‹ L'assistance des enfants anormauxChapitre 26 sur 27 · CONSIDÉRATIONS ÉCONOMIQUES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS ÉCONOMIQUES

L’assistance de 12 à i 5 ,ooo enfants dégénérés ne se ferait pas évidemment sans une augmentation appréciable des charges publiques, dont il faut se préoccuper dans la recherche d’un programme d'organisation pratique. C’est cette légitime préoccupation tpii conduisit les législateurs de 1907 aussi bien que ceux de i 838 à laisser dans la loi la porte ouverte aux exceptions, aux délais d’exécution, aux ententes interdépartementales. Pour ce cpii concerne les enfants dégénérés, c’est cette même préoccupation d’économie qui a inspiré — pour une grande part au moins — les aliénistes, dans leurs propositions d’établissements régionaux, avec spécialisation

des moyens d’utilisation (asiles-écoles, type industriel et asiles-écoles, type agricole de Rey).

En vérité, l’avantage économique des organisations régionales d’assistance semble aussi contestable cpie leur avantage médical et moral est niable, et il ne serait pas sans intérêt que les commissions des Chambres chargées de l’étude du projet de révision de la loi de i 838 fissent une enquête approfondie sur ce point spécial, avant d’arrêter leurs propositions.

Si, dans l’appréciation du régime économique des grands asiles interdépartementaux, on tenait un compte exact des frais de transfert, de rapatriement, d'inspection, de l’insuflisance de l’utilisation et des résultats curatifs obtenus, on en viendrait peut-être à penser que la modicité relative du prix de journée payé et le bénéfice des dépenses de construction et d’entretien ne sont qu’un trompe-l'œil pour les finances des départements, qui exportent actuellement leurs malades.

L’institut médico-pédagogique régional, pour fonctionner d’une façon autonome, devrait être organisé pour 5 à 600 enfants au moins, et desservir 6 ou 8 départements et plus dans certaines régions. C’est par centaines de kilomètres qu’il faudrait compter les déplacements des parents, des malades et du personnel, pour les admissions, les sorties, les congés et les échanges avec les hospices. Dans ce mouvement, que la nature même des malades rendrait très actif, il y aurait une source d'incommodités, de ditlicultés incessantes et une cause de dépenses énormes. Et quant à la spécialisation des formes cliniques et des modes d'utilisation, dont on fait état au double point de vue médical et économique, elle serait rendue impossible par la nécessité de satisfaire les convenances des familles, de tenir compte des aptitudes des enfants et de varier le plus possible les modes d’éducation professionnelle.

La construction et l’installation d’un institut autonome régional pour 5 à 600 lits coûteront, au minimum, t\,ooo à 4^00 francs par lit ; sous la forme de pavillons neufs, annexés à l’asile d’aliénés mais complètement distincts, avec classes, salles de gymnastique, de récréations, d'hydrothérapie, avec l’utilisation des services généraux, des ateliers, du domaine cultural déjà existants, — comme il a été fait dans le département de la Somme pour un service d’enfants dégénérés perfectibles qui fonctionnera d’ici quelques mois — le lit revient à 3 ,000 francs, pour 5 o enfants. Pour répondre à une question qui nous a été

posée récemment au sujet d’un projet de création d’un asile d’aliénés dans un département qui en est encore dépourvu, nous avons fait des recherches comparatives sur quelques départements dont les uns ont une organisation complète d’assistance pour les aliénés et les autres font traiter leurs malades dans les établissements de départements étrangers et plus ou moins élsignés. Nous estimons, d’après ces recherches, que les départements qui, renonçant à traiter avec d'autres établissements, s’imposent le sacrifice de créer de toutes pièces une organisation pour traiter chez eux toutes les catégories d’aliénés, sont assurés d’amortir en une trentaine d’années, à l’aide des économies réalisées, le capital qu’ils avancent.

Depuis quelques années, les administrations départementales manifestent une tendance générale à se libérer des traités qui les lien! pour l’assistance de leurs aliénés. De nouveaux asiles sont en construction, d’autres en projet. Ne serait-il pas regrettable que de nouvelles dispositions légales, en ouvrant la porte à de nouvelles ententes, ne vinssent arrêter ce mouvement de séparation, si heureux au point de vue médical, et qui, considéré dans son avenir, serait bien conforme aux intérêts moraux et financiers des départements.

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