‹ L'assistance médicale chez les RomainsChapitre 7 sur 27 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Je vais rechercher d’abord l’intervention du médecin dans cette multitude d’employés qu’occupaient les jeux du cirque et leurs dépendances. Ces jeux se donnaient dès une haute antiquité dans le vallon qui sépare lemont Palatin de l’Aventin ; car la tradition y place les fêtes de Neptune équestre, appelées consuales^ pendant lesquelles eut lieu l’enlèvement des Sabines (1). Valère- Maxime va même plus loin, et dit que « les spectacles du cirque furent célébrés pour la première fois par Homulus, sous le nom de consuales^ lors de l’enlèvement des Sabines (2). En tout cas, ce vallon portait déjà le nom de Cirque d’Apollon au temps des Décemvirs, selon Tite-Live (3).

L’éclat qui environnait les jeux du Cirque chez les Romains était très-considérable. Ces jeux furent de différentes sortes: mais les plus célèbres, ceux qui eurent

(1) Tite-Live, lib. I, cap. ix.

(2) Val. Maxime, lib. II, cap. iv, § 4 : « Ad id tempus circensi spectaculo contenta, quod primus Romulus, raptis virginibus Sabinis, consualium nomine celebravit. »

(3) «Consules, ne criminationi locus esset, in prata üaminia, ubi nunc ædes Apollinis est (circum jam tum Apollinarem adpellabant), avocavere senatum. » — Tite-Live, lib. III, cap. LXiii.

le plus de vogue et de magnificence, furent sans contredit les courses de chars. D’après les détails qui nous ont été transmis par les anciens auteurs, ce genre de spectacle fascinait le peuple et le passionnait à un degré dont nous ne pouvons pas même avoir l’idée par l’intérêt sans cesse croissant que les courses de chevaux excitent aujourd’hui en France et en Angleterre. C’était un entraînement, un enthousiasme qui allaient jusqu’au délire.

La passion des Romains, d’abord pour les chevaux qui devaient courir attelés aux chars, ensuite pour les cochers qui les conduisaient, prit un développement bientôt excessif, en sorte qu’il fallut répondre à des nécessités de plus en plus étendues. Dans le principe, ces jeux se bornèrent à quelques chars avec leurs attelages, que les propriétaires faisaient courir, soit en les conduisant eux-mêmes, soit en les faisant conduire par leurs esclaves. Mais bientôt, la vanité ou la libéralité de ceux qui donnaient ces fêtes, ainsi que les exigences toujours plus grandes du peuple, accrurent les dépenses dans des proportions démesurées. Alors il devint impossible aux simples particuliers de supporter les frais exorbitants des courses de chars, comme de suffire aux besoins de ces jeux avec leurs propres chevaux et leurs esclaves. 11 se forma donc des espèces de sociétés en commandite ou en participation qui se chargeaient de toutes les fournitures à faire et de toutes les dépenses à payer ; et comme il y avait habituellement quatre chars pour chaque course, il se constitua également quatre associations dont chacune fournissait un char. Enfin, pour que tous les spectateurs pussent dès l’abord re-

connaître et distinguer chacune de ces sociétés, cellesci adoptèrent des signes distinctifs qui ne furent autres que des couleurs différentes. C’est alors qu’on les désigna par la dénomination de factions ; et les couleurs qui les distinguaient furent le blanc, le bleu, le rouge et le vert.

Ceux qui donnaient les jeux ou qui les organisaient devaient s’entendre avec les directeurs des factions (I), lesquels, comme ceux de presque toutes les grandes entreprises financières, appartenaient à l’ordre équestre. Ces directeurs se chargeaient de fournir les chevaux, les chars, les conducteurs, tout le personnel et tout le matériel nécessaires. De là l’obligation indispensable pour ces grandes compagnies d’avoir une foule d’employés et une administration considérable. Le personnel, qui comprenait des esclaves et des travailleurs libres, ne se composait pas seulement de cochers, de palefreniers, de gens des haras et des écuries, mais encore, ainsi que nous le verrons tout à l’heure, d’artisans et d’ouvriers tels que charrons, selliers, tailleurs, cordonniers, et d’artistes et employés tels que professeurscochers, intendants, huissiers, portiers. En un mot, il y avait là toute cette multitude de commis que nécessite une grande entreprise.

Je n’ai point à m’occuper de ces jeux proprement dits ; mais je ne pouvais me dispenser d’entrer dans ces détails d’organisation pour bien faire comprendre comment et pourquoi il devait y avoir des médecins attachés à ces entreprises (2). En effet, il n’y avait pas

(1) Voyez Suétone, iVero, cap. xxii.

(2) Ceux des lecteurs qui voudraient de plus grands détails sur ces

seulement nécessité de soigner les gens malades, afin que leur travail fût le moins longtemps possible interrompu , il fallait encore maintenir une bonne hygiène dans l’administration. Il était en outre indispensable que des médecins assistassent aux spectacles des courses de chars pendant toute leur durée ; car souvent il survenait des accidents plus ou moins graves qui exigeaient des secours immédiats. Il devait en être de même pour les simples exercices, qui avaient lieu en dehors des jeux publics et qui pouvaient également donner lieu à des accidents.

Toutefois, les auteurs anciens qui nous ont transmis d’assez nombreux détails sur les courses du cirque, qui signalent même les préférences de tels et tels empereurs pour une faction ou pour l’autre, ne font aucune mention des médecins attachés à ces grandes administrations privées. Ils ont pour ces derniers la même indifférence et gardent le même silence que pour les médecins des armées. C’est l’épigraphie seule qui nous renseigne à cet égard et qui nous fait connaître comment l’assistance médicale intervenait dans ces sociétés industrielles pour apporter les secours de l’art à tout ce peuple de prolétaires et d’ouvriers libres ou esclaves qui les composaient; de même que c’est à cette source également qu’il faut recourir pour connaître l’énumération de la plupart des fonctions ou emplois exigés par ces coûteux spectacles.

Mais les sources épigraphiques ne sont pas toutes

spectacles pourront consulter l’ouvrage de Friedlænder : Mœurs romaines du règne d’ Auguste à la fin des Antonins ; traduction française de Ch. Vogel, liv. VL

également respectables et sûres, et les recueils même les plus consultés contiennent des inscriptions apocryphes, falsifiées ou interpolées, sur lesquelles on ne peut fonder aucune connaissance certaine. De ce nombre paraît être une inscription donnée par Gruter (1), p. 339, 1, et par Smetius(2), p. 152, 26, extraite, dit le premier, des papiers de Scultet, qui ïa vue, et du livre de Panvinio (3), dit le second (4). Elle concerne un certain Marcus Antonius Frimigenius^ fils de Marcus^ de la tribu Aniensis^ médecin de la faction rouge. Je la laisse de côté après cette simple mention, pour arriver immédiatement à deux monuments très-authentiques et que chacun peut voir encore au Musée de Naples, où ils sont actuellement déposés. On y trouve deux inscriptions qui donnent, outre le titre de médecin d’une faction, les dénominations de quelques-uns des nombreux employés qui travaillaient au service des partis du cirque.

(Ij Inscripiiones antiquœ totius orbis romani. In-folio.

(2) Inscriptionum antiquarum liber. In-folio, 1588.

(3) Onuphrii Fanvinii , Veronensis angustiniani, reipublicœ romanes commentaria. Paris, 1588.

(4) Voici cette inscription :

mis. MANJBVS M. ANTONIO. M. F. ANIENSI MATRINIO. EVOK. A VG.

VIXIT. ANN. XXXIIX. M. VIII M. ANTONIVS. M. F. ANIEN PRIMIGENIVS MEDICVS. FACT. RVSSAT FRATRI. SANCTISS. FEC

R. BRI AU

No I.

M. VIPSANIO. FELICI. AGITATORl M. VIPSANIO. MAIGRI. SVTORI M. VIPSANIO. SEIVLENO. SARCIN M. VIPSANIO. PRIMIGEN. MARGARIT VIPSANIA. FLORA. OLL. IIII. D. D.

Page 1