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POUR L’INSTRUCTION DES AVEUGLES

L’Institut Privé pour l’Instruction des Aveugles est situé « Loretta Platz ». Les enfants y sont admis à 8 ans; c’est-àdire à l’époque où ils peuvent sortir de l’Ecole Enfantine. On

les garde jusqu’à i4 ans âge auquel on les admet à l’Institut professionnel Klar.

Au commencement du siècle dernier les Pragois avaient réalisé, par soucription, une somme de 108.249 florins pour la construction d’un pont sur la Moldau. L’idée de cette construction fut abandonnée. Le Comte Joseph de Wallis, Président de la Régence de Bohême engagea les souscripteurs à consacrer les fonds recueillis à une œuvre humanitaire, et, ayant obtenu leur assentiment, forma un Comité d’études dont firent partie notamment, le Docteur Aloïs Klar et le Professeur de statistique Mader. Celui-ci qui avait failli perdre la vue et compatissait plus particulièrement au malheur des pauvres Aveugles proposa de leur créer une école. Le Prince de Schwarzenberg, Directeur des Hospices et des Secours publics d’Autriche avait pu apprécier les résultats obtenus en France par la méthode de Valentin Hauy. L’idée fut adoptée et le Docteur Aloïs Klar rédigea les statuts de la future Institution. L’Empereur donna l’Hôtel de Loretta Platz où les services s’installèrent et l’Ecole ouvrit ses portes en octobre 1808 .

Le programme des études, très sommaire au point de vue littéraire et scientifique, portait particulièrement sur la morale religieuse et comprenait aussi les travaux manuels accessibles aux jeunes Aveugles: tricotage, filage, vannerie, brosserie, cartonnage, etc.

Il y avait au début 4 élèves, tous garçons. En 1812, les filles furent admises.

L’éducation musicale, confiée aux professeurs du Conservatoire national de Prague, produisit quelques bons artistes, entre autres Joseph Proksch qui fut célèbre en son temps.

L’établissement subit des fortunes diverses. Depuis sa fondation on y avait adjoint une Clinique Ophtalmologique embryonnaire qui fut considérablement augmentée vers 1825. Elle contenait alors 16 lits. Mais bientôt on l’incorpora à la Clinique Impériale de l’Hôpital de Prague.

Le corps enseignant était composé d’un aumônier catholique qui recevait 100 florins par an et donnait, aidé d’un suppléant, l’instruction religieuse ; d’un professeur ayant aussi son suppléant ; d’une maîtresse de travaux ménagers et de plusieurs maîtres de travaux manuels.

Les dotations de l’Empereur et de l’Etat de Bohême, le produit des concerts payants, ne suffisaient pas à l’équilibre du budget, d’où une insuffisance déplorable de matériel scolaire. Les professeurs fabriquaient eux-mêmes tant bien que mal, et plutôt mal que bien, leurs cartes en relief, faute d’argent pour en acheter.

Vers 1857 les dons affluèrent. La Diète, en 1867, accorda une subvention anuelle de 2.000 florins qui fut portée à 6.800 couronnes en 1894, et à cette somme vint s’ajouter une annuité de 6.000 couronnes prélevées sur le fonds des orphelins. Il y avait alors 3o élèves.

La Direction de l’Institut resta laïque jusqu’en 1 83g , époque à laquelle les religieuses furent autorisées à s’établir en Bohême, où elles fondèrent immédiatement une maison-mère.

En 1906 le nombre des élèves était de 83 ; il est aujourd’hui de io3, dont 65 garçons et 38 filles. Le jour de ma visite, l’école était vide. Les pensionnaires étaient encore en vacances à la campagne. On procédait au grand nettoyage annuel. Je pus constater que les enfants ne devaient manquer de rien, matériellement ; mais qu’il en pouvait ne pas être de même intellectuellement , à en juger par les salles d’études et leur rudimentaire mobilier. L’Institut Privé est géré par sept religieuses : deux sœurs-maîtresses dont une pour les travaux manuels, quelques servantes et un domestique. J’ai entendu dire beaucoup de bien du dévouement de ce personnel, un peu moins de sa capacité éducatrice. Les dortoirs, la cuisine, les salles sont entretenus dans un état parfait de propreté. On fait là, en somme, beaucoup de religion, beaucoup de musique, un peu d’enseignement primaire et presque pas d’apprentissage manuel.

Les dons des particuliers, depuis l’origine, s’élèvent à i66,5o5 couronnes ce qui, joint au capital de fondation et aux subventions officielles assure, assez largement, la vie de l’Institution.

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