‹ L'assistance médicale chez les RomainsChapitre 3 sur 27 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

COUP d'œil sur la profession médicale a ROME.

Tout le monde sait que dans la société romaine on n’avait d’estime et de considération que pour la richesse et le pouvoir. La pauvreté et le travail y étaient l’objet du mépris universel. Il n’y existait d’ailleurs aucun respect de la vie humaine et, pour ainsi dire, aucune compassion affective de ses souffrances et de ses misères. Il est donc facile de comprendre que ni l’État, ni les particuliers n’avaient l’idée de ce qu’on appelle aujourd’hui V assistance publique et les fondations charitables ou même simplement philanthropiques. Il ne pouvait pas non plus y être question de médecine gratuite, c’est-àdire de soins donnés gratuitement par les médecins, comme cela a lieu universellement aujourd’hui , tout médecin regardant comme un devoir professionnel de venir, sans rétribution aucune, traiter les pauvres dans leurs maladies. Il est évident que le peuple qui faisait périr pour son plaisir des milliers de créatures humaines dans d’atroces spectacles, ne pouvait avoir le sentiment de la vraie philanthropie bien développé. A plus forte raison était-il complètement étranger à celui de la charité dont le nom même, au sens que

nous lui donnons, n’exislait pas dans sa langue (1).

Cependant, je m’empresse de le dire tout d’abord ; par suite de certaines combinaisons sociales naturelles, les esclaves, les artisans, les prolétaires, les mercenaires, en un mot les travailleurs de toutes sortes, pouvaient être secourus dans leurs maladies , et en fait l’étaient réellement, à l’aide de moyens que je me propose de faire connaître dans la suite de ce travail. La médecine pratique est un besoin social de première nécessité ; et quel qu’ait été le mépris plus affecté que réel peut-être, des Romains pour la profession médicale, ils n’ont pu s’en passer néanmoins à aucun degré. Si leur dédain fut de longue durée, si même il ne se dissipa jamais entièrement, il est cependant démontré qu’il alla en diminuant et que la personne des médecins était souvent recherchée et attirée dans l’amitié et la familiarité des grandes maisons (2). R arriva même un moment où les médecins semblèrent jouir d’une véritable considération publique , puisque l’on vit quelques-uns

d’entre eux s’élever aux premières charges de l’Etat. Telle fut, entre autres, la fortune du médecin Vindicianus qui devint proconsul d’Afrique (3) et du médecin Ausonius, père du poète de Bordeaux, qui fut préfet d’Rlyrie.

(1) Le mot caritas n’a, dans les auteurs payens, que deux significations qui ont passé dans la langue française : 1° rareté^ cherté d’une chose ; 2° chérir, caresse. Il avait les deux sens du mot français cher : cher, cherté et cher, chérir. — Voyez le lexique de Facciolati, édit, de Leipsik.

(2) « Quare et medico et præceptori plus quiddam debeo, nec adversus illos mercede defungor? Quia ex medico ac præceptore in amicum transeunt, et nos non arte quam vendunt obligant, sed benigna et familiari voluntate. » — Sénèque, De Beneficiis^ V], 16.

(3) Saint Augustin, Confessions, iv, 3 et vii, 6.

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