CHAPITRE III
DES MÉDECINS DE GLADIATURE
Les jeux ou plutôt les combats de gladiateurs, après avoir été , pour la première fois, offerts au peuple romain en Fan de Rome 490 , sous le consulat de Ap. Claudius et de M. Fulvius (i), jouirent bientôt d’une telle faveur, et prirent un si grand développement dans les derniers temps de la république et sous l’empire, qu’il se forma de tous côtés des troupes de gladiateurs pour fournir des sujets à une consommation sans cesse croissante.
La gladiature se recrutait à plusieurs sources : premièrement parmi les condamnés pour crimes; secondement parmi les prisonniers de guerre et les esclaves ; et troisièmement à l’aide des engagements volontaires; car il se rencontrait des hommes qui se sentaient attirés par ce singulier genre de dilettantisme, et d’autres qui se jetaient dans les troupes de gladiateurs par désespoir, après avoir dissipé leur fortune et perdu l’estime et la considération publiques. On vit même des femmes s’engager dans la gladiature sous l’empereur Domitien (‘2). Mais quelle que fût la source de ce recrutement, les gladiateurs, avant de paraître en public , devaient être dressés et exercés dans Fart de combattre. Gela
(1) Valère Maxime, lib. II, cap. iv, § 7.
(2) Suétone, Domilianus^ cap. iv; — Stace, Silvarum, lib. 1,6, v. 53. — Tacite, Ann., lib. XV, cap. xxxir.
était d’autant plus nécessaire qu’il existait plusieurs espèces de combattants distingués par des armes particulières et portant des noms spéciaux, tels que : les rétiaires, mirmillons , les laqueatores^ les secutores, etc. , ou les noms des pays dont ils revêtaient les armures ou dont ils imitaient la manière de combattre, comme les Thraces, les Gaulois, les Samnites.
On appelait ludiis gladiatorius (i) , école de gladiateurs, l’espèce de prison ou plutôt de caserne dans laquelle étaient retenus et sévèrement enfermés les hommes destinés à combattre dans l’arène (2). C’était là que des maîtres d’escrime appelés lanistes qui étaient souvent aussi les chefs et propriétaires de troupes, exerçaient leurs gladiateurs à se battre suivant le genre de combat auquel ils les destinaient. C’est pour cela que ces casernes étaient appelées ludi; et c’est dans ce sens que nous leur donnons le nom d’écoles. En fait, les hommes y étaient emprisonnés et soumis à une discipline très-sévère , même quand ils s’étaient librement engagés ; car avant de recevoir ces derniers , on leur faisait prêter un serment terrible qui était l’abandon de leur propre personne (3) et la soumission absolue aux ordres du maître laniste.
Parmi ces écoles, les unes appartenaient à l’Etat, et
(1) Nemo est in Ludo gladiatorio paullo ad facinus audacior,... etc. Cicéron, in Catilinam^ II, 5.
(2) J’ai visité une de ces casernes très-bien conservée à Poœpéi. Ou y a trouvé plusieurs cadavres de gladiateurs enchaînés les fers aux pieds. Ils sont déposés au musée de Naples où je les ai vus.
(3) Pétrone nous a conservé la formule du serment que l’on exigeait de ces volontaires : « In verba Eumolpi sacramentum juravimus, uri, vinciri, verberari, ferroque necari et quidquid aliud Eumol-
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les autres à des particuliers riches ou à des entrepreneurs. Ces dernières étaient déjà nombreuses sous la république et purent fournir un grand nombre de soldats à la guerre des esclaves. C’est de celle que Lentulus entretenait à Capoue que s’échappa Spartacus qui fut je chef de cette révolte (1). Je suis persuadé qu’il y eut des écoles de gladiateurs à Rome avant Galigula^ bien que Friedlænder prétende le contraire (2), et voici mes raisons : D’abord, au dire de Suétone, J. César s’occupa d’un plan de construction pour une école de gladiateurs (3). Il est vrai qu’il n’ajoute pas que cette caserne dut être établie à Rome. Mais Publias Victor place dans la huitième région un Ludus Æmilius dont parle Horace en ces termes :
Æmiliuin circa Ludum faber unus et ungues Exprimet et molles imitabitur ære capillos.
Or, il paraît bien que ce ludus Æmilius était une école de gladiateurs. Porphyre le dit formellement : Æmilii Lepidi ludus gladiatorius fuit , quod nunc Policleti halneum esti^). Beaucoup de commentateurs
pus jussisset, tauquam legitimi gladiatores, domino corpora animasque religiosissime addicimus. » Satyrîcon, cap. cxvir. — Horace y fait aussi allusion : « Quid referl, uri virgis, ferroque necari? » Sat., lib. II; Sat. VII, V. 58.
(1) Florus, III, 20.
(2) Mœurs romaines, etc.,liv. VI, § 2.
(3) Formam qua ludum gladiatorium erat ædificaturus, consideravit..., C. Julius Cœsar, cap. xxxi.
(4) Ars poetica, V, 32.
(5) Cette citation est prise dans .le lexique de Samuel Pitiscus au mot Ludus. Je n’ai pu la vérifier faute d’indications suffisantes; mais le fait qu’elle exprime est affirmé par le lexique de Facciolati, éd. de Leipsick : Æmilius ludus fuit ludus gladiatorius Romæ.
confirmenl ce fait. Il y aurait donc eu une école de gladiateurs avant l’empire et dans le centre même de la ville; car la huitième région était celle dite: forum romaiium.
Toutefois, il est certain que ce fut Domitien qui fonda et fit construire les quatre grandes écoles gladiatoriales connues sous les noms de Ludus magnus^ grande école, de Ludus Gallicus^ école gauloise, de Ludus Dacicus, école dacique et de Ludus matutinus ou Bestiarius, école des bestiaires ; c'était, en effet, une annexe indispensable à famphithéàtre Flavien qui venait d’être terminé. D’après les Légionnaires de Sextus Rufus et de Publius Victor, le Ludus magnus et le Ludus Dacicus se trouvaient dans la troisième région, et le Ludus Galiicus ainsi que le Ludus matutinus dans la seconde. En tous cas, ces écoles étaient situées à côté de l’amphithéâtre Flavien après lequel elles furent bâties. La seconde et la troisième région venaient effectivement se rejoindre dans cet endroit , aux pieds des monts Cælius et Esquilin.
Ces écoles ou casernes occupaient de vastes bâtiments et étaient pourvues d’un matériel très-considérable. Elles formaient une administration importante qui était elle-même composée d’un nombreux personnel. L’épigraphie nous apprend que le directeur était choisi dans l’ordre équestre, parmi les tribuns de légions en retraite et parmi les hauts fonctionnaires civils (1). Il y avait aussi hors de Rome des écoles impériales de gladiateurs à Gapoue, à Préneste et à Alexandrie. Il est évident que ces établissements devaient avoir presque constamment des malades ou des blessés et que la pré-
(1) Voir Henzen, 6158, 6520, 0947 ; et Gruter, p. 411, 1.
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sence d’un médecin y était indispensable. Mais en outre, le régime diététique et les mesures hygiéniques auxquelles les gladiateurs étaient soumis, constituaient un véritable entraînement propre à les fortifier et à développer surtout leur musculature (i). Il se passait là quelque chose d’analogue à l’entraînement auquel on soumettait naguère encore les boxeurs anglais pour leur développer spécialement les muscles des épaules et des bras, de telle façon que l’on faisait naître ainsi une sorte de difformité artificielle, en accumulant, pour ainsi dire, dans une seule partie, les forces qui doivent se répandre dans tout le corps.
Or, ce régime, cette hygiène, ces exercices ne pouvaient nullement avoir lieu sans la direction d’un médecin (2), pas plus que les malades et les blessés ne pouvaient se passer de leurs soins. De nombreux textes anciens ne permettent de conserver aucun doute sur
(1) « Aet cre euxaxTsïv, àvayxoçaYeïv, aTis/eaGai Tuefxfxàxwv , yufxvài^eo-Ôat
TTpoç àvàyxrjv, &pa x£xay[xsvig , èv xaup-axt, ev [jltq ^vyjpbv Tiiveiv, [xv]
oTvov Ôx’£xv)(£v àuXcoç, d)ç taxpw uapaSEÔtoxÉvat cr£avxov xco ETTio'xàx'^. » — « Il faut te soumettre à la discipline ; manger suivant l’ordre ; t’abstenir de friandises; faire l’exercice même malgré toi, à heure réglée, en été comme en hiver; ne pas boire froid, ne pas boire de vin si par hasard il s’en présente; enfin t’abandonner au laniste entièrement comme au médecin. » Arrien, Dissertations d’Épictète^ liv. III, ch. XV. — « Singulis ibi militibus Vitellius paratos cibos, ut gladiatoriam saginam, dividebat. » Tacite, Hist., II, 88.
(2) Voir Gallien ; üoxEpov laxptxrjç ^ yup.vaa-xtxrî; eo-xi xè OytEtvov ; tom. V de l’édition de Kühn, chap. ix. — « Kal TcXotaxw ys xo'jxto x^ èôé'Tgaxt xa6’£xào‘X7]v y]gÉpav oi Trap’-^gïv [xovop.à;(Oi )(pc5vxai , aapxoüvxsç xrjvxou acopaxoç e^iv, x.x.X. » — Id.,n£pc xpocpcov ôuvàp,ca)Ç, liv. I®"^, ch. XIX, tom. VI ; « Et certes les gladiateurs font chaque jour parmi nous un grand usage de cette nourriture {les fèves), engraissant ainsi leurs corps, etc. »
celle double intervenlion de la médecine dans les Iroupes de gladialeurs. Je viens de ciler Arrien, Tacile el Galien donl les lexles sonl précis en ce qui concerne le régime el l’hygiéne ; quanl à ce qui esl relalif aux malades el aux blessés, je n’ai que l’embarras du choix. Scribonius Largus donne un grand nombre de prescriplions de divers chirurgiens pour le Irailemenl des blessures de gladialeurs (1). Galien (2) el beaucoup d’aulres en fonl égalemenl menlion ; el plusieurs inscriplions nous fournissenl des noms el des litres de médecins attachés à ces troupes de com.baltants.
Ce n’esl pas tout encore, les spectacles de l’amphithéâtre où combattaient les gladiateurs devaient assurément, comme les jeux du cirque et autres jeux publics, être pourvus de médecins assistants, prêts à porter des secours immédiats aux blessés et peut-être même aux spectateurs, s’il s’en trouvait qui tombassent soudainement indisposés ou malades. Ce qui rend cette conjecture à peu près certaine, c’est que lors du meurtre de Galigula qui eut lieu pendant un spectacle, un médecin nommé Arcion fut obligé de quitter le théâtre pour aller donner des soins à ceux qui avaient été blessés dans ce tumulte , ainsi que Flavius Josèphe le raconte avec détails (3).
Du reste, il est bien connu que le célèbre Galien lut
(1) De composa ione médicament. : Emplaslrum viride Triphonis facit ad vulnera recentia, quo etiam in gladiatoribus.... cap. Lxxi. — Emplastrum nigrum.... Iioc plerique utuntur in gladiatoribus, cap. Lxxvii, et passim.
(2) 'n£pt Guvôeaewç qpapgaxwv tûv xatà tiv. III, ch. il, p. 564,
tom. XIII de l’édit, de Kühn. — Id.^ ibid.y p. 601.
(3) Antiquités judaïques^ liv. XIX, ch. i.
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chargé par les prêtres de Pergame, sa ville natale, de donner des soins immédiats aux gladiateurs blessés dans l’arène. C’est lui-même qui nous apprend (1) que ces fonctions lui furent confiées à son retour de l’école d’Alexandrie. Or, comme il ne fait pas entendre pour cela qu’il fût médecin attaché à une troupe ou école de gladiateurs, il est naturel de penser que les prêtres lui avaient confié la mission d’assister aux spectacles et de porter secours à ceux qui y étaient blessés. Cette opinion devient de plus en plus certaine si l’on réfléchit aux faits et considérations qui suivent.
Il est établi par les textes des auteurs anciens que beaucoup de troupes de gladiateurs appartenaient à des particuliers ou à des maîtres d’escrime qui les louaient à des entrepreneurs de jeux publics, ou bien qui donnaient eux-mêmes des spectacles pour leur propre compte, soit gratuitement, soit en faisant payer une rétribution. Il n’y a aucun doute que de semblables transactions étaient fréquentes et que c’était un sujet de spéculation très-ordinaire de réunir ainsi des troupes plus ou moins nombreuses de gladiateurs pour en faire commerce en les louant à d’autres, ou en s’en servant soi-même (2). Il n’est pas moins vrai , si l’on en croit Suétone (3), qu’il se trouvait à Rome , au temps d’Auguste, une très-grande quantité de gladiateurs, puisque dans une année de disette , cet empereur dut
(1) Galien, Ilept cruvôecrewç çapixaxwv xwv xaxà yevr). Liv. III, ch. Il, tom. XIII, p. 600 de l’édition de Kühn. — Id., eîçxo ‘luTcoxpàxouç TOpi ttyp-ûv uuopLvripia T. Ibid., tom. XVIII, 2® partie, p. 567.
(2) Cicéron, Ad Atticum^ lib. IV, ep. 4 et 8.
(3) Augustus^ cap. XLii.
R. BRI AU
expulser de la ville toutes ces troupes d’artistes , dans le but d’obtenir une diminution notable de consommation et peut-être aussi dans celui d’enlever des soldats aux mécontents et aux conspirateurs.
Or, si, comme on ne peut en douter, les écoles ou casernes de gladiateurs étaient pourvues de médecins par les raisons que je viens d’exposer, les troupes en voyage devaient en avoir aussi, les mêmes raisons existant dans l’un et l’autre cas. A la vérité, les documents qui nous restent ne disent pas explicitement qu’il en fût ainsi, mais l’induction amène naturellement à cette conclusion, et on ne peut hésiter à croire que les médecins accompagnaient les troupes de gladiateurs partout où celles-ci allaient donner des spectacles. L’intérêt évident des entrepreneurs et directeurs le voulait ainsi. Ces médecins assistaient donc aux combats donnés dans l’arène et se tenaient prêts à porter secours à ceux des gladiateurs qui étaient mis hors de combat et auxquels on accordait la vie. Plusieurs savants ont même émis l’opinion que dans les dépendances de la plupart des amphithéâtres, on ménageait un local spécial et on le disposait pour recevoir les blessés et pour leur donner des soins immédiats. Il est permis, en tout cas, de conclure du passage que j’ai cité plus haut, de Galien, qu’il en était ainsi à Pergame. En efïet, des hommes blessés aussi grièvement que l’étaient la plupart des gladiateurs mis hors de combat n'étaient guère transportables et devaient être secourus sur place. Il ne me paraît donc pas possible de douter, après toutes ces observations, qu’il y eût des médecins engagés pour assister aux spectacles de l’amphithéâtre.
DES MÉDECINS DE GLADIATÜRE
Quant à la question de savoir si ces médecins étaient les mêmes que ceux qui assistaient les troupes de gladiateurs dans leurs lieux de casernements, il me semble très-probable qu’il en était ainsi dans beaucoup de cas, mais pas toujours, car il paraît certain qu’à Pergame, Galien n’était engagé que pour soigner les hommes blessés en combattant dans l’arène.
L’épigraphiene m’a pas offert autant de ressources pour ce qui concerne les médecins de gladiateurs que pour les autres chapitres de cette étude. Ce n’est pas que les inscriptions manquent, mais c’est que beaucoup d’entre elles sont apocryphes ou interpolées, et avec juste raison suspectes (1). Cependant, après un sévère ïriage, il m’en reste deux parfaitement authentiques, qui donnent le titre de médecin de l’école ou du spectacle matinal : Ludus matutmus. Ce spectacle avait lieu, comme ceux de gladiature proprement dits, à l’amphithéâtre, et l’on y voyait un genre particulier de combattants.
Le spectacle du matin était habituellement consacré aux combats d’animaux, soit entre eux, soit contre les hommes. Ces derniers portaient le nom particulier de venatores. Parfois cependant des hommes et des femmes étaient livrés sans armes à la fureur et à la voracité des animaux. On donnait à ce spectacle le nom de matinal par opposition aux jeux de l’après-midi, plus spé-
(1) De ce nombre sont: celles de Gruter p. 65, 3, et de Smetius, p. 150, 14, prises de On. Panvinio ; celle de Gruter, p. 334, 12, et de Smetius, p. 48, 7 ; 3° celles de Muratori, p. 622, 4 et 5, prises de Ligorio ; 40 celle de Franz, Corpus inscript, grœcarunij tom. III, n° 6658, et de Gruter, p. 335, 1.
cialement destinés aux combats des hommes entre eux. C’est ce qui résulte d’un texte de Sénèque ainsi conçu : Mane leonibus et ursis hommes, meridie spectatoribus suis objiciuntur (1). L’opposition dont je viens de parler est ici très-énergiquement exprimée par l’auteur. Plusieurs autres écrivains ne l’ont pas moins bien fait ressortir; ainsi on trouve dans Suétone parlant de l’empereur Claude : Bestiariis meridianisque adeo delectabatur, ut et prima luce ad spectaculum descenderet, et meridie ^ dimisso ad prandium populo^ persederet (2). Enfin on lit aussi dans Ovide une allusion à ce genre de spectacle :
Ceu matutina cervus periturus arena (3).
Et dans Martial :
Matutinarum non ultima præda ferarum (4).
Tous ces textes, que l’on pourrait multiplier, démontrent jusqu’à l’évidence que le ludus matutinus était spécialement le spectacle bestiaire.
Mais à part ce spectacle d’animaux, qui se donnait à l’amphithéâtre, il y avait aussi un endroit désigné par le même nom de ludus matutinus, et qui est rangé au nombre des quatre grandes écoles impériales de Rome, ainsi que je Fai dit plus haut. Cette école de bestiaire était le lieu d’exercice et de casernement des venatores qui étaient destinés à combattre les animaux. Sextus Rufus et Publius Victor, dans leurs régionnaires.
(1) Epistol. 1.
(2) Claudius, cap. xxxiv.
(3) Metamorph., ILb. XI, v. 26.
(4) Epigram., liv. XIII, Epigr. 95.
DES MÉDECINS DE GLADIATURE
placent le liidiis matutinus dans la deuxième région, à côté du ludus Gallicus.
Voici maintenant les deux inscriptions qui désignent des médecins attachés à cette école de bestiaires :
EVTYGHVS
AVQ. LIB AVG(usti) LIB(ertus)
NERONIANVS MEDICVS. LVDI MATVTIM. FECIT. SIBI. ET IRENE. LIB. CONIVGI LlB(drtæ)
CARISSIMAE
BENE. MERITAE. ET
LIBERTIS. LIBERTABVSQ Q(ue)
POSTËRISQVE EORVM (i)
Smetius, 48, 9. — Romæ ad hospitlam ursi In domo privata, in arula raarmorea. — Gruter, p. 335, 2.
Eadera hæc inscrlptio In basi plana marmorea, allô ordine scripta habetur in vinea cardinalis Carpensis — Smetius, p. 48, 10.
C’est un second exemplaire de la même inscription, où elle se trouve disposée de la manière suivante :
EVTYGHVS. AVG.LIB.NERONIANVS. MEDICVS. LVDI. MATVTINI. FECIT. SIBI. ET. IRENE. LIB CONIVGI . CARISSIMAE . BENE . MERITAE . ET . LIB ERTI S. LIBERTABVSQ. POSTERISQVE . EORVM
Gruter, p. 335, 3. — OrellI (2),^ 2553.
(1) «EutychusNeronianus, affranchi d’Auguste, médecin de l’école des bestiaires, a fait (ce monument) pour lui et pour Irène, affranchie, son épouse très-chère, très-méritante, et pour leurs affranchis et affranchies et pour leur postérité. »
(2) Inscriptionum latinar. selectar. amplissima collectio. Turici,
CLAVDIVS, AVG. LIB. AGATOCLES MED. LVD. MAT. FECIT SIBI. ET. CLAVDIO. LANIS. AVG ET. PRIMITIVO. CVRATORl SPOLIAR
ET. TELESPORO. RETIARIO
Donati (1), t. II, p. 465, 10. — Romæ extra portam Nomentanam in prædio D. Badoni. — Orelll, 2554.
Claudius, Aug(usti) lib(ertus), Agat(h)ocles, med(icus) lud(i) mat(utini,) fecit sibi et Claudio^ laiiis(tæ,) Aug(usti liberto) et Primitivo, curatori spoliar(ii), et Telesp(h)oro, retiario. S(it) Y(obis) t(erra) l(evis!} (2).
Remarquons en passant que ces deux médecins de l’école des bestiaires étaient tous les deux affranchis d’un empereur, ce qui semblerait indiquer que les fonctions de médecin de ces établissements impériaux n’étaient pas confiées à des esclaves, mais étaient réservées à des médecins devenus libres par l’affranchissement. Il en était ainsi à la cour des empereurs, pour
(1) Ad novum thesaurum veter. inscript, supplementum. Lucæ, 1765-1775.
(2) « Claudius Agathocles, affraucbi d’Auguste, médecin de l’école des bestiaires, a fait (ce monument) pour lui et pour Claudius, affranchi d’Auguste, laniste, et pour Primitivus, curateur du spoliarium, et pour Telesphorus, rétiaire. Que la terre vous soit légère ! »
DES MÉDECINS DE GLADIATURE
un grand nombre de fonctions qui exigeaient de la souplesse et qui étaient des postes de confiance. Le second, Agathoclès , était affranchi de Fempereur Claude, dont on connaît la passion pour ces sortes de spectacles. Il en était de même du laniste , ou, maître d’escrime, dont il est fait mention dans l’inscription. Le spoliarium était l’endroit, voisin de l’arène, où l’on dépouillait les cadavres des hommes qui avaient succombé en combattant, et aussi où l’on égorgeait ceux qui n’étaient pas encore morts (1).
Je crois pouvoir conclure de tous les faits et textes que je viens d’exposer et d’analyser, qu’il y avait des médecins attachés à toutes les troupes de gladiateurs, et que leurs attributions étaient doubles, les unes ayant trait à la direction du régime et des moyens hygiéniques, les autres regardant la médecine proprement dite et la chirurgie. Les premières avaient pour objet de conserver la santé et de développer les forces et la souplesse musculaires, les secondes de guérir les maladies et les blessures.
Pour compléter ce qui, au point de vue de l’assistance médicale, concerne les spectacles de l’amphithéâtre, il me reste à reproduire ici une inscription qui porte un titre de médecin assez singulier au premier abord, et offrant quelques obscurités qu’il est possible et important de dissiper. Je la trouve dans le Recueil de Donati, qui l’a prise lui-même dans l’ou-
(1) Sénèque, Epistol. 93 : «Numquid aliquem tam stulte cupidum esse vitæ putas, ut jugulari in spoliario quam in arena malit? » — Lampride, Commodus, cap. xviii : « Hostis patriæ, parricida, gladiator, in spoliario lanielur ! »
vracfe de Zacharia : Excursus litterarius. Ces auteurs
ont le tort de ne pas' dire dans quel lieu cette inscription a été trouvée, mais elle n’en paraît pas moins authentique et elle est appuyée par d’autres documents de même ordre en assez grand nombre.
P. AELIVS. AGATHEMER AVG. LIB. MEDIGVS. RATIO NIS. SVMMI. CHORAGI FECIT. SIBl. ET. AELIAE. lORTE CONIVGI. BENE MERENTI. ET LIBERTIS. LIBERTABVSQVE. SVÎS POSTERISQVE. EORVM
Donati, ad novum Thés., etc., t. 11, p. 314, n, 4. Ex Zachariæ Excursu lilterarlo per Italiam, p. 192.
P(iîblius) Ælius Agalhemer(us), Aug(usti) lib(ertus), medicus rationis summi Choragi(i), fecit sibi et Æliæ lort(æ), conjugi bene merenti et libertis libertabusque suis, posterisque eorum (I).
Qu’était-ce que ce summum choragium, qui comprenait sans aucun doute une grande administration {?^atio summi choragiï)^ puisqu’il était pourvu d’un médecin ? On sait par Vitruve (2), par P. Festus (3), et par d’au-
(1) « Publius Ælius Agatliemerus, affrancbi d’Auguste, médeciu de l’administration du grand chorége, a fait (ce tombeau) pour lui, pour Ælia lorta, son épouse très-méritaute, pour ses affranchis et affranchies et pour leur prostérité. »
(2) Architect., lib. V, cap. ix.
(3) De significatione verborum. — Ad verbum.
DES MÉDECINS DE GLADIATURE
très auteurs, que dans les théâtres anciens le choragium était Tendroit où les acteurs répétaient leurs rôles, s’exercaient et se préparaient avant de paraître devant le public. On ménageait pour cet objet une ou plusieurs pièces derrière la scène, et Ton avait soin d’y réunir également tout ce qui était nécessaire aux représentations. C’était par conséquent une dépendance du théâtre, quelque chose d’assez analogue à ce qu’est actuellement dans nos théâtres le magasin d’accessoires, en y joignant le foyer des artistes. Le choragium était dans le théâtre et en faisait partie intégrante; il n’avait rien d’indépendant ni de particulier que sa destination.
Mais le summum choragium^ bien que construit dans le même but et pour un objet analogue, était établi dans des conditions bien différentes et sur un plan colossal, comme les grandes écoles gladiatoriales et comme l’amphithéâtre flavien lui-même, auquel il servait de complément. Il était situé à Rome dans la troisième région (1) et tout près du grand amphithéâtre. C’était un établissement qui exigeait une administration importante; il comprenait un matériel considérable et un personnel fort nombreux. On y avait réuni tout ce qui était nécessaire à la préparation, à la pompe et à l’ornementation des prodigieux spectacles qui se donnaient dans l’amphithéâtre, ainsi qu’à l’instruction, à la répétition et aux exercices de ceux qui devaient figurer dans les chœurs ou dans les scènes d’ensemble. Quoique dépendant, sous ce rapport, des grandes écoles impériales et de l’arène, il en était néanmoins séparé, mais
(1) Voyez Publias Victor et Sextus Rufus, tertia regio.
L’ASSISTAN(Æ MÉDICALE CHEZ lÆS ROMAINS.
voisin, et les auteurs des régionnaires en font une mention spéciale. Il est possible qu’il eût des communications souterraines avec l’amphithéâtre.
A la tête du summmn choragium était placé un procurateur, 'procurator (1); on y trouve également des contrôleurs , contrascriptor ( 2 ) , des procurateurs adjoints^ adjutor procuratorü (3), une sorte de greffier, tabularius (4-), affranchi de l’empereur, et une espèce de teneur de livres sous le nom de logista thymelœ (5). Enfin nous avons dans notre inscription un médecin affranchi de l’empereur Hadrien. Toute cette hiérarchie d’employés démontre bien Textrême importance de l’administration du grand chorége et l’immensité du matériel qu’ils étaient chargés d’entretenir. Il suffit d’ailleurs, pour s’en faire une idée, de considérer la nature, le genre, la variété et la durée des monstrueux spectacles organisés pour amuser le peuple roi.
Il n’est peut-être pas inutile de faire remarquer dès h présent que presque tous les emplois si nombreux dépendant de la maison impériale, étaient confiés à des affranchis, et quelquefois à des esclaves, ainsi que nous le verrons dans le chapitre suivant, les inscriptions comme les textes des écrivains ne laissant aucun doute à cet égard.
On voit en outre par les détails qui précèdent que
(1) Orelli, 12 et Gruter, p. 42, 5 et p. 331, 3.
(2) Orelli, 3209 et Gruter, p. 579, 10.
(3) Herizen, 6181 et 6533.
(4) Henzen, 6182 et 6572.
(5) Henzen, 5530.
DES MÉDECINS DE GLADIATURE
partout où il y avait une réunion un peu importante d’hommes retenus ensemble par un lien quelconque, l’intérêt du chef, propriétaire ou administrateur, le poussait à y attacher un ou plusieurs médecins pour secourir et conserver les malades.