C. IVSTVS. ITALIGVS. S. P
G. IVLIVS. MATHO S
MuratorI, p. 522, 1. — Sarzanæ In ædlbus Grifflorum. — Orelll, 4055.
Sur un autre fragment de pierre se trouvent vingt-huit noms qui sont sans doute ceux de différents membres du collège. — La pierre est brisée à la fin des lignes, selon les indications de MuratorI.
Plusieurs auteurs, etMuratorientr’autres, pensent que l'antique Porto ^7^cm5^s était à la place delà ville moderne de Leiiciy près de Sarzana, sur le golfe de la Spezzia.
Cette association d’ouvriers avait quinze patrons dont l’un, Numisius Tacitus, était appelé père du collège et avait les honneurs du Bisellium^ c’est-à-dire d’un siège
honorifique et particulier. Tout le monde sait que l’institution du patronat eut une existence très-étendue et très-active dans le monde romain. Non-seulement les particuliers , mais aussi les villes et les provinces avaient des patrons. Il était donc tout naturel, et d’ailleurs nécessaire que les associations composées d’artisans en eussent aussi, car elles avaient plus que d’autres besoin de protecteurs et d’appuis. Le patron Numisius Tacitus , honoré du titre de père et du Biselliiim , était sans aucun doute un bienfaiteur de la société et l’un de ceux qui lui avaient rendu le plus de services.
Bien que un haruspice, un secrétaire et deux médecins semblent mis dans l’inscription sur la même liste que les décurions du collège, et toutefois avec un interruption équivalente à trois lignes, je suis porté à croire qu’ils n’étaient pas véritablement des décurions, puisque leur qualification particulière est ajoutée à leur nom, ce qui n’a pas lieu pour les autres. Mais décurions ou non, il est évident qu’ils n’appartiennent à l’association qu’en vertu de leur titre et de leurs fonctions. On ne peut pas comprendre autrement leur introduction dans une société d’ouvriers ou d’artisans. Jamais, en effet, les médecins, les haruspices et les hommes de bureau n’ont pu appartenir comme tels à un collège, à moins d’en avoir été patrons, ce qui n’a pas lieu ici. Au contraire, il est tout naturel de voir dans une pareille association un haruspice dont les fonctions étaient religieuses, des médecins dont les soins étaient précieux pour ces travailleurs et un secrétaire pour tenir les écritures. Il faut donc nécessairement conclure de leur présence dans une sodalité de ce genre.
qu’ils y étaient pour exercer leur profession et y pratiquer leur art au profit des membres qui la composaient.
Le nombre des associés dans ces collèges était parfois limité, mais plus souvent illimité. Je pense que les artisans de Vortus ilicensis qui composaient la société mentionnée dans notre inscription, se trouvaient dans ce dernier cas. Leurs noms avaient été inscrits sur le monument où se trouvait la liste que je viens de reproduire; mais le temps n’en a laissé subsister qu’un petit nombre. Toutefois, la présence de deux médecins fait présumer que le personnel était assez nombreux et qu’il exigeait une assistance médicale incessante et active.
La seconde inscription se trouve dans le recueil de Gori; et, en constatant également la présence d’un médecin dans un collège d’artisans, elle lui donne une physionomie un peu différente de celle que nous venons de voir.
No 34.
L. V A F R I N I C E P H O R I ME DI CO. PA TRON.C.C.M. S FLAVIA. PIERIS MARITO.OPTVMO ET.SIBI.VIVA
POSVIT
Gorl, Inscript, antiq., t. 11,350. — Apud Sassinam.
D(iis) m(anibiis) L(ucii) Vafri Nicephori ; medico patron(o) c(ollegii) c(eutonarioruin) m(uQicipii) s(assinatium). Flavia Pieris^ marito optumo et sibi, yiva posuit (1).
(\) « Aux dieux mânes de Lucius Vafer Nicéphore. Au médecin, pa-
Je ne crois pas que cette lecture avec le complément des sigles G. G. M. S puisse donner lieu à de sérieuses objections. L’endroit où l’inscription a été trouvée indique sans aucun doute qu’il s’agit bien ici du municipe de Sassina, qui est d’ailleurs connu par d’autres inscriptions (1). Quant au collegiiim centonariorum^ je considère aussi sa désignation comme certaine : le mot patrono qui précède ne peut s’appliquer, dans cet endroit, qu’à un collège; et il ne manque pas d’autres exemples de corporations de centonarii dans les recueils épigraphiques.
Je n’ai point à rechercher ici ce qu’étaient précisément les centonarii dont il y avait probablement plusieurs espèces. Il résulte de textes pris dans différents auteurs, que l’on appelait surtout ainsi les ouvriers en couture qui faisaient des vêtements d’étoffe grossière ou qui cousaient ensemble les vieux morceaux d’étoffe afin d’en confectionner soit des habillements de travail, soit des couvertures, soit des chiffons pour prévenir ou éteindre les incendies, amortir les coups des machines de siège ou abriter les soldats (2). Les marchands qui
tron du collège des ouvriers en couture du municipe de Sassina. Flavia Pieris a fait, pendant sa vie, (ce tombeau) pour son mari trèsbon et pour elle-même. »
(1) Orelli, 2220 et 4404. — Henzen, 5124 et 6686.
(2) Golumelle, De re rustica, lib. I, cap. viii : «Vestitam familiam magis utiliter quam délicate habeat, munitamque a vento, frigore, pluvia; quæ cuncta prohibentur pellibus manicatis, centonibus confectis vel sagis cucullis. » — Caton, De re rustica, cap. Lix ; « Quoties cuique tunicam aut sagum dabis, prius veterem accipito unde centones fiant. » — Juvénal, Sat. VI, v. 121 ; « Intravit calidum veteri centone lupanar. » — Muratori, Inscript., p. 946, 1 : ti. claudius. [[ TI. L. 11 SYNTROPHUS H VESTIARIÜS H CENTONARIUS H H. S. E. —
vendaient ces sortes de choses étaient également appelés centonarii. On comprend que tous ces objets dont la plupart étaient de première nécessité fussent aussi d’un commerce très-important chez les Romains; et de fait, ceux qui les fabriquaient et qui en trafiquaient étaient fort nombreux et formaient des corporations dont il est souvent ({uestion dans les documents anciens qui nous restent.
Tous ces faits, et ces observatious me paraissent justifier complètement la lecture des sigles G. G. dans notre inscription par collegium centonariorum. Ges mêmes sigles sont lus de la même manière par Orelli et par Marini dans d’autres inscriptions (1).
Nous avons donc de nouveau ici la désignation d’un collège ou d’une corporation d’artisans, dans laquelle nous trouvons encore un titre de médecin, accompagné cette fois de celui de patron de la société. Ce dernier titre fait penser que Vafer Nicéphore faisait partie de l’association, sans doute à titre de membre honoraire. Mais en était-il le médecin? Rien, dira-t-on, ne le prouve dans notre inscription. Gela est vrai, quoique le rapprochement des deux titres medico et patrono, mis au même cas, semble bien devoir rattacher également au collège les deux qualifications. Toutefois, sans m’arrêter à cette induction, je dirai que pour quiconque a quelque expérience de la pratique médicale, il ne peut y avoir aucun doute sur ce fait : Nicéphore était médecin de la société. En effet, jamais un médecin, qu’il le veuille ou non, ne peut en présence des malades se dépouiller de sa qualité. Il sera consulté même malgré lui ; et s’il fait partie d’une association où Ton aura besoin de ses avis
(I)Orelli, 4134. — Marini, Atti frat arüa/.,p. 305, 1.
OU de ses soins médicaux, on peut être certain qu’il sera obligé de les donner. Cela est vrai , à plus forte raison d’un collège d’artisans où se trouve un médecin.
A mon sens donc, Nicéphore était doublement attaché au collège des Centonarii. Ses deux titres de médecin et de patron concouraient, sans se confondre probablement, au même but qui était de se rendre utile à la corporation. Car si le patronat impliquait comme conséquence la protection due par le patron aux membres de la société , cette protection ne pouvait nullement exclure l’assistance non moins appréciée et non moins efficace du médecin et des secours si nécessaires qu’il pouvait, en cette qualité, donner aux associés. Il est possible qu’en raison de son patronat, il fût, vis-à-vis de l’association, dans une position différente de celle des deux médecins de l’inscription précédente. Ainsi, il ne paraît pas dénué de toute vraisemblance qu’il donnât ses soins professionnels plus ou moins gratuitement aux membres du collège, tandis que les deux autres devaient certainement recevoir un traitement ou des honoraires.
Il est bien entendu que je ne présente cette dernière opinion que comme une conjecture qui vient naturellement à l’esprit, à cause du double litre de médecin et de patron ; mais surtout que je suis loin d’attacher à cette gratuité le sens de pur désintéressement que nous lui attribuons aujourd’hui. Le patronat romain, en effet, ne pouvait être considéré comme tout à fait gratuit. Il entraînait des obligations réciproques et relatives à la situation du protecteur et à celle du protégé.
Ce que je tiens à mettre en relief et ce qui est l’objet propre de cette étude, c’est le fait de l’assistance médicale dans les associations d’ouvriers libres. Sans doute dans ces corporations romaines, de même que dans celles qui existaient chez nous avant 1789 et qui dérivaient des premières, il y avait des gens aisés et même riches, qui, en tous cas, pouvaient rétribuer euxmêmes les secours médicaux dont ils avaient besoin. Mais tous, à beaucoup près, n’étaient pas dans ce cas ; et, en outre, l’économie la plus vulgaire indiquait que les soins médicaux étaient moins coûteux à des gens associés qu’à des individus isolés. Aussi les corporations de métiers en France avaient-elles également des médecins auxquels elles payaient un traitement ou plutôt un abonnement pour les attacher au service de leurs membres, comme le font encore aujourd’hui nos sociétés de secours mutuels et autres. D’après les faits que j’ai produits et les considérations que j’y ai ajoutées, je regarde comme cerlain qu’il en était de même dans la société romaine.
Je dois ajouter que, dans mon opinion, les collèges dits funéraires dont il nous reste de si nombreuses traces, n’avaient pas pour but unique de procurer à leurs membres une sépulture honorable. Ces associations qui se soutenaient à l’aide de cotisations mensuelles devaient certainement pourvoir dans la plupart des cas aux frais de maladies de leurs membres pauvres. Les faits et considérations qui précédent ne peuvent guère laisser de doute à cet égard.