‹ L'assistance médicale chez les RomainsChapitre 5 sur 27 · COUP D’OEIL SUR LA PROFESSION MÉDICALE A ROME · texte numérisé non relu

COUP D’OEIL SUR LA PROFESSION MÉDICALE A ROME

vains anciens signalent de temps en temps la présence à Rome de médecins étrangers libres; leur nombre y augmente même progressivement ; mais on voit trèsrarement parmi eux des noms de citoyens d’origine romaine, et, même sous l’Empire, c’est une assez rare exception que de trouver des Latins se livrant à l’exercice de la médecine. Par conséquent il est permis d’affirmer que la profession médicale n’a véritablement eu pour représentants chez les Romains que des esclaves, des affranchis ou des étrangers.

C’est à cette situation abjecte, vile ou infime aux yeux des Romains, qu’il est naturel et légitime d’attribuer le mépris général de ce peuple pour la profession médicale et pour ceux qui l’exerçaient. Mais, d’un autre côté, nous savons par Pline (1) et par plusieurs autres auteurs que si les médecins étaient peu considérés en général à Rome, la médecine en elle-même n’y était point du tout dédaignée; ainsi Caton l’Ancien voulait qu’on se méfiât des médecins grecs, mais il tenait à honneur d’exercer lui-même la médecine; de sorte que, par une contradiction d’ailleurs fort commune, on aurait voulu séparer la science de ceux qui la mettaient en pratique, et exercer sans droit, contrairement au bon sens et à la raison, un art que l’on dédaignait chez ceux qui avaient, par leurs études, mission de le pratiquer. C’est du reste une observation qui ne s’applique pas seulement aux Romains, mais à tous les peuples anciens et modernes.

Quoi qu’il en soit, la société romaine, malgré son dédain et par une contradiction analogue à celle dont

(I) Hist. nat., lib. XXIX, cap. v et seq.

j;assistan(’.e médicale chez les romains.

je viens de parler, mais plus heureuse celte fois, n’en fil pas moins un usage général de l’assistance médicale; et l’on éprouve un étonnement agréable de voir qu’en même temps que Ton méprise théoriquement la profession, l’on s’empresse de recourir à son action dans tous les degrés de l’échelle sociale. Il faut le dire, l’humanité est partout la même. On se rit de la profession, on raille ceux qui l’exercent, on les laisse dans une condition sociale inférieure; mais la maladie vient-elle à se déclarer ? d’une manière ou de l’autre on se hâte d’appeler au secours, et il ne se trouve en définitive personne qui s’abstienne avant de mourir d’avoir recours à l’intervention médicale. C’est que la médecine a ses racines au plus profond du cœur de l’homme. La Bible elle-même consacre un chapitre entier à célébrer les bienfaits de cette profession et lui donne une origine divine (I) : Da locum medico , et enim ilium Dominus creavit; et non discedat a te, quia opéra ejus sunt necessarm. Si, comme je le crois, il n’est pas douteux que je viens de donner les véritables motifs de la condition

très-médiocre où se trouvaient les médecins dans le monde romain, on ne s’étonnera pas de voir cet état de choses se modifier peu à peu, à mesure que la société vient elle-même à subir les changements que lui apportent tout à la fois son activité intérieure et les événements extérieurs. Déjà Cicéron veut que l’on distingue les professions libérales et les professions serviles ; il en sépare même les professions savantes, au premier rang desquelles il met la médecine (2). Ensuite, Jules

(1) Ecclésiastique^ ch. xxxviii, vers. 11 et 12.

(2) De Officiis, lib. I, cap. xLii.

Page 1