EN FRANCE
L’assistance des enfants anormaux psychiques ayant jusqu’à ce jour été ignorée de la loi, il n’y a point lieu de s’étonner que nous nous trouvions aujourd’hui, au point de vue de son organisation, au dernier rang des pays d’Europe.
Au congrès de 1894 à Lyon, Bourneville présentait avec tristesse le bilan misérable de cette assistance. E11 190*1, Jacquin au congrès de Bordeaux, discrètement mais non sans mélancolie, constatait le peu de chemin parcouru pendant les dix dernières années. L’enquête du ministère de l’intérieur en 1900, et celle que nous avons faite 11011smème au commencement de cette année, montrent que dans cette dernière période lustrale, comme dans les
cycles précédents, il n’a été fait rien ou presque rien dans le sens des œuvres pratiques d’assistance et d'éducation des anormaux psychiques.
Etablissements publics. — Dans le département de la Seine — qui seul possède une organisation complète
— les anormaux psychiques insociables sont assistés, soit dans des établissements autonomes, soit dans des quartiers spéciaux annexés aux asiles d’aliénés, ce sont : i° La fondation Vallée (234 lits) pour les fdles, annexée à l'hospice de Bicêtre ; 2 0 la colonie de Vaucluse (282 lits) annexée à l’asile du même nom en Seine-et-Oise, pour les garçons; 3 ° l'hospice de la Salpêtrière, un quartier spécial de 120 lits pour les filles; 4 ° l’hospice de Bicêtre, un quartier spécial de 408 lits pour les garçons; 5 ° les colonies familiales de Dun-sur-Auron (Cher) et Ainay-le- Château (Allier) où 28 dégénérés des deux sexes sont depuis peu placés chez les nourriciers à titre d’essai. Dans tous ces établissements — sauf les colonies familiales — le traitement médico-pédagogique est institué avec enseignement professionnel à Bicêtre et à la Salpêtrière et travail agricole à Vaucluse. Il est appliqué par des médecins aliénistes, assistés d'instituteurs, l'administration et la direction étant entre les mains de fonctionnaires exclusivement administratifs.
Au total, le département de la Seine peut assurer le traitement de i,o 5 o enfants dégénérés.
Les autres départements ne sont pourvus que de moyens d'assistance généralement rudimentaires et qui manquent même dans le plus grand nombre. On n'y rencontre aucun hôpital ou institut spécial. L’assistance des enfants dégénérés — dans les départements où elle est pratiquée
— est rattachée à l’asile d’aliénés.
Au 3 i décembre 1903, d'après l’enquête de Bourneville, sur 74 établissements (asiles publics, asiles privés faisant fonctions d’asiles publics et quartiers d’hospice) 9 ne recevaient pas d'enfants, les autres hospitalisaient un total de 1,206 idiots et épileptiques au-dessous de 18 ans, quelques-uns dans des quartiers spéciaux. Dans 9 asiles, les enfants recevaient, sans méthode spéciale, des soins particuliers avec quelques rudiments d'instruction : 4 établissements seulement, les asiles de Saint-Yon et Quatre-Mares (Seine-Inférieure), de Clermont (Oise), de Château-Picon (Gironde) étaient dotés de pavillons particuliers avec traitement médico-pédagogique.
Une enquête que M. le Préfet de la Somme a bien voulu
faire, sur notre demande, au mois de janvier 1908 pour établir le nombre des enfants dégénérés de 6 à 16 ans hospitalisés dans tous les départements a donné les résultats suivants :
SnMBKE DES ENFANTS HOSPITALISES ,