ACTION DES CONGRÈS ET DES ASSOCIATIONS
Cet acte législatif, dont on n’a pas été sans critiquer l’obscurité du fond et la confusion de la lettre, semble en eflet bien insuflisant, si on le tient pour l’aboutissant du mouvement si actif qui, depuis quinze ans, s’est produit dans les congrès, associations, revues médicales et philanthropiques el dans toute la presse, en faveur de l’organisation de l’assistance des arriérés de toutes catégories.
Le rapport de Bourneville au Congrès national d'assistance de Lyon , en 1894, marquait le point de départ de ce mouvement. Les conclusions furent sanctionnées par le vœu :
Que le Parlement vote dans le plus bref délai possible le projet de loi tendant à la révision de la loi du 3o juin i838 sur les aliénés et adopte l’obligation de l'assistance des enfants idiots et dégénérés, inscrite à l'article I er du projet de loi adopté par la commission de la Chambre ; qu’il soit donné suite, par les administrations préfectorales, aux vœux adoptés par les conseils généraux d'un certain nombre de départements, tendant dès maintenant à la création d’asiles interdépartementaux ou de quartiers spéciaux pour cette catégorie d’enfants anormaux.
L’aunéc suivante (189.5), un nouveau débat sur la même question s’ouvrait à Bordeaux devant le Congrès international pour la protection de Venfance, lequel adoptait le vœu proposé par Régis et Rousseau Saint-Philippe :
Que l’assistance des enfants arriérés, imbéciles, idiots, crétins, compris sous le terme commun de dégénérés, soit organisée au plus tôt par la création, en nombre suffisant et au moins dans les grands centres, d’établissements spéciaux analogues aux institu-
tions de sourds-muets, ayant à la fois le caractère d’établissements de traitement et d’éducation.
Successivement, en 1896, 1898, 1900, la Ligue de VEnseignement réclamait :
Que la loi de i838 sur les aliénés soit revisée dans le plus bref délai en adoptant l’obligation de l’assistance et de l’éducation des enfants idiots et arriérés ; qu'il soit fait un recensement spécial de tous les enfants anormaux ; qu’il soit créé, pour les recevoir, un eertain nombre d’établissements régionaux au moyen d’un prélèvement opéré annuellement sur les fonds du pari mutuel.
Avec les grandes réunions internationales de Paris, en 1900, le débat s’élargit encore et s’installe dans tous les milieux où l’on s’occupe de questions médicales et sociales.
La Ligue française pour la défense des Droits de l'homme et du citoyen , Y Association française pour Vavancement des sciences , le Congrès d'anthropologie criminelle d’Amsterdam, en 1901, émettent des vœux pressants en faveur de l’assistance et du traitement des enfants anormaux, et, en 1902, le Congrès d‘assistance familiale d’Anvers, entrant plus avant dans la question, formule les premières données d’un programme d application en réclamant :
Qu’il soit créé, dans les écoles communales, des classes spéciales sous la surveillance de médecins ; que les instituteurs de ces écoles reçoivent de l’Ecole normale des rudiments de psychiatrie ; que l’on établisse des colonies familiales avec des asiles-écoles où les enfants anormaux puissent, sous une direction médicale compétente, recevoir le traitement médico-pédagogique intégral, après avoir subi dans les écoles spéciales et les instituts médico-pédagogiques une période d’observation suffisante.
En 1902, sur la proposition du I) r Larrivé, le Congrès des aliénistes de Grenoble adopte un vœu analogue.
C’est au Congrès national d’assistance de Bordeaux , en 1903, que fut discutée avec le plus d’ampleur la question de l’assistance des anormaux psychiques et que, sur la proposition du D r Jacquin, fut adoptée une suite de vœux qui constitue un véritable programme d’ensemble :
i° Qu’il soit fait un recensement de tous les enfants anormaux.
2 0 Que la loi du 28 mars 1882 reçoive son application intégrale non seulement au profit des jeunes aveugles et sourds-muets des
deux sexes, mais encore en faveur des arriérés. l’instruction
comprenant un enseignement intellectuel et un enseignement professionnel.
3° Qu’une école normale destinée à former des candidats au professorat soit annexée., à l’hospice de Bicêtre pour les ar¬
riérés.
4° Que tous les enfants anormaux des familles nécessiteuses reçoivent, à défaut d’autre assistance, l’assistance publique dans les mêmes conditions que les adultes (secours à domicile, placement familial, hospitalisation, etc.).
5° Que le Parlement vote, dans le plus bref délai possible, une disposition législative qui rende obligatoire l’assistance des enfants arriérés, idiots, épileptiques, etc.
6 * Qu’il soit organisé, dans les grandes villes, soit indépendantes, soit annexées aux écoles primaires, des classes spéciales pour les enfants arriérés simples, et, s’il y a lieu, des internats de perfectionnement des arriérés et des instables.
7 ° Qu'il soit créé pour les idiots complets et les idiots intellectuels perfectibles, un certains nombre d’établissements régionaux ayant à la fois le caractère d’établissements de traitement et d'éducation (asiles-écoles ou instituts médico-pédagogiques) et pour les épileptiques, des colonies autonomes ou des quartiers annexés d’asile d’aliénés.
8 ° Que des écoles de préservation interdépartementales pratiques ou privées soient instituées en nombre suffisant avec la participation de l’Etat, pour le traitement et l’éducation des enfants instables et vicieux (arriérés normaux et dégénérés supérieurs).
Au Congrès des aliénistes et neurologistes de Rennes en 1905, Bourneville appuie ces revendications par un copieux recueil de documents cliniques, montrant les résultats curatifs obtenus chez les idiots par un traitement médico-pédagogique méthodique et longuement poursuivi.
La même année le Congrès d'assistance familiale de Liège adopte le vœu que la « loi prévoie et rende obligatoire l’éducation médico-pédagogique aux enfants anormaux et arriérés et la rattache à l’assistance familiale toutes les fois que possible ».
Le deuxième Congrès international pour l'assistance des aliénés , siégeant à Milan en 1906, propose a nouveau le programme de renseignement des arriérés dans les classes ou établissements spéciaux, et des idiots et imbéciles dans les instituts médico-pédagogiques.
En 1907, au Congrès des aliénistes et neurologistes de Genève, le D r Bonnet expose les résultats encourageants
d'un essai d’assistance familiale des arriéres de la Seine.
Enfin, le troisième Congrès international pour l'assistance des aliénés , qui se tiendra à Vienne d’ici quelques mois, a, comme ses devanciers, inscrit l’assistance des idiots, épileptiques et dégénérés, au nombre des grandes questions de son programme, avec le I) r Schiner (de Vienne) et le 1 > Weygandt (de Würtzbourg) comme rapporteurs.
Le problème de l'assistance des enfants anormaux ne se pose pas seulement dans les assises périodiques des Congrès nationaux ou internationaux. Il devient un aliment de discussion dans tous les milieux et, dans ces dernières années, il n’est point, sans doute une association philanthropique, ou scientifique, pas une revue médicale, pas un organe de la grande Presse, en France comme à l’étranger, qui n’ait, par la plume ou la parole de ses plus autorisés collaborateurs, apporté sa contribution à l’étude de cette grave question — considérée soit dans son ensemble, soit aux points de vue spéciaux de la clinique, de la statistique, de la médecine légale, de la thérapeutique individuelle ou de la défense collective.