A L’ÉTRANGER
Dans les travaux qu’ils ont publiés sur l’assistance des aliénés et des anormaux psychiques, Sérieux, Blin, Jacquin, Dcmoor, Régis, Chazal, ont exposé les progrès réalisés dans les différents pays d'Europe et d'Amérique. Ces progrès, remarquablement rapides dans les régions du nord, surtout en Allemagne, ont depuis quelques années gagné les pays du sud et se sont développés jusqu'au Japon et en Australie.
Allemagne. — L’assistance des idiots de tous degrés, déjà en partie assurée par les œuvres des pasteurs, a été rendue obligatoire par une loi de 1891 et imposée aux Bureaux de bienfaisance régionaux. L’application de la loi s’est poursuivie avec activité dans toutes les provinces de l'Empire. En i 8 q 5 , on complaît en Allemage 4b asiles spéciaux; en 1902, io 3 asiles avec 20,112 malades et 3 ,^ 4 2 employés. Aujourd’hui, l’organisation hospitalière complète (asiles, hôpitaux, colonies) est en état d’assurer l’assistance et le traitement médico-pédagogique au plus grand nombre, sinon à la totalité, des anormaux psychiques insociables.
Tout d’abord, le traitement était plus pédagogique que médical ; mais l'expérience ayant montré — conformément aux vues de Krayatsch (1895) — que l’éducation des faibles d’esprit est une œuvre essentiellement médicale , tous les établissements sont aujourd’hui dirigés par des médecins aliénistes ayant sous leurs ordres des instituteurs spécialisés et sont divisés en sections distinctes pour les éducables et les non éducables. Les enfants sont
confiés aux soins d’infirmiers diplômés; les garçons les plus âgés à des infirmiers. Les éducables sont répartis en classes de 20 élèves environ, dirigées par des instituteurs spécialisés. Ils sont, suivant leurs aptitudes, entraînés aux travaux manuels et à l’agriculture par des chefs ouvriers, soit dans des ateliers (cordonnerie, menuiserie, reliure, vannerie, couture), soit dans la grande culture et la culture maraîchère, d’abord dans les dépendances et sous la surveillance étroite du personnel, puis dans des colonies avoisinant les établissements. — Ceux cpii sont suffisamment éduqués sont employés chez les particuliers de la région et restent sous la surveillance des inspecteurs; d’autres, en assez grand nombre, sont, par les soins des sociétés de patronage, placés comme ouvriers ou domestiques dans les régions avoisinantes. Les uns et les autres restent sous la tutelle directe du pasteur, du médecin ou de l’instituteur du pays, et sous la surveillance indirecte des médecins de 1 asile le plus rapproché, qui sont chargés de les visiter périodiquement.
Dans son magistral rapport de iqo 3 , Sérieux résume ainsi l’organisation de l’asile provincial d'idiots de Langenhagen, qui peut être cité comme un modèle du genre, et qui comptait, au I er février 1898, (>70 malades (396 garçons, 274 filles) dont 144 épileptiques.
Le personnel médical se compose de 1 médecin en chef directeur, 1 médecin en second et 2 médecins assistants.
Le domaine cultural est de 107 hectares. L’âge de la plupart des malades varie de 5 à i 5 ans ; mais on garde certains sujets ayant dépassé cet âge. On les utilise pour les travaux agricoles et dans les nombreux ateliers. 200 enfants suivent les cours ; ils sont répartis en 10 classes ; la classe supérieure ne compte que 10 élèves. Le personnel enseignant se compose de 3 instituteurs et 5 institutrices. Le personnel de surveillance est dans la proportion de 1 pour 10 pour les enfants éducables et de 1 pour (> pour les enfants non éducables. Les infirmiers couchent dans les dortoirs des malades. Un pavillon est réservé aux agités et aux maladies intercurrentes. Il existe des chambres d’isolement pour contagieux.
Grande Bretagne. — En 1894, il existait (5 asiles publics et 3 établissements privés pour idiots de tous les degrés. Depuis la loi de 1899 — qui rend obligatoire l’examen régulier des anormaux des écoles — de nouveaux établissements ont été fondés, dans lesquels est
appliqué un traitement médico-pédagogique, à la lois physiquo-médical, mental et moral.
Etats-Unis d’Amérique. — Les premiers essai d’éducation remontent à 1818, et la première institution d’Etat, à la suite de la campagne de Séguin, fût fondé en 1848, dans le Massachussett. En 1892, 6 ,o /}4 enfants, imbéciles et idiots, étaient assistés et éduqués dans 20 établissements analogues. En 1901, le nombre des institutions s’élevait à 200 environ : dans tous, le traitement médicopédagogique était appliqué, suivant la meme méthode, comportant l’éducation professionnelle.
Italie. — Un certain nombre d’asiles — les plus importants — comprennent une section spéciale pour les enfants anormaux avec traitement médico-pédagogique. Depuis 1889, une douzaine d'instituts médico-pédagogiques, dirigés par des aliénistes, ont été ouverts dans les principales villes : de plus, Vassociation pour le traitement médico-pédagogique des anormaux a fondé à Rome 3 asiles-écoles, qui s'ont dirigés par des instituteurs, sous la surveillance de médecins spécialistes.
Belgique. — Des progrès très remarquables ont été réalisés depuis quelques années dans ce pays, où un grand nombre d’imbéciles et d’idiots inoffensifs sont assistés dans les colonies familiales de Ghéel et de Lierneux, et qui compte plusieurs grands établissements avec traitement médico-pédagogique ; entre autres à Bruxelles, Anvers et Garni. Pour assurer le traitement méthodique des arriérés, des cours de pédagogie spéciale sont professés par Demoor à Bruxelles et Jonckheere à Anvers. La Société protectrice de VEnfance anormale exerce une surveillance active sur les enfants sortis des écoles et asiles spéciaux.
Suisse. — En ce pays où l’Etat n’est pas roi, et où l’iniative individuelle ou corporative sait faire des merveilles, il a été fondé, depuis la première école médicopédagogique qui date de 1848, plus de 20 établissements similaires, dus pour la plupart à l’initiative privée.
Pays du Nord. — En Danemark, en Suède, en Norwège et en Hollande, l’assistance et le traitement méthodique des anormaux psychiques de tous les degrés, se sont progressivement organisés depuis 5 o ans sous l'impulsion d’œuvres privées et avec le secours de l’Etat. Ils
comportent tous les modes d’établissements, (asiles, instituts, colonies) et l’enseignement spécial par des médecins et des instituteurs spécialisés. En Danemark, conformément au programme de Relier, le régime d’assistance comprend des stations d'essai , par lesquelles doivent passer tous les anormaux psychiques et d’où ils sont envoyés — d’après le caractère et le degré de leur état mental — dans les établissements qui leur conviennent .
En Russie. — En dehors des asiles assez nombreux organisés par les œuvres pieuses, qui assistent les imbéciles et les idiots et ne les traitent que par des pratiques religieuses dans l’amour de Dieu et de la Sainte Vierge, il n’existe qu’un très petit nombre d’établissements pour les arriérés — la plupart dus à des fondations ou à des libéralités — dont le premier, fondé à Riga, date de i 854 - On peut encore citer les instituts de Kieft et de Saint- Pétersbourg, où est appliqué le traitement médico-pédagogique, selon la méthode de Séguin et de Bourneville.
Chazal signale — pour terminer cette revue — qu’il existe une école spéciale pour anormaux à Tokio, une institution privée du même genre à Melbourne et qu’en Espagne — si l’ère des réalisations pratiques n'y est pas encore ouverte — il vient de se créer sur l’initiative de M. F rancisco Pereira une Association pour l'étude , la protection et Véducation des enfants anormaux , dont il est permis d’attendre des résultats prochains.