Moniteur du 5 juillet 1850, p
2, Louis Reybaud, Rapport fait à M. le ministre de la Guerre par la Commission d’inspection des colonies agricoles de Algérie. Paris, Imp. nat., 1849.
généreux sentiments qui inspiraient ses membres n’aveuglaient ni leur sens pratique incontestable, ni leur grande impartialité. Ce travail fait le plus grand honneur à toute la commission et principalement à sonrapporteur, M. Louis Reybaud.
Nous allons d’abord examiner ce qui concerne la personnalité du colon ; nous verrons ensuite comment élaient organisées les colonies agricoles, et nous pourrons alors nous rendre compte du fonctionnement et de la valeur de l'institution.
Le colon.
‘. La théorie du droit au travail étant définitivement écartée, il n’y avait donc plus les mêmes raisons, les mêmts excuses pour retomber dans des fautes semblables à celles qui avaient été commises aux ateliers nationaux pour le recrutement des travailleurs. L'expérience avait été suffisamment probante pour qu’on pût espérer que legouvernement et l'administration, sérieusement instruits, en profiteraient. Il n’en fut rien pourtant, car l’on retomba dans les mêmes errements.
Le plus grave des défauts qui avaient causé l'avortement des ateliers nationaux, était le mauvais recrutement du personnel: les ouvriers élaient trop nombreux pour le travail à faire et généralement inaptes à la besogne à laquelle on les destinait, Tel fut aussi le vice fondamental des colonies agricoles de l'Algérie.
Les premiers contingents partirent (8 octobre) un peu plus de quinze jours après le vote de la loi qui
autorisait cette tentative de colonisation. Cette précipitation, qui devait avoir de si fâcheuses conséquences sur le succès de la mesure projetée, était due sans doute à la pression de l’opinion publique dont l'enthousiasme était extrême (1), mais elle était surtout la conséquence de l'élat d'esprit tout différent des membres du gouvernement.
Un représentant du peuple, parlant du décret de septembre, déclarait que c'était par une pensée « toute politique, toute humanitaire » qu'on avait proposé ce système de colonisation. — «Il s'agissait, ajoutait-1l, de débarrasser la ville de Paris de certains éléments qui pouvaient troubler à cette époque la tranquillité de la population » (2). Cette hâte excessive que mit le gouvernement à expédier quelques milliers de citoyens au delà de la Méditerranée, servait beaucoup mieux ses desseins « politiques » que ses vues « humanitaires ». Comme le faisait très bien remarquer le député Germain, on voulait avant tout débarrasser Paris de « certains éléments ».
Or ceux que l’on considérait comme de mauvais et dangereux ouvriers, à Paris, ne devaient pas être de bien fameux travailleurs pour mener la vie rude des colons. Mais sans prendre ces choses en considération, sans prévoir qu’à leur lieu de destination les émigrants ne pourraient trouver ni les maisons que l'on v’avait pas eu le temps de construire, n1 les
4, V. Vanlaer, Le chômage de l’ouvrier, l’assistance par le travail agricole en Algérie, Correspondant, 10septembre 1892, p. 849.
2. Moniteur, 16 mai 1849, p. 1797, discours du citoyen Germain,
subsistances qu'il avait été impossible d’y réunir, le gouvernement, craignant toujours pour Paris et pour lui-même la présence de ces éléments turbulents, continua d'envoyer d'importants contingents en Algérie, où une misère terrible les attendait. La question politique avait passé avant la question humanitaire, ou l'intérêt de la colonisation; peu importaient les souffrances du peuple, le gouvernement était sauvé.
Il eût semblé pourtant logique, étant donné le but de colonisation que l’on poursuivait, d’envoyer sinon en totalité, du moins en majorité, des gens ayant déjà l'habitude de remuer la terre et aptes à devenir de bons cultivateurs. Cette aptitude était d’autaut plus nécessaire qu'il s'agissait de la première mise en valeur des terres incultes ; ce furent, au contraire, des Parisiens de professions industrielles qui composèrent presque-uniquement les premiers convois (1).
Au 30 juillet, époque à laquelleon avait pa com- mencer à remédier à un pareil encombrement de non-valeurs, il n’y avait encore que 493 anciens cultivateurs sur 4.327 colons (2).
Bientôt on introduisit progressivement dans le personnel envoyé un nouvel élément. On fit appel aux anciens militaires ayant servi en Algérie; particulièrement habitués à l’endurance et à la discipline, ils avaient vu de près la culture du pays, connaissaient le climat et pouvaient par consé-
1. V. discours du citoyen Tourret et Foy, Moniteur, 16 mai 1849, p. 1796.