlgérieChapitre 8 sur 19 · IL — PERSONNEL · texte numérisé non relu

IL — PERSONNEL

Le capital une fois réuni, de quels éléments se composera le personnel chargé de le mettre en valeur ?

Ce personnel ne devra pas comprendre de financiers de profession. On sait ce qu'il advint de la Société Générale Algérienne, sous la direction de deux financiers, MM. Frémy et Talabot : cette Société fut bien vite entraînée en des opérations de Banque, contraires à l'esprit de sa création, mais plus coutumières aux directeurs que le simple prêt agricole.

Rien ne doit en effet moins ressembler à la direction d'une affaire financière, que l'administration d'une Société de Crédit Agricole. En agriculture, on règle les comptes seulement en fin d'année, sans pouvoir jamais trafiquer entre temps des fonds contenus en caisse. Le propriétaire rural emprunte en vue de réaliser sur son domaine

un travail déterminé : les sommes qu'il emprunte restent donc chez lui improductives jusqu'au jour de leur emploi. La Société de Crédit Agricole reçoit de son côté le produit en argent des exploitations etlegardeen caisse, improductif, jusqu'au moment des règlements de comptes, à la fin de l'année agricole. Au 1er Octobre, on fait la balance générale.

On prend sur les recettes les sommes nécessaires au paiement de l'intérêt d'abord, puis aux amortissements. La dette de chaque propriétaire est ainsi fixée à nouveau pour un an. Le produit des amortissements sert alors à effectuer de nouveaux prêts.

Rien de plus simple, on le voit, que cette comptabilité. Elle n'exige des employés aucune aptitude spéciale. II importe d'ailleurs que les comptes soient toujours assez simples pour que tout intéressé puisse facilement s'y reconnaître.

Dans ces conditions, on peut sans inconvénient confier la tenue des comptes au personnel chargé de la direction des exploitations agricoles, sans exiger de lui des capacités spéciales de comptabilité.

Ce n'est donc pas dans le monde financier, mais bien dans le monde agricole qu'il faudra choisir notre personnel. On pourra particulièrement faire appel au concours des lauréats des Ecoles d'agriculture publiques ou privées.

Etudions rapidement la composition de ce personnel qui devra comprendre : un Directeur général, assisté d'un Conseil d'Administration ; des Inspecteurs et des Directeurs régionaux aidés des Stagiaires.

Voyons d'abord le rôle du directeur régional, représentant direct de la Société auprès des colons adhérents.

1) Directeurs régionaux.

Chaque directeur régional aura la surveillance de 40 propriétés, d'une contenance moyenne de 30 hectares de terre cultivable.

C'est ce directeur régional qui sera chargé de toutes enquêtes préliminaires au consentement des nouveaux prêts. Il établira donc le devis détaillé des améliorations et changements reconnus nécessaires sur la propriété de l'emprunteur, déterminera l'importance des achats à faire en cheptel, outillage et approvisionnements, fixera le fonds de roulement, etc. Tout cela exécuté conformément au plan que nous avons tracé plus haut (Chap. III).

Il devra également estimer la valeur nette de la propriété, en se fondant, comme nous l'avons dit au chapitre précédent, non pas sur l'état actuel du domaine, mais sur le revenu moyen présumable des terres convenablement cultivées. Il aura ensuite à rechercher le montant de la dette totale du colon

emprunteur : si la somme nécessaire dépasse le chiffre prévu aux statuts de la Société, il sera fait appel pour le surplus au crédit hypothécaire.

Le directeur régional sera juge enfin des moyens à prendre pour obtenir des précédents créanciers de l'emprunteur des délais de remboursement et pour modifier, s'il y a lieu, suivant la pratique de la Société, la date d'échéance des intérêts.

Puis, joignant à tous ces renseignements une analyse des terres et un avis sur le genre de cultures et d'assolement qu'il conviendrait de leur appliquer, le Directeur régional transmettra le tout à l'Inspecteur, juge en dernier ressort de l'opportunité du prêt.

L'opération réalisée, ce sera encore le directeur régional qui devra contrôler l'emploi des sommes prêtées, tenir la caisse et la comptabilité de chaque colon, surveiller l'exploitation de la propriété et tenir la main à l'exécution opportune des travaux prévus au contrat.

Dans l'administration des domaines de son ressort, le directeur régional devra sans cesse s'inspirer des avis de son supérieur hiérarchique et toujours avoir en vue l'intérêt commun du colon et de la Société. Il pourra, s'il le juge utile, s'entourer de garanties particulières à l'égard de certains emprunteurs : placer, par exemple, près du colon négligent un gérant-adjoint, ou même substituer complètement au propriétaire incapable un

métayer de son choix, après avis et enquête de son Inspecteur direct.

C'est encore par les soins du directeur régional etsurlesindicalionsde l'Inspecteur, correspondant avec la Direction Générale, que seront vendus, suivant les cours établis par les relations syndicales, les produits des domaines du ressort, lorsque les propriétaires n'auront pas usé, dans le délai convenable, de la faculté de traiter eux-mêmes.

Enfin, le Directeur régional sera chargé d'encaisser les recettes et devra dresser, en fin d'année, le bilan de chaque propriétaire, pour établir la situation passive de tous les domaines confiés à ses soins.

Ajoutons que le Directeur régional aura la présidence des coopératives organisées entre les colons de son ressort. C'est également lui qui, par l'intermédiaire de l'Inspecteur, représentera les propriétaires dans les syndicats de la Société pour l'achat du matériel et pour l'écoulement des produits.

2) Stagiaires.

Nous ne citons ici que pour mémoire les stagiaires, futurs directeurs régionaux, recrutés en nombre égal à ces derniers parmi les lauréats des Ecoles d'agriculture. Nous parlerons plus loin de ces stagiaires, en traitant des fermes d'essai. Chaque directeur régional aura près de lui, à titre d'auxiliaire, un de ces jeunes gens.

3) Inspecteurs.

L'inspecteur est le chef hiérarchique du directeur régional. Chaque inspecteur a sous sa haute surveillance dix régions, soit en tout400 propriétés, ou 12000 hectares de terres. Le rôle de l'inspecteur est de surveiller la gestion des directeurs régionaux et de centraliser les comptes dressés par eux. C'est l'inspecteur qui établit les conditions des nouveaux prêts, qui détermine la somme à demander en chaque cas au crédit hypothécaire, qui signe les contrats au nom de la Société. Les inspecteurs auront le soin de régler les imputations à faire pour chaque circonscription sur la caisse d'assurance mutuelle pour la garantie de l'intérêt ; ils fixeront aussi annuellement la quote-part de chacun des mutualistes dans la réfection de ce capital d'assurance. Ils auront la direction des caisses d'assurance mutuelle contre la mortalité du bétail. S'il y a dans une région insuffisance ou surcroît de production c'est l'inspecteur qui devra en rechercher les causes et donner son avis à la Direction générale sur les moyens de conjurer la crise.

Les Inspecteurs seront juges des mesures conservatoires et coërcilives à appliquer aux colons dans certains cas, sur le rapport des Directeurs régionaux. Ils enverront chaque année, à la Direction générale, la balance de tous les comptes particuliers de la circonscription : ils y joindront

un rapport circonstancié sur l'état des affairas dans leur région.

Ils seront chargés de transmettre aux directeurs régionaux les renseignements divers fournis par l'action syndicale, afin que ceux-ci puissent aider de leurs conseils les propriétaires : de la sorte, les efforts des colons pourront porter spécialement sur les productions les plus recherchées et les plus rémunératrices.

Parmi les inspecteurs seront choisis les Membres du Conseil d'administration de la Société et les directeurs des fermes d'essai.

4) Directeur général.

Placé à la tête de l'administration, ce directeur général aura pour mission de centraliser tous les bilans des comptabilités particulières et de publier chaque année un rapport complet sur l'état de la Société. Ce rapport indiquera les résultats obtenus ; le chiffre des amortissements effectués par les débiteurs, et le quantum des nouveaux prêts consentis. Il contiendra en outre le bilan général des caisses d'assurances mutuelles, avec indication du nombre des sinistres survenus dans l'année. On y verra enfin le compte des sommes prises pour le paiement des intérêts sur le fonds de réserve, avec mention de ce qu'aura dû verser chaque coobligé pour combler ce déficit.

Le directeur général devra s'attacher spécialement à étendre l'action syndicale de la Société. C'est grâce à cette action en effet qu'il sera possible de créer de nouveaux débouchés pour les produits agricoles, de se tenir constamment au courant des besoins actuels du commerce, de suivre les variations des cours, d'assurer, en un mot, aux agriculteurs l'écoulement rapide et rémunérateur de leurs diverses récoltes et de supprimer dans une large part l'intervention des intermédiaires.

Le soin de diriger la production rentrera également dans les attributions du directeur général. Ildevra, par exemple, fairecultiverdansles endroits favorables les denrées les plus recherchées et par conséquent les plus faciles à vendre.

Il répartira entre les directeurs régionaux les charges des syndicats ; il fera connaître aux inspecteurs les perfectionnements de la science agricole susceptibles d'améliorer le sort des travailleurs.

C'est encore le directeur général qui déterminera chaque année le montant des sommes à souscrire aux Caisses de Crédit hypothécaire, dont nous allons parler bientôt.

C'est lui qui réglera, suivant l'ordre de mérite et l'importance des résultats obtenus, l'avancement du personnel de la Société.

Enfin le directeur général sera constamment en rapport avec le Gouvernement pour la détermination des travaux publics susceptibles de favoriser

les progrès de l'agriculture et pour obtenir de lui la concession des nouvelles terres décolonisation.

On comprendra que nous ne prétendions pas énumérer ici de façon complète les attributions de ces divers représentants de la Société : nous voulons simplement donner à ce sujet quelques notions indicatives, pour permettre seulement au lecteur de se faire une idée de la répartition des rôles et des responsabilités de chaque organe.

D'une façon générale, le but poursuivi par l'Assistance Agricole, et à la réalisation duquel devront tendre les efforts de tous, sera triple :

1» Améliorer d'abord l'hygiène et le bien-être des colons ;

2° Perfectionner l'outillage agricole et obtenir ainsi des produits meilleurs, plus abondants et plus rémunérateurs ;

3° Enfin, développer chez le travailleur rural l'esprit d'association et de mutualité.

Il faut mentionner encore, à côté de ces rouages directeurs, l'existence de Moniteurs, sorte de gérants auxiliaires, choisis par la Société, mais payés directement par le propriétaire qui les emploiera.

Ce sont là d'ailleurs de simples sous-ordres, qui ne comptent pas à proprement parler dans le per-

sonnel de l'Assistance Agricole. Nous aurons l'occasion de traiter plus longuement des moniteurs, à propos des fermes d'essai.

Comment sera rémunéré le personnel de V Assistance Agricole.

Pour que les divers agents de l'Assistance Agricole rendent vraiment les services que l'on attend d'eux, il faut avant tout empêcher qu'ils se puissent considérer comme de simples fonctionnaires, ce qu'il sera facile d'éviter en les intéressant personnellement à la prospérité de l'entreprise.

A cet effet, tous devront d'abord être tenus de fournir en actions de la Société, une garantie suffisante de gestion. En outre, leur salaire sera constitué, pour une part seulement, d'appointements fixes et, pour le reste, d'une participation aux bénéfices.

Voici quelle nous semblerait devoir être sur ce point la solution préférable :

Nous admettons que l'émission du capital social (qui est, nous le rappelons, de 100 millions) sera faite au taux de 3 1/2 0/0.

Les prêts devant être consentis aux colons au taux de 5 0/0, cela fera par conséquent, au profit de la Société, une différence annuelle totale de 1.500.000 fr.

C'est sur cette somme que devont être pris les appointements du personnel.

Or, on peut admettre, d'après les calculs reproduits plus haut, que l'Institution pleinement développée comprendra 250 directeurs régionaux ; 25 inspecteurs ; 250 stagiaires ; 1 directeur général.

Nous laissons de côté le personnel des fermes d'essai et celui des caisses hypothécaires : car ce seront là des institutions distinctes.

Nous proposerions donc de donner au personnel de l'Assistance agricole les appointements fixes suivants :

Directeurs régionaux 2.000 fr. soit pour 250 500.000 fr.

Inspecteurs o OOO fr. — 25 125.000 fr.

Stagiaires 1.000 fr. — 250 250.000 fr.

Directeur général 50 OOO fr.

Au total : 925.000 fr.

Ces appointements fixes déduits des 1.500.000 fr. dont disposera la Société, laisseront un boni de 375.000 fr. sur l'emploi duquel nous aurons à revenir.

Quant aux augmentations de traitement proportionnelles aux résultats obtenus par la Société, elles se calculeraient de la façon suivante :

Sur le produit net de chaque propriété, soumise au régime de l'Assistance agricole, serait prélevée une somme de 5 0/0, que l'on répartirait comme suit, entre les divers agents qui auraient collaboré à la gestion :

2 0/0 au directeur régional.

1 0/0 au stagiaire.

1/2 0/0 à l'inspecteur.

1/5 0/0 au directeur général.

Le reste serait mis en réserve.

Suivant ce calcul, si le revenu net d'une propriété est de 3.000 fr., le prélèvement de 5 0/0 donnera 150 fr. soit :

60 fr. pour le directeur régional.

30 fr. pour le stagiaire.

15 fr. pour l'inspecteur.

6 fr. pour le directeur général.

Total : 111 tr., ce qui laisse pour la réserve : 39 fr.

Si l'on suppose que toutes les propriétés (au nombre de 10.000) rapportent une moyenne de 3.000 fr., cela fera 30.000.000 fr. La somme prélevée (à raison de 5 0/0) sera donc de 1.500.000 fr. En faisant, comme ci-dessus, la répartition de cette somme on aura :

2 0/0 Aux Directeurs généraux. 600.000 fr.

(Soit pour chacun 600.000 : 250=2400 fr.)

1 0/0 Aux stagiaires 300.000 fr.

(Soit pour chacun 300.000 : 250=1200 fr.)

1/2 0/0 Aux Inspecteurs .... 150.000 fr.

(Soit pour chacun 150.000 : 2o=6000 fr.)

1/5 0/0 Au directeur général. . . 60.000 fr.

Total: 1.110.000 fr.

Il resterait donc un boni de :

En ajoutant le boni ainsi réalisé à celui de 575.000 fr. constaté plus haut, on obtient comme réserve annuelle 965.000 fr.

Cette somme servira d'abord à l'établissement de nouvelles directions régionales et de nouveaux inspectorats : car chaqueannée, d'anciens emprunteurs rembourseront leurs dettes (nous avons prévu plus haut que cet amortissement annuel s'élèverait à 1/5 du crédit total) et la Société, par conséquent, pourra étendre son action à de nouvelles régions.

La création de ces nouveaux postes nécessitera annuellement une moyenne de 400.000 fr. environ.

On fera également appel au fonds de réserve pour la création et l'entretien des fermes d'essai (installation, outillage, appointements du directeur et du personnel).

On pourra encore consacrer une certaine somme à l'exploration de nouveaux territoires de colonisation, à des expériences agricoles, à l'encouragement de l'esprit d'association (subventions aux syndicats et aux caisses d'assurance mutuelle ; secours aux agents de la Société malades ou victimes d'accidents).

Tout ce programme de dépenses n'est, d'ailleurs, donné ici qu'à titre d'indication et devrait être définitivement établi par le conseil d'administration de la Société.

§ III. FERMES D'ESSAL

Nous avons indiqué plus haut que le personnel de la Société d'Assistance agricole devrait comprendre un nombre de stagiaires égal à celui des directeurs régionaux, ces stagiaires étant destinés à devenir directeurs. Mais on comprendra que la situation de directeur régional exige des titulaires une expérience, une maturité d'esprit, un tact et, pardessus tout, une moralité à toute épreuve, ensemble de qualités assez rare chez de tout jeunes gens, frais émoulus des Ecoles.

On fait, non sans raison, à nos écoles d'agriculture et particulièrement à nos Ecoles nationales le reproche de ne pas assez initier leurs élèves au côté économique et pratique de la culture, de se borner trop exclusivement aux éludes théoriques. Cela fait qu'à la sortie des écoles, ces jeunes gens inspirent peu de confiance pour la direction d'exploitations agricoles et se voient souvent évincés dans les emplois de ce genre par des paysans, beaucoup moins instruits, mais munis de connaissances pratiques bien supérieures. Le propriétaire rural cherche en effet sur toutes choses la réalisation de gros bénéfices : et la science pure, sans être négligeable en agriculture, ne peut cependant tenir lieu des méthodes pratiques, qu'un long exercice a consacrées. Le but des fermes d'essai est précisément de donner aux jeunes gens la formation pratique qui leur manque au sortir des écoles.

Ces établissements pourront être installés, soit sur des domaines loués par la Société d'Assistance agricole dans les régions colonisées, auxquelles elle se propose d'étendre son action dans un avenir prochain, soit sur des territoires encore incultes dont elle fera la première l'expérience.

Dans ces fermes auront lieu, aux frais de la Société, des essais d'outillages, de culture et d'acclimatation ; mais cela, dans une faible mesure, l'institution ayant surtout pour but l'exploitation des richesses du pays par les procédés locaux perfectionnés d'après les données de la science.

Au sortir des écoles d'agriculture les futurs directeurs, après un an de stage gratuit à la Direction Générale où ils seront mis au courant de tous les services, seront placés donc dans ces termes d'essai : ils y travailleront sous la direction d'un inspecteur chargé de leur éducation pratique.

Ces fermes d'essai devraient être d'une étendue relativement restreinte, de telle sorte que chaque inspecteur n'ait à la fois sous sa direction que dix stagiaires. Ceux-ci travailleraient de leurs propres mains à la culture, ils seraient aidés d'ailleurs par des employés subalternes en nombre double, destinés eux-mêmes à occuper ensuite des places de moniteurs. On a vu plus haut en effet que ces moniteurs auront pour rôle soit d'aider ou de remplacer les colons incapables ou absents, soit de gérer les métayages, en cas de mort ou d'éviction des propriétaires.

Chaque ferme d'essai sera une exploitation autonome, sous la direction de l'inspecteur qui répartira les responsabilités entre les sous-ordres. Les bénéfices de l'exploitation seront partagés par moitié entre les stagiaires et les inspecteurs-directeurs. Quant aux apprentis-moniteurs, ils auront une rémunération fixe. La Société fera naturellement tous les frais d'installation : bâtiments, achat de cheptel, achat de matériel, fourniture de fond de roulement, provisions, etc.

La nourriture du personnel, le paiement et l'entretien des futurs moniteurs, seront comptés sur les frais généraux.

La vente des récolles et produits divers se fera par l'intermédiaire des syndicats, et, en fin de chaque année, le revenu net, frais généraux et avances de la Société défalqués, sera partagé par moitié entre l'inspecteur-directeur elles stagiaires.

En dehors de celte remise proportionnelle et de leur logement, les futurs stagiaires ne toucheront pas d'autres appointements. Ce slage devra durer deux ans. L'inspecteur-directeur recevra un traitement fixe de 5.000 tr.

Le rôle de cet inspecteur-directeur sera de répartir entre les stagiaires les charges de l'exploilation, de surveiller les travaux et de tenir la comptabilité. Il devra s'efforcer en toute occasion d'instruire les élèves confiés à ses soins, de leur faire remarquer les résultats obtenus, de leur faire toucher du doigt les causes d'insuccès en leur montrant les

moyens d'y remédier, de les préparer en un mot aux devoirs de leurs futures charges.

A l'expiration de leurs deux années de fermeécole, les stagiaires seront répartis dans les divers services de la Société (inspections, directions régionales, direction générale) ; ils auront alors un traitement fixe de 1.000 fr. et en outre une remise proportionnelle, calculée comme nous l'avons vu plus haut.

On pourra les charger alors, par ordre de mérite, des intérims des directions régionales, sous le contrôle du directeur régional voisin (auquel ils devront abandonner la moitié de la remise proportionnelle).

On pourrait aussi leur confier la direction des circonscriptions dont les propriétaires se trouveraient libérés de leur dette envers la Société et ne resteraient tenus qu'envers les caisses hypothécaires. Ces directions, d'une gérance moins difficile, seraient soumises par nombre de vingt à un inspecteur spécial.

Les propriétaires de cette catégorie se trouveront en effet soumis à une surveillance moins grande, n'ayant plus à verser à la Société qu'une quotité de 2 1/2 o/o de leur revenu net, pour frais de surveillance. Cette somme serait alors répartie, comme seul appointement, entre le stagiaire-directeur (qui prendrait 2%) et l'inspecteur (qui aurait 1/2 %).

Enfin le stagiaire sera suffisamment préparé pour devenir directeur-régional.

Ainsi les stagiaires, avant d'être nommés directeurs, seraient assujettis à cinq années de stage, dont une à la direction générale, sans appointements, deux dans les fermes d'essai, et deux dans les rôles actifs de l'Administration.

En admettant que, suivant les calculs ci-dessus, la Société puisse chaque année étendre à 2.000 nouveaux propriétaires de 30 hectares environ l'assistance de la Société, cela nécessiterait donc annuellement le recrutement de 62 stagiaires. Mais l'on pourra sans inconvénients en élever le chiffre, sur lequel seront prélevés les agents nécessaires pour la représenter utilement en France et à l'Etranger, ceux qui seront chargés du soin des propriétaires tenus seulement hypothécairement et enfin ceux qui ne prendront rang dans l'administration que pour se mettre au courant des pratiques agricoles, nécessaires pour gérer leurs propres entreprises.

En terminant nous devons faire une remarque. Après l'exposé financier ci-dessus, certains de nos lecteurs trouveront sans doute, et non pas sans raison, que la réserve de 925.000 fr. serait insuffisante pour pouvoir, à elle seule, faire face à l'accroissement d'un cinquième par an des opérations foncières de la Société, à la créationdes fermes d'essais, et aux autres dépenses syndicales prévues ; il est possible en effet qu'il y ait un déficit.

Aussi bien ne prétendons-nous pas avoir donné ici le dernier mot de l'organisation financière de la Société. Mais le déficit, s'il y en avait serait comblé aisément soit par une augmentation légère du taux de l'intérêt servi par les débiteurs, soit par une indemnité de remboursement proportionnelle au capital remboursé à la Société et qui représenterait, suivant les mêmes calculs, un cinquième seulement de l'intérêt du capital remboursé, c'està-dire 1 pour cent.

Les Moniteurs

Quelques mots maintenant des Moniteurs. Ils seront choisis parmi les fils des colons ou parmi les immigrants français lettrés, mais trop pauvres pour aborder d'emblée le métayage ou la propriété. Tous devront avoir fait leur apprentissage, en qualité d'ouvriers agricoles, chez les colons de la région.

Ils seront alors admis dans les fermes d'essai, s'y perfectionneront, et recevront à leur sortie un diplôme de moniteur, grâce auquel la Société les emploiera suivant les besoins, comme gérants ou métayers. Puis, s'ils arrivent par leur travail et leur bonne conduite, à réunir un capital suffisant, ils pourront à leur tour devenir propriétaires dans les nouveaux centres créés par la Société.

Telle devrait être dans ses grandes lignes, l'organisation de la Société d'Assistance agricole. Le système que nous proposons nous paraît, en effet, donner satisfaction aux intérêts de tous :

Au capital : ce crédit procure la garantie absolue des placements et l'assurance du paiement de l'intérêt. Il permet aux petits capitalistes de tirer parti de leur épargne, et évite autant que possible la stagnation improductive de l'argent. Il donne enfin au créancier hypothécaire la faculté précieuse de rentrer chaque année dans tout ou partie de sa créance, ou lui facilite, au contraire, la prolongation indéfinie de son placement.

Au travail, notre système d'assistance agricole n'est pas moins utile : il met aux mains du colon tous les moyens qui lui sont nécessaires pour tirer de sa terre le meilleur parti possible ; il prépare un écoulement certain, rapide et avantageux des produits ; il assure l'existence du travailleur et le garantit contre les menaces redoutables d'expropriation ; il rend très facile l'amortissement de sa dette, en lui permettant les remboursements fragmentaires. Ce système, en outre, sauvegarde les intérêts des mineurs, des malades, des absents et des incapables. Il procure au colon laborieux un accroissement certain de bien-être et de richesse. Par l'action syndicale, le propriétaire pourra se procurer, à meilleur compte, les objets nécessaires à son exploitation et il vendra plus cher ses produits. L'action bienfaisante de la Société large-

ment développée se fera sentir encore comme régulatrice de la production et supprimera entre le producteur et le consommateur la plupart des intermédiaires coûteux,qu'il faut subir aujourd'hui.

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