CHAPITRE V
DES MÉDECINS DE FAMILLES d’ESCLAYES.
L’organisation de secours médicaux qui existait , comme nous venons de le voir , d’une manière complète et hiérarchique dans la maison impériale , se retrouve également plus ou moins bien réglée dans toutes les grandes familles d’esclaves appartenant aux riches maisons de l’empire romain. Dans toutes il y avait une infirmerie pour les malades et des médecins pour les soigner.
Quoique l’on rencontre beaucoup d’exemples d’esclaves qui ont été l’objet des sentiments les plus affectueux et les plus bienveillants de la part de leurs maîtres, puisqu’en définitive la bienveillance et l’affection sont des sentiments naturels à l’homme et par conséquent de tous les temps et de tous les lieux , il faut pourtant se garder de voir dans cette sollicitude des maîtres qui avaient une infirmerie et des mé decins pour veiller à la santé de leurs esclaves, un sentiment de philanthropie ; ce serait se faire une idée fausse de l’esclavage tel qu’il existait à Rome. Cette assistance médicale des esclaves n’avait pas d’autre mobile que l’intérêt. En effet, l’esclave représente une valeur, comme le bœuf et les autres animaux domestiques. Il a été acheté pour le travail, et l’intérêt
évident du propriétaire est de conserver ses gens, de les soigner et de les guérir le plus vite possible. C’est exactement le même sentiment qui fait que le cultivateur actuel de nos campagnes se hâte de faire soigner et guérir son bœuf ou son cheval pour ne pas être privé de leurs services. On peut même Favouer sans crainte de se tromper, souvent il est plus empressé d’aller chercher le vétérinaire pour ses animaux que d’appeler le médecin pour les membres de sa famille.
Le maître avait donc intérêt à soigner son esclave dans les maladies qui venaient le surprendre au milieu de ses travaux ; et il agissait en vue de cet intérêt. On ne pourra pas en douter, si l’on veut se rappeler la conduite habituelle du maître, lorsque son esclave cessait d’être en état de travailler. En effet, quand l’esclave était usé, estropié, hors de service d'une manière quelconque, le vieux Caton nous apprend ce qu’on devait en faire : « Qu’on vende, dit-il, les bœufs qui vieillissent, les bestiaux languissants, les brebis faibles, la laine, les peaux, les charrettes usées, les vieilles ferrailles, l’esclave vieux, l’esclave maladif et tout ce qui est superflu (1) ! » Mais pour vendre il faut trouver un acheteur ; or, qui achètera un esclave hors de service? personne sans doute. Il faut donc l’abandonner et c’est ce qui avait lieu dans les cas où il ne restait pas d’espoir de guérison.
(1) « Vendat boves vetulos, armenta delicula, oves deliculos, lanam, pelles, plaustrum vêtus, ferramenta vetera, servum senem, servum morbosum, et, si quid supersit, vendat. » Caton, De re rusiica^ IL — Voyez aussi Plutarque, Caton l’ancien, v ; — et M. V\fcdion, Histoire de l’esclavage, tom. II, partie 11, cb. vi.
Au contraire, Fesclave jeune et en état de faire un bon service était soigné quand il tombait malade. Golumelle nous apprend que Ton déposait au valetudinarium les esclaves blessés ou malades et même simplement fatigués (1). Il veut qu’on y conduise même ceux qui feignent d’être malades (2). Ges textes suffiraient déjà pour nous montrer que l’assistance médicale ne manquait pas aux esclaves qui se trouvaient accidentellement malades. Mais les inscriptions nous indiquent d’autres détails que nous allons essayer de réunir et d’analyser.
Voici d’abord un médecin attaché aux jardins de Salluste :
G. IVLIVS. EVXIN VS. MEDIGVS EX. HORTIS. SA LVSTTIANIS VIX. ANN. LXXX