‹ L'assistance médicale chez les RomainsChapitre 11 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DES MÉDECINS DE LA MAISON DE L’EMPEREUR

Aussitôt après rétablissement de l’Empire, la maison du souverain prit une grande extension et fut organisée administrativement. Elle se composa d’un nombre considérable d’esclaves et d’affranchis des deux sexes, de domestiques et d’employés de toute espèce, afin de pourvoir à tous les besoins d’un service qui comprenait ce qu’on appelle aujourd’hui la liste civile et le domaine privé. L’empereur et chacun des membres de la famille impériale avaient leurs médecins particuliers, qui étaient attachés au service de leurs personnes, sans pour cela faire partie de la maison impériale. Leur choix dépendait de la volonté de l’empereur et de leur plus ou moins grande célébrité. Nous étudierons dans un autre travail la condition professionnelle de ces médecins des empereurs et la situation qu’ils avaient à la cour ; mais en ce moment, ce n’est pas d’eux que nous devons nous occuper.

Il ne s’agit ici que de la domesticité et des employés de toute nature attachés au domaine impérial; en un mot, de la maison de l’empereur, comme on disait déjà à cette époque et comme on dit encore aujourd’hui.

DES MÉDECINS DE LA MAISON DE L’EMPEREUR

Nous y trouvons un service médical très-complet et hiérarchiquement organisé, tant pour la maison urbaine que pour la maison rustique. Par une conséquence toute naturelle, on avait établi des infirmeries, valetudinaria, partout où elles étaient nécessaires, afin que les malades de la maison impériale pussent y être transportés et y recevoir les soins que leur état rendait indispensables. Ces infirmeries, d’ailleurs, existaient également dans tous les domaines particuliers où le personnel d’esclaves était nombreux, comme nous le ferons voir plus loin.

Bien que nous ne possédions pas, quant à présent, les moyens de déterminer le nombre proportionnel de médecins attachés à toute cette famille d’esclaves et d’employés d’ordre inférieur, à toute cette population fonctionnant dans le palais et dans ses dépendances directes ou indirectes, nous sommes néanmoins en mesure de démontrer que l’assistance médicale y était largement organisée et que le personnel des médecins y était rangé selon un ordre hiérarchique, comme une véritable administration. C’est même ce fait particulier qui m’a déterminé à lui consacrer un chapitre spécial et à ne pas confondre l’assistance médicale de la maison de l’empereur avec celle des autres domaines riches.

L’heureuse découverte de la chambre sépulcrale ou columbarium^ dans laquelle on a retrouvé plusieurs centaines de noms et de titres d’esclaves ou d’affranchis de la maison de Livia, femme d’Auguste, va nous fournir les principaux éléments de notre démonstration. Nous y transcrivons d’abord l’inscription suivante :

ELEVTHERIS LIVIAE L

M. LIVIVS LIVIAE. L

ORESTES. SVPRA. MEDICOS

Gorll, Descriptio columbarii Livice, n* 76. — In Poleni. Thesauro, t. III. Bianchini, Caméra ed iscrizioni sepolcrali.... délia casa di Augusto. Roma, 1727, n'> 72.

Eleutheris, Liyiæ l(iberta). — M(arcus) Livius^ LWiæ l(ibertus),

Orestes, supra medicos (1).

Ce litre : supra medicos^ était sans aucun doute celui du médecin en chef ou premier médecin de la famille ou domesticité de Livie, qui avait par conséquent la suprématie sur tous les autres et le principal hiérarchique. Si Ton pouvait avoir quelque incertitude sur cette interprétation, toute hésitation devrait disparaître en lisant l’inscription suivante, qui est d’une époque postérieure à celle que nous venons de voir et qui nous donne en d’autres termes et avec plus de détails, un titre tout à fait analogue, semblable même au précédent.

(1) « Eleutheris, affranchie de Livie. — Marcus Livius Orestes , affranchi de Livie, chef des médecins. »

DES MÉDECINS DE LA MAISON DE L’EMPEREUR

T. FL. PAEDEROT AVG. LIB. ALCIMIANO SVPERPOSITO. MEDI GORVM. EX. RATIONE PATRIMONI.LAITOiNIA FESTA.CONIVGI.BENE MERENTI. SIBl. QVE SVIS. POSTERISQVE EORVM. FECIT

Gruter, p. 581,7. — Romæ, ad plateam Madamæ in Angiportu. Grutero Fulvius Ursinus.

D(iis) m(anibus). T(ito) Fl(avio) Pæderot(i)^ Aug(usli) lib(erto)^ Alcimiano^ superposito medicorum ex ratione patrimoni(i), Lætonia Festa conjugi bene merenti, sibique(et) suis, posterisque eorum fecit (1 ).

Ce titre, ainsi que je le disais, est plus complet et plus explicite que celui de Livius Orestes. En effet, ce Pæderos, affranchi de Tun des trois empereurs Flavien, porte le titre de médecin en chef, comme Orestes, l’expression superpositus étant tout à fait équivalente à celle de supra medicos ; mais la dernière précise da-

(1) « Aux dieux mânes. A Titus Flavius Pæderos Alcimianus, affranchi d’Auguste, chef des médecins de l’administration du patrimoine. Læ^ tonia Festa a fait (ce tombeau) pour son époux très-méritant, pour ellemême, pour les siens et pour leurs descendants. »

vantage la position en ajoutant que ce médecin en chef est attaché à radministralion des comptes du patrimoine. Celle-ci correspondait à ce que nous appellerions aujourd’hui Tintendance générale du domaine privé et de la liste civile. Elle était par conséquent différente et distincte de l’administration des finances de l’Etat, quoique ces dernières fussent également sous la main de l’empereur.

Ces deux médecins en chef avaient sous leurs ordres et sous leur direction administrative tous les autres médecins attachés au service de la maison de l’empereur et se trouvaient ainsi au sommet de cette hiérarchie médicale. Dans l’état actuel de la science, il est fort difficile de savoir s’il existait des grades intermédiaires entre ceux-ci et les simples médecins ordinaires, aucun texte ne nous permettant de le démontrer d’une manière certaine. Cependant quelques auteurs l’ont pensé et se sont appuyés pour cela sur l’inscription suivante provenant du columbarium de Livia :

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