CALAMO
M. VIPSANIO
DAREO
Smetius, p. 47, 4. în domo quondam Joh. Coritii , ia foro Trajani, tabula marmorea candidlssima. — Gruler, p. 339, 5.
Familiæquadrigariæ T(iti) At(eii) Gapitoüis, P(ublio^ Aiiiii(o) Cheli-
doni(o) Ghresto quæstore. Ollæ divisæ decurionibus heis q(ui)
i(nfra) s(cripti) s(unt) (1).
Le reste de la lecture se complète facilement de soimême.
Cette inscription est intéressante à plusieurs titres. Elle provient sans aucun doute d’un collège funéraire auquel appartenait le Columbarium où se trouvaient réunies les urnes cinéraires des membres composant la famille aurigaire de T. Ateius Capiton. Ces personnages sont inscrits ici avec les titres qu’ils portaient de leur vivant : le propriétaire ou patron d’abord, puis le questeur du collège, et ensuite les décurions ou chefs de décuries; car dans la société romaine, toutes les réunions un peu nombreuses d’individus retenus par un lien quelconque étaient divisées en décuries, et les hommes y étaient ce qu’on appelait decuriati. Ils sont ici au nombre de vingt-cinq; mais il est évident que quelques noms ont été effacés par le temps.
Ce nombre de décurions nous permet de conjecturer que celui des employés de toute nature dans une famille
(1) A la famille Aurigaire de Titus Ateius Capiton; son questeur étant Publias Annius Chelidonius Ghrestus. Les urnes sont distribuées sous les Décurions dont les noms sont inscrits ci-dessous :
A Marcus Vipsanius Mugio. — à Docimus, régisseur (?)— à Ghrestus, directeur (?) — à Epaphrus, sellier. — à Menandre, cocher. — à Apollonius, cocher. — à Cerdon, cocher. — à Liccæus, cocher. — à Hellès, sous-directeur(?) — à Publius Quinctius Primus. — à Hyllus, médecin. ~ à Anteros, palefrenier (?) — à Antiochus, cordonnier. — àParnax, palefrenier(?) — à Marcus Vipsanius Galamus. — à Marcus Vipsanius Dareus. — à Bros, palefrenier (?) — à Marcus Vipsanius Faustus. — à Hilarus, conducteur de char. — à Nicandre, conducteur de char. — à Epigone, conducteur de char. — à Alexandre, conducteur de char. — à Nicéphore, sparteur. — à Alexion, morateur. — à , appariteur.
aurigaire était très-considérable vers le temps d’Auguste. Toutefois, de ce que ce personnel était divisé en décuries il ne faudrait pas en conclure que chaque décurion avait toujours dix hommes sous ses ordres. Il arrivait, en effet, souvent que ces compagnies étaient incomplètes, tout en conservant leur nom de section. C’étaient des cadres toujours existants, mais non toujours remplis.
Nous trouvons dans cette liste cinq noms, dont quatre Vipsanius et un Quinctius, qui ne portent pas de titres d’emplois désignés, et qui ont au contraire leur prénom, leur nom et leur surnom. Cette dernière circonstance nous donne l’assurance que ces cinq décurions étaient des affranchis, tandis que, par la raison contraire, il est manifeste que tous les autres étaient des esclaves. Le médecin Hyllus se trouve au nombre de ces derniers ; on doit en conclure que c’était un mediciis domesticus^ un médecin domestique, attaché à la maison du maître et ne donnant ses soins qu’à ceux qui faisaient, comme lui, partie de cette maison; bien différent, par conséquent, des médecins libres, qui pratiquaient où ils voulaient et donnaient des soins, moyennant rétribution, à quiconque venait les appeler.
Mais quel était cet Ateius Capiton qui se donnait le luxe ou qui faisait la spéculation d’entretenir une troupe aussi coûteuse pour des courses de charsV Tacite nous en fait connaître trois de la même famille (i). Le premier avait été centurion sous Sylla ; le second, fils du précédent, s’était élevé à la préture ; le troisième, petit-
(1) Tacite, i4n/z., III, 75. — Voyez aussi Suétone, De illustrib. grarnmat., cap. X et xxii. — Frontin, De aquœduct., cap. cii. — Cicéron, EpistoL 434, 593, 738 et 761.
fils du premier et fils du second, fut un célèbre jurisconsulte, courtisan et favori de f empereur Auguste et devint consul en fan de Rome 758. Je ne dois pas omettre de faire observer que trois ans auparavant, en 755, il y eut un consul du nom de Publius Quinctius qui pourrait bien avoir été le patron de Publius Quinctius Primus, l’un des affranchis décurions de notre inscription. Les diverses circonstances que je viens d’énumérer peuvent nous permettre d’établir avec la plus grande probabilité l’époque de notre monument épigraphique, et de le reporter vers la fin du règne d’Auguste.
Remarquons encore que nous avons ici douze titres d’emplois variés, qui, avec trois des inscriptions précédentes, nous donnent en tout quinze titres différents d’employés aux factions du cirque et aux courses de chars. Tous les auteurs ne s’accordent pas sur les fonctions de Sparteur et de Morateiir, Cependant, et sans vouloir entrer dans cette discussion, il me paraît tout à fait vraisemblable que c’était le Morator^ et non pas le Tentor, qui était chargé d’empêcher les chevaux de partir avant le signal, de veiller à ce qu’aucun d’eux ne s’élançât plus tôt que les autres et de faire en sorte que tous se missent simultanément en mouvement. Quant au Sparteur^ il avait pour emploi, je pense, de répandre sur le sol du cirque le sable ou une autre terre propre à assurer et à faciliter la vitesse et la solidité des chevaux et des chars. Les autres titres de l’inscription n’ont pas besoin d’explications et se comprennent facilement.
On ne voit figurer ici qu’un seul médecin ; mais il est probable qu’il en existait d’autres dans les décuries. On peut croire en effet qu’un seul eût été insuffisant pour
toute une troupe , surtout si Ton considère qu’à cette époque la profession médicale était fractionnée en un grand nombre de spécialités. Il faut aussi se rappeler que, si le médecin de notre dernière inscription était esclave, celui de la précédente était affranchi et ne doit plus être regardé comme un medicus domesticus, en raison de sa condition libre. Il est vraisemblable que dans les factions du cirque il dut y avoir un assez grand nombre de médecins libres, et que cette position de médecin des jeux du cirque devait être recherchée. En effet, on peut facilement conjecturer que cette situation devenait lucrative et pouvait procurer des avantages notables de clientèle. Cette opinion acquiert un fondement solide par ce fait bien démontré que beaucoup de cochers et de conducteurs de chars jouissaient d’une immense renommée et excitaient au plus haut degré l’enthousiasme de la foule et l’intérêt du public pour leurs personnes. Leur popularité était sans bornes et leurs noms se trouvaient dans toutes les bouches.
Or, le médecin qui leur donnait des soins en cas de maladies participait certainement à cette notoriété et devait avoir une place dans les préoccupations animées que suscitait le danger de son client ; et s’il était assez heureux pour le sauver, la faveur populaire l’entourait de son prestige et répétait partout son nom avec éloge. Il en est encore de même aujourd’hui, et c’est un avantage très-recherché que d’être le médecin d’un personnage bien connu et dont le public s’occupe. Lorsqu’il arrivait quelque accident à l’un de ces favoris de la multitude, le médecin était mis en évidence et trouvait là une bonne occasion de se produire et de se faire
prôner. Qui sait si le peuple n’exigeait pas de lui un bulletin quotidien?
Il est également permis de conjecturer que les médecins de condition libre ne s'attachaient point d’une manière absolue à une seule faction. Bien qu’aucun document authentique n’autorise à l’affirmer, l’induction porte naturellement à le faire croire. On sait, en effet, que ces changements de partis n’étaient point rares parmi les divers employés des entreprises du cirque. Le recueil épigraphique de M. Henzen en contient notamment deux exemples dans une même inscription : ils sont relatifs à deux conducteurs de chars (1). On en trouverait facilement d’autres exemples dans les diverses collections épigraphiques. Il devait en être de même des médecins libres, qui pouvaient en effet trouver des avantages réels dans ces changements.
Les écuries des quatre factions avaient été établies ensemble dans la neuvième région (2) et près du cirque de Flaminius. Gomme nous ne possédons aucun document qui nous fasse connaître les rapports de ces entreprises privées avec l’administration de la ville ou avec
celle de l’Etat, on peut seulement présumer qu’il existait dans ces écuries une sorte de bureau d’inspection ou de conservation ; car on sait qu’elles étaient construites avec magnificence et arrangées avec un tel luxe à l’intérieur que l’empereur Galigula, non-seulement y venait fréquemment passer de longues heures, mais
(1) hiscriptionum latin, seleciarum ampliss. collectio , ed. Orelli. Tom. III, supplem. de Henzen, n'^ 6179.
(2j Voyez Sextus Rufus et Pablius Victor : De regionibus urbis Romæ, regio IX. Stabula quatuor factionum .
qu’il y prenait même parfois ses repas (1). On pourrait (Jonc, sans pousser trop loin Tesprit de conjecture, penser qu’un médecin devait être attaché à ce service central avec un titre particulier qui ne nous a point été conservé (2). Car on peut voir déjà, par les détails qui précèdent, avec quelle sollicitude on croyait devoir veiller à la santé et au bien-être de tous les gens employés aux courses du cirque.
Quoi qu’il en soit, il reste parfaitement établi que toutes ces entreprises diverses, ayant pour objet les courses de chars, pourvoyaient à la santé de leur personnel et assuraient à leurs nombreux employés de toute sorte, dans les accidents et dans les maladies, les soins médicaux qui leur étaient nécessaires, au moyen de médecins qu’elles s’attachaient dans ce but, soit qu’elles les achetassent comme esclaves, et alors elles avaient un médecin domestique, soit qu’elles leur assurassent un traitement librement débattu, s’ils étaient citoyens ou affranchis, et dans ce cas elles avaient un médecin libre.
(1) Suétone, Caligula, cap lv.
(2' Je considère en effet comme apocryphe l’inscription donnée par Muratori ; Novus thésaurus veterum inscriptionum, p. 622,4; et par Spon : Miscell. érudit, antiquit.^ p. 142, 5, dans laquelle ou trouve le titre damedicus quatuor factionum circensium.YllQ provient d’ailleurs des papiers du trop justement suspect P. Ligorio.